La maîtrise technique ne suffit plus pour garantir une carrière pérenne dans un environnement économique instable. L'Université privée de Fès consacre la dixième édition de son Forum RH (4 et 5 décembre) à cette réalité. Lors de ces débats, les étudiants et entreprises ont été invités à placer les qualités humaines et l'esprit critique au centre des nouvelles stratégies de recrutement. L'Université privée de Fès (UPF) a accueilli jeudi et vendredi les acteurs de l'écosystème économique régional et national pour le lancement de la dixième édition du Forum RH. L'événement marquait une décennie d'engagement en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes diplômés. Placé sous le thème de la refonte de l'employabilité à l'ère du changement, le rendez-vous se voulait une réflexion sur l'articulation entre recrutement innovant et esprit entrepreneurial. La rencontre a réuni des experts, des directeurs de ressources humaines et des représentants institutionnels dans le cadre de conférences et stands dédiés au recrutement. Objectif : analyser les transformations du marché du travail tout en offrant des opportunités concrètes aux étudiants et lauréats de l'établissement. Une intégration professionnelle portée par 20% d'enseignants-experts La stratégie académique déployée par l'UPF repose sur une adéquation stricte entre la formation dispensée et les réalités du terrain économique. Mohamed Aziz Lahlou, président de l'UPF, a souligné l'intégration croissante du monde de l'entreprise au sein même de la pédagogie. Les chiffres communiqués indiquent que des ingénieurs et des cadres en activité assurent désormais 15% à 20% des enseignements. L'implication directe des professionnels renforce le caractère opérationnel des parcours, consolidant l'identité de l'institution en tant que grande école. Le développement de nouvelles filières et l'adaptation des cursus existants répondent à une logique de compétences spécifiques. Pour structurer les relations avec le tissu économique, l'université a mis en place une direction d'entreprise. L'entité ne se limite pas à la gestion de l'employabilité mais œuvre à l'élargissement du spectre de la collaboration avec un réseau constitué d'une centaine de partenaires socio-économiques. Ces acteurs participent activement au déploiement de la formation par la proposition de stages et de projets de fin d'études. Khalid El Ouadi, directeur du pôle entreprise, a précisé que plus de 30 sociétés partenaires ont participé au forum cette année. La sélection des organisations présentes assure une couverture des secteurs clés tels que le digital, l'ingénierie, la finance ou encore les métiers de la santé et de l'urbanisme. La diversité des acteurs garantit aux étudiants l'accès à des opportunités ciblées et cohérentes avec la devise «Future First» guidant la vision de l'établissement. 170 millions d'emplois émergents face aux mutations structurelles Les débats ont également porté sur l'analyse macroéconomique du marché de l'emploi. Imane Belmaati, experte en politiques d'emploi et ex-directrice de l'ANAPEC, a exposé les transformations structurelles et géographiques qui impactent les économies nationales et mondiales. Les rapports du World Economic Forum, qui servent de base à l'analyse, révèlent une mutation profonde des besoins. Les projections pour l'année 2030 indiquent que si 39% des emplois actuels risquent de disparaître, environ 170 millions de nouveaux postes verront le jour. L'instabilité du contexte économique, exacerbée par des facteurs climatiques ou géopolitiques, impose une évolution des profils recherchés. L'obtention d'un diplôme ne constitue plus une garantie suffisante. Cela est d'autant plus vrai que la durée de vie des compétences techniques tend à raccourcir, laissant place aux compétences comportementales et cognitives. Les métiers d'avenir s'articuleront autour de la technologie, notamment l'intelligence artificielle et la cybersécurité, mais exigeront avant tout des qualités humaines spécifiques. Parmi les points clés soulevés par Belmaati, c'est que l'agilité apparaît comme la compétence centrale. La capacité à appréhender la demande, la pensée analytique, l'esprit critique et la résilience deviennent des prérequis pour les recruteurs. Les jeunes diplômés doivent, selon elle, exercer une veille active sur le marché pour aligner leurs profils aux besoins réels et détecter les secteurs porteurs. L'excellence académique doit ainsi se coupler nécessairement au développement de «soft skills» pour garantir une insertion durable. Esprit entrepreneurial et formation continue comme leviers stratégiques L'approche développée lors du forum met en avant l'esprit entrepreneurial non pas uniquement comme un acte de création d'entreprise, mais comme une posture professionnelle quotidienne. Entreprendre signifie être capable de se projeter et de gérer la complexité dans un environnement mouvant. La curiosité, le leadership et la capacité à influencer constituent ainsi des atouts majeurs pour assumer des responsabilités. Les méthodes de recrutement évoluent en conséquence e vue de détecter ces comportements. L'évaluation de la valeur ajoutée potentielle du candidat remplace progressivement l'approche strictement basée sur le diplôme. L'utilisation de la big data et l'analyse de tendances permettent aux recruteurs d'identifier un potentiel d'évolution plutôt que de simples savoir-faire techniques. L'université accompagne également la montée en compétence des cadres en activité à travers son pôle «Executive Education». Le département propose des formations diplômantes et certifiantes ainsi que des plans d'ingénierie sur mesure pour répondre aux besoins des partenaires économiques. La vision globale présentée lors de l'événement dessine un triangle reliant une employabilité durable fondée sur le potentiel, un recrutement innovant et un esprit entrepreneurial transversal. L'institution ambitionne ainsi de jouer un rôle de catalyseur pour une jeunesse compétente et apte à construire sa propre trajectoire professionnelle. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO