Le politique et l'économique sont désormais indissociables. Le monde entier, au lendemain de la crise économique et financière qu'il a connue, doit conjuguer avec cette nouvelle donne et nous ne faisons pas exception à la règle. Nous assistons en cette période pré-électorale à un semblant de nouveau discours de la part de nos partis politiques. Forcés à aller vers une communication axée sur leurs programmes économiques pour coller aux nouveaux enjeux du Maroc et tentant de répondre aux revendications de la rue, la plupart d'entre eux s'aventurent sur un terrain souvent «inconnu», voire semé d'embûches. Alors, entre le classique discours politique et le pur discours économique, nombreux sont ceux qui ont viré vers le socio-économique. Pourtant, le message clair que les décideurs, les investisseurs et le citoyen lambda réclament est tout simple. Ils veulent un discours cohérent, réaliste accompagné d'engagements politiques et d'engagements de résultat. Cela nécessite un apprentissage et des séances de training en termes de communication politique. Certes, le dispositif juridique régissant les élections au Maroc limite parfois la marge de manœuvre et nous éloigne clairement du scénario d'un show électoral à l'américaine, mais rien n'empêche nos partis de mettre en avant de nouvelles têtes, qui prennent sur elles les engagements du parti, mais pas ceux qui incarnent forcément son idéologie. L'ère des idéologies est révolue, la bataille est aujourd'hui sur le front du réalisme et de la transparence autour de programmes clairs, avec des objectifs chiffrés et surtout réalisables dans des délais corrects. Pour cela, il est impossible de dissocier le triptyque des engagements : économique, social et politique. Cela pose avec acuité une problématique majeure, à laquelle les partis marocains doivent faire face au plus vite: Le problème du leadership et de l'émergence d'une nouvelle élite capable de convaincre et de fédérer des millions d'électeurs. Nous sommes d'accord qu'un discours, aussi riche soit-il en chiffres, en indicateurs statistiques et en engagements, ne peut convaincre que s'il est communiqué avec la ferveur nécessaire, que si la ou les personnes chargée(s) de le communiquer à la masse se l'approprie(nt) et en parle(nt) comme si c'était, pour elle(s) une question de vie ou de mort. C'est par ce côté que beaucoup de nos partis pèchent aujourd'hui. Jusque là, les partis qui ont fait la différence se comptent sur le bout des doigts. Nous avons, pour la majorité, eu droit à des discours récités mécaniquement ou à des présentations à la limite rébarbatives. Les Marocains ont besoin d'un engagement politique sur des objectifs socio-économiques de taille, capables de changer le quotidien des citoyens à court, moyen et long termes. On peut dire que jusque là, tous les ingrédients sont là, mais pour réussir LA bonne recette, l'intervention d'un CHEF est indispensable. Là par contre, l'exception marocaine, tant revendiquée, ne peut pas jouer. C'est une recette universelle, il faut trouver la bonne dose entre le contenu, le contenant et la présentation. Si on n'a pas une idée précise sur le produit final qu'on veut présenter au «consommateur», on ne pourra jamais réussir à le monter. «Think global, act local, est par exemple un des sacro-saints principes économiques qui doit être appliqué aujourd'hui en politique. Une des grandes figures de l'innovation et de la créativité, Steve Jobs pour ne pas le nommer, le répétait souvent : «Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent tant qu'ils ne l'ont pas sous les yeux. Notre tâche est de lire ce qui n'est pas encore écrit sur la page». Innover et surprendre, mais aussi s'approprier les projets et théâtraliser leur présentation ont fait le succès d'Apple et ont révolutionné le mode de consommation et le management de plusieurs entreprises. C'est cela que les Marocains veulent. Ils veulent des têtes capables de leur dire que c'est possible, qu'on peut le faire et qu'on peut y croire. Cela va au-delà des programmes et des couleurs politiques. Tous nos partis défendent et défendront les mêmes principes, ceux de la Constitution, les mêmes objectifs, ceux de la croissance et du développement économique et humain, mais c'est dans la manière et dans le renouvellement des élites que tout se jouera. Le match sera très serré et parfois, une intonation de voix lors d'un discours, d'une conférence ou d'un débat télévisé peut tout faire basculer d'un côté comme de l'autre. Espérons que nos partis et nos coalitions auront intégré cette donne dans la phase qui arrive, pour tenter de reconquérir la confiance des futurs électeurs.