Longtemps cantonnée à un rôle secondaire, la base aérienne de Bir Anzarane est en train de changer de dimension. Son extension, à l'entrée de Dakhla, en fait désormais un point d'appui clé du dispositif militaire marocain au Sahara, avec, en toile de fond, des implications régionales qui dépassent largement le cadre national. DR ‹ › Les travaux d'élargissement de la base aérienne des Forces armées royales (FAR) de Bir Anzarane, située au Sahara, attirent de plus en plus l'attention. Selon Defensa.com, cette installation, «en plein désert, est devenue un maillon essentiel de la stratégie marocaine visant à exercer un contrôle total sur ses provinces méridionales». Le média spécialisé ajoute que «l'importance de ce projet est accentuée par les spéculations concernant un éventuel intérêt américain pour le site». Selon une source proche du dossier contactée par Yabiladi, «la base se trouve à l'entrée de Dakhla et s'étend sur environ 5 km. Initialement, c'était un petit aéroport réservé aux hélicoptères, mais ces dernières années, notamment après la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara le 10 décembre 2020, elle a été élargie et modernisée pour accueillir des avions de chasse, des drones et des hélicoptères de dernière génération, comme les Apaches». Concernant l'intérêt américain, il est bien réel et est principalement influencé par l'évolution de la position des Etats-Unis sur le Sahara occidental. Avant cette reconnaissance, la présence militaire américaine se limitait à la base d'Oued Draa, près de Tan-Tan. Désormais, ils peuvent se rendre à Laâyoune et à Dakhla sans provoquer la colère des partisans de l'Algérie et du Polisario à Washington, explique la même source. Pour rappel, Tan-Tan avait été envisagée, au début des années 2000, pour accueillir le quartier général de l'AFRICOM, finalement installé à Stuttgart, en Allemagne. Bir Anzarane et le Sahel Une coopération maroco-américaine pour stabiliser la région du Sahel, depuis Bir Anzarane, n'est pas à écarter. «En 2024, les Etats-Unis ont été contraints de quitter leur base de drones d'Agadez, au Niger, suite à une demande des nouvelles autorités de ce pays. La base de Bir Anzarane au Maroc pourrait compenser ce retrait forcé», souligne notre source. Rabat et Washington ont d'ailleurs signé, le 16 avril, une nouvelle feuille de route de coopération en matière de défense pour les dix prochaines années, visant à renforcer leurs liens militaires et stratégiques. L'intégration de l'Afrique dans ce partenariat semble une évolution naturelle. Le Maroc a élargi, ces dernières années, sa coopération militaire avec plusieurs pays du continent, comme le Kenya, l'Ethiopie et les Etats du Sahel. «Dans ce cadre, une éventuelle intervention du royaume, depuis la base de Bir Anzarane, dans les efforts de stabilisation de ces zones est envisagée et même souhaitée. Le Maroc ne ferait qu'assurer sa profondeur stratégique», note notre interlocuteur. D'après Defensa.com, la base dispose d'infrastructures complètes : piste de plus de 3 km, hangars de maintenance, dépôts logistiques et dispositifs de surveillance radar. L'impact militaire direct de cette base réside dans sa capacité à modifier les règles d'engagement et de surveillance dans le secteur sud-est du Sahara. Avec le déploiement de drones et l'allongement de sa piste, Bir Anzarane change d'échelle. La base permet désormais une surveillance étendue du mur de défense et de ses abords, sur plusieurs centaines de kilomètres, un saut capacitaire qui redéfinit, de facto, les équilibres opérationnels dans le sud du Sahara.