La rareté croissante des ressources hydriques impose une révision urgente des modèles agricoles régionaux. C'est le constat dressé lors du 5e Forum de l'agriculture durable de Fès-Meknès. L'événement, qui a mobilisé des expertises méditerranéennes, se propose d'identifier des solutions techniques concrètes face au stress hydrique actuel. Face aux défis croissants imposés par le changement climatique, la région Fès-Meknès a orienté son 5e Forum de l'agriculture durable vers une perspective résolument internationale. Organisé les 29 et 30 octobre par la Chambre d'agriculture régionale et l'Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, l'événement a mis l'accent sur le partage d'expériences avec des partenaires européens et méditerranéens. Placé sous le thème «Expériences internationales dans la gestion des ressources en eau et alternatives environnementales», le forum a servi de plateforme pour des experts du Maroc, d'Italie, d'Espagne, de Jordanie et de Palestine. L'initiative s'inscrit dans le cadre du projet TECGREMED, financé par le programme Erasmus+ de l'Union Européenne, visant à promouvoir le transfert de technologies vertes et de bonnes pratiques à travers le bassin méditerranéen. Une vision locale alignée sur deux stratégies nationales Dans son allocution d'ouverture, Mustapha El Missori, président de la Chambre d'agriculture de Fès-Meknès, a situé les enjeux du forum dans le cadre des priorités nationales. Il a souligné que le contexte de raréfaction des ressources hydriques impose une transformation vers un modèle agricole durable. El Missori a rappelé l'alignement de cette démarche avec la stratégie «Génération Green 2020-2030» et la Stratégie nationale de développement durable (SNDD 2030). Il a insisté sur l'importance de la collaboration internationale pour atteindre des objectifs clés, citant le projet TECGREMED comme un exemple de coopération réussie pour le transfert de technologies vertes et de bonnes pratiques. Trois axes de cette stratégie ont été particulièrement soulignés comme des domaines où la collaboration internationale est pertinente. Il s'agit de la transition énergétique, de l'optimisation de la gestion des ressources hydriques et du développement des compétences pour les «métiers verts», qui nécessitent l'adaptation des programmes de formation aux standards les plus récents. Plus de 160 conventions internationales pour accélérer le transfert de savoirs La coopération académique et scientifique a été identifiée comme un vecteur essentiel pour l'innovation dans le secteur agricole. Mustapha Ijjaali, président de l'Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, a souligné que les défis climatiques ont une portée mondiale qui exige une mutualisation des efforts. L'université, forte d'un réseau de plus de 160 conventions internationales, se positionne comme un catalyseur pour ce transfert de connaissances. Les interventions d'experts de l'Université polytechnique de Valence, en Espagne, et de l'agence italienne USICA ont permis d'illustrer des approches concrètes en matière de réutilisation des eaux usées et de transition vers l'agroécologie. L'objectif partagé n'est pas une simple transposition des modèles étrangers, mais une adaptation réfléchie de solutions éprouvées au contexte et aux spécificités de l'agriculture marocaine. Table ronde et ateliers pour adapter les compétences locales Afin de passer des discussions stratégiques aux actions concrètes, le forum a intégré des sessions de travail ciblées. Une table ronde a été organisée pour aborder la question de l'employabilité des jeunes et l'adéquation des compétences avec les nouveaux besoins du secteur agricole durable. Coordonnée par la Chambre d'agriculture et la Faculté des Sciences Dhar El Mehraz, cette session a permis d'identifier les profils et les formations nécessaires pour accompagner la transformation du secteur. Les participants, dont la plupart sont des agriculteurs, ont exprimé le souhait de voir se multiplier les ateliers pratiques et les programmes de formation continue. Enfin, une visite des sites patrimoniaux de Fès a été organisée à l'intention des partenaires internationaux. Le but était de leur présenter les techniques traditionnelles de gestion de l'eau, l'échange de savoirs étant un processus mutuel où le patrimoine local a également une expertise à partager. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO