Depuis les quais du port Tanger Med, une nouvelle ère s'annonce pour le café africain. Le lancement de l'African Coffee Hub marque l'ambition de faire du Maroc la plaque tournante continentale du commerce du café, en offrant aux producteurs africains une infrastructure de classe mondiale pour transformer, valoriser et acheminer leur production vers les marchés mondiaux. Un souffle inédit traverse le commerce africain du café. Alors que l'Afrique produit plus de 10% du café mondial, la grande majorité de sa production quitte encore le continent à l'état brut, souvent via des circuits dominés historiquement par l'Europe. Résultat : une faible capture de la valeur par les pays producteurs, et une dépendance logistique coûteuse. Le lancement du hub marocain, premier du genre à cette échelle sur le continent, vise à inverser cette tendance. Situé sur la façade nord du continent, à la jonction des routes maritimes reliant l'Afrique, l'Europe, l'Amérique et l'Asie, l'African Coffee Hub se donne pour mission de centraliser les flux, de professionnaliser les opérations, et d'offrir une alternative concrète aux voies traditionnelles d'exportation. «Notre objectif est de faire en sorte que le café africain atteigne le monde sans intermédiaires, tout en garantissant la qualité, la traçabilité et l'équité économique pour les producteurs», affirme Sanaa Ben Abdelkhaleq, PDG du projet. Ce hub offrira aux producteurs d'Ethiopie, du Kenya, du Rwanda, d'Ouganda, de Tanzanie ou de Côte d'Ivoire un point d'accès direct vers les marchés internationaux, tout en intégrant des services à haute valeur ajoutée (contrôle qualité, traçabilité numérique, certification d'origine, services logistiques intégrés). Une promesse de souveraineté commerciale Face à une demande mondiale croissante pour des cafés éthiques, premium et traçables, les producteurs africains ont souvent manqué de moyens techniques pour répondre aux standards exigés par les marchés haut de gamme. Le hub marocain entend combler ce vide. À terme, il vise à créer une nouvelle marque de confiance autour du café africain, à l'instar de ce qu'a réussi le cacao en Amérique latine ou le vin en Europe. Au-delà de l'enjeu commercial, le centre ambitionne de rééquilibrer une chaîne de valeur historiquement asymétrique. Aujourd'hui encore, les pays producteurs reçoivent une fraction marginale du prix final payé par les consommateurs. L'exportation de grains verts non transformés limite leur capacité à investir dans des filières locales durables, à former les jeunes générations ou à financer des innovations agricoles. Avec une capacité annuelle qui pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers de tonnes de café, le hub marocain pourrait changer la donne. Un modèle pour d'autres matières premières L'initiative s'inscrit également dans une stratégie plus large du Maroc : devenir un acteur clé des corridors logistiques africains. Tanger Med, déjà classé parmi les 20 plus grands ports à conteneurs au monde, ne cesse d'élargir ses capacités. En accueillant ce hub caféier, il renforce son positionnement comme plateforme de redistribution Sud-Sud, capable d'intégrer d'autres flux agricoles ou miniers africains. À moyen terme, cette dynamique pourrait inspirer des hubs similaires pour d'autres produits stratégiques (cacao, noix de cajou, mangues, huiles essentielles ou produits de la pêche). Le Maroc, grâce à ses infrastructures, à sa stabilité et à son ancrage africain, pourrait ainsi jouer un rôle de catalyseur dans la redéfinition des échanges intra-africains et africano-globaux. Le projet, officiellement lancé en novembre 2025, devrait dévoiler dans les prochains mois son calendrier opérationnel, ses partenaires techniques et financiers, ainsi que la liste des premiers pays producteurs intégrés à la plateforme. Des discussions seraient en cours avec plusieurs grands torréfacteurs internationaux, intéressés par cette nouvelle voie d'approvisionnement plus directe, plus durable, et mieux alignée sur les nouvelles attentes des consommateurs.