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Le management à l'ère du désenchantement civique : quand la perte de sens démocratique fragilise nos entreprises
Publié dans Les ECO le 12 - 11 - 2025


Expert en finance et gouvernance d'entreprise
Comme l'écrivait Paul Ricoeur, la crise du récit précède toujours celle de l'action. Il existe, dans les sociétés contemporaines, un phénomène moins visible que la crise économique, mais infiniment plus corrosif, la désaffiliation démocratique. L'usure du lien civique, la défiance à l'égard des institutions, la fatigue du collectif, autant de symptômes d'épuisement moral. Ce n'est plus seulement la politique qui vacille, mais le socle symbolique de la confiance sur lequel reposent nos sociétés.
Or, la démocratie n'est pas un régime parmi d'autres : c'est un écosystème moral, un tissu de valeurs partagées, de responsabilités réciproques, de reconnaissance mutuelle. Quand cet écosystème s'appauvrit, l'entreprise en devient à la fois le miroir et le catalyseur. Elle reflète les fractures du lien social, parfois même les amplifie, transformant la performance en substitut du sens et la conformité en ersatz d'engagement.
L'entreprise, miroir du déficit démocratique
On a longtemps cru que la politique et l'économie obéissaient à des logiques distinctes : d'un côté, le citoyen délibérant ; de l'autre, le salarié productif. Cette distinction n'a plus lieu d'être. L'entreprise, en tant que communauté humaine, absorbe les pathologies du monde politique : perte de confiance, repli sur soi, désenchantement du collectif.
Le modèle hiérarchico-procédural et la gouvernance mécaniste traduisent, à leur manière, la même crise du sens que celle qui frappe nos démocraties : le sentiment d'être gouverné sans être entendu. La subordination mécanique, l'inflation des procédures et la rhétorique de la performance chiffrée rejouent, dans le microcosme de l'entreprise, le grand désordre du lien social.
Albert Hirschman l'avait anticipé : lorsqu'une institution n'écoute plus, la parole devient inutile, la loyauté se fige et la fuite devient le seul langage possible. Ce désenchantement du collectif se manifeste aujourd'hui par le cynisme managérial, la fuite des talents et la fatigue morale des équipes.
La crise de la parole et la dissolution du sens
Ce qui s'érode, ce n'est pas seulement la confiance, mais la valeur performative de la parole. Dans la démocratie comme dans l'entreprise, la parole liait, orientait, engageait. Aujourd'hui, elle se vide de sa substance, se bureaucratise, devient communicationnelle plutôt que relationnelle. Le discours managérial, saturé de formules convenues : engagement, excellence, innovation, inclusion... finit par produire l'effet inverse c'est à dire une distance ironique, une lassitude du sens.
Là où la parole ne lie plus, la norme prend le relais : on compense le déficit de confiance par la multiplication des contrôles, comme si la conformité pouvait tenir lieu d'adhésion. Ce glissement du consensus vers la conformité est la signature même de notre époque. Et quand la parole s'éteint, la performance devient mécanique, sans âme ni horizon.
L'entreprise, laboratoire de refondation civique
Pourtant, de ce constat peut naître une possibilité. Si la démocratie politique peine à se réinventer, l'entreprise peut devenir un laboratoire de démocratie vécue, non pas au sens formel du suffrage, mais au sens existentiel de la participation. Car elle reste l'un des rares lieux où se rejoue chaque jour la tension féconde entre autorité et autonomie, initiative et responsabilité.
Réintroduire la démocratie dans le management ne consiste pas à importer le modèle parlementaire dans l'entreprise, mais à restaurer les conditions d'une parole signifiante : délibérer avant de décider, expliquer avant d'imposer, écouter avant d'évaluer. Le collectif n'est pas une contrainte à gérer, mais une ressource à cultiver. Et la performance économique ne devrait jamais s'obtenir au prix du silence moral.
Dans cette perspective, la gouvernance devient une pédagogie de la responsabilité : former des individus capables d'agir sans craindre, de parler sans trembler, de contester sans rompre. L'entreprise ne serait plus seulement un agent économique, mais un acteur de civilisation, au sens où elle contribue à façonner la texture morale du travail.
La reconquête du récit
Chaque époque, pour exister, a besoin d'un récit qui l'élève au-dessus de sa fonction. Or, notre temps ne raconte plus : il gère, il administre des objectifs, quantifie des résultats, évalue des performances, mais n'énonce plus de vision. Le vide narratif qui en découle nourrit le désenchantement contemporain.
Sans horizon commun, le travail devient exécution, et la démocratie, mécanique. Réhabiliter le récit collectif, ce n'est pas fabriquer un slogan, mais réintroduire une transcendance immanente : donner sens à l'action sans promettre le miracle.
Dans un monde saturé de discours, raconter le vrai devient un acte de résistance. Les dirigeants qui réussiront demain seront moins des gestionnaires d'indicateurs que des artisans de récit, capables de dire pourquoi on agit, et non seulement comment. Une entreprise qui sait raconter son «pourquoi» retrouve la puissance du politique c'est à dire celle d'orienter les consciences.
Pour une éthique de la gouvernance responsable
La démocratie est un régime fragile, car elle repose sur un pari risqué : la confiance dans la maturité de l'autre. De même, la gouvernance véritable suppose la confiance dans l'intelligence de ses collaborateurs. C'est là une éthique, non une technique. Elle repose sur la conviction que le pouvoir partagé n'affaiblit pas l'autorité, mais la légitime.
Ce n'est pas une posture romantique : c'est une condition de survie organisationnelle dans un monde où la défiance est devenue la norme. L'entreprise du XXIe siècle sera un espace de recomposition du lien civique, ou bien elle sera, elle aussi, emportée par le désenchantement démocratique. Car la crise que nous traversons n'est pas seulement économique : elle est morale et sociétale. La démocratie ne se décrète pas, elle se construit dans la manière dont nous travaillons, décidons et coopérons.
L'entreprise, parce qu'elle réunit des femmes et des hommes autour d'un but commun, reste un lieu où peut encore s'éprouver la confiance. Lorsqu'elle donne du sens à l'action et de la cohérence à la parole, elle contribue à réparer ce que la société fragilise. Gouverner, dans ce contexte, c'est maintenir le cap du collectif sans jamais perdre de vue l'humain.


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