Face à une dépendance aux importations d'huiles et de tourteaux supérieure à 90%, les acteurs de la filière oléagineuse ont officialisé, jeudi, à Meknès, la création du Centre technique des oléagineux. Soutenue par la coopération française, cette structure vise à renforcer la souveraineté alimentaire en ciblant une couverture de 15% des besoins nationaux d'ici 2030. Le lancement officiel du projet de création du Centre technique des oléagineux de Meknès (CTOM) a été donné jeudi à l'Agropole de Meknès. La rencontre a réuni les principaux acteurs de la filière, notamment la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (COMADER), la Fédération interprofessionnelle des oléagineux (FOLEA), le Groupement des industriels oléagineux du Maroc (GIOM), ainsi que des représentants du ministère de l'Agriculture et de l'ambassade de France. L'événement marque le début d'un processus de structuration technique visant à revitaliser la culture du colza et du tournesol au Maroc, dans un contexte marqué par la sécheresse et la volatilité des marchés internationaux. L'objectif est de renforcer la souveraineté alimentaire du Royaume en matière d'huiles de table et de tourteaux destinés à l'élevage. Une dépendance aux importations supérieure à 90% L'urgence de la situation se lit à travers les chiffres du commerce extérieur. Le Maroc dépend aujourd'hui de l'étranger pour plus de 90% de sa consommation en huiles végétales et pour la quasi-totalité des protéines animales sous forme de tourteaux. Rachid Benali, président de la COMADER, rappelle que ces produits s'avèrent indispensables tant pour l'alimentation humaine que pour la viabilité de l'élevage national. Au-delà de l'aspect commercial, la relance des oléagineux répond à un impératif agronomique. Le modèle actuel, dominé par la monoculture céréalière sur les 5 millions d'hectares de zones en bour, montre ses limites. L'absence de rotation des cultures appauvrit les sols et compromet la pérennité des récoltes. Mohammed El Baraka, président de la FOLEA, souligne que l'intégration des oléagineux dans les systèmes de culture constitue un levier nécessaire pour diversifier les revenus des agriculteurs et améliorer la performance globale des exploitations. L'ambition affichée par les professionnels consiste à réduire cette facture extérieure coûteuse en saisissant l'opportunité de marché locale existante. Quatre freins structurels identifiés à l'échelle nationale Le diagnostic posé par les professionnels met en lumière quatre obstacles principaux entravant le développement de la filière. Le premier concerne le facteur climatique, caractérisé par une sécheresse structurelle observée sur les deux dernières décennies, rendant la culture du colza et du tournesol plus complexe. Le deuxième point soulevé par Rachid Benali relève de la rentabilité économique. Avec des rendements plafonnant entre 18 et 20 quintaux et des prix de vente stables face à une multiplication par quatre du coût des intrants, l'agriculteur peine à dégager une marge bénéficiaire. Le troisième frein touche au déficit de mécanisation. L'investissement matériel s'est effondré, comme l'illustre l'absence de ventes de moissonneuses-batteuses ces cinq dernières années, contrastant avec les volumes des années 80. Enfin, la concurrence entre les filières joue un rôle déterminant. Les agriculteurs disposant de ressources hydriques privilégient souvent le maraîchage ou les cultures sucrières, générateurs de revenus nettement supérieurs. Kamal Hidane, directeur régional de l'agriculture Fès–Meknès, note que les superficies réalisées dans la région avoisinent seulement les 5.000 hectares pour une production moyenne de 25.000 quintaux, des résultats jugés en deçà du potentiel réel du territoire. L'ambition de couvrir 15% des besoins d'ici 2030 Face à ces constats, le nouveau Centre technique se voit confier une feuille de route précise. L'objectif stratégique vise à couvrir environ 15% des besoins nationaux en huiles et tourteaux à l'horizon 2030. Pour y parvenir, la structure ne se limitera pas à un rôle administratif mais agira comme un outil de proximité. Kamal Hidane insiste sur le fait que la réussite des filières agricoles dépend autant de la qualité du conseil et de l'encadrement que des investissements matériels. Le centre a pour mission de développer la recherche appliquée afin d'améliorer les rendements et d'adapter les itinéraires techniques aux contraintes hydriques actuelles. Il s'agit de fournir aux producteurs des solutions concrètes et un service de conseil réactif. Les intervenants s'accordent à dire que la subvention seule ne peut constituer une réponse pérenne, comme l'ont démontré les expériences passées sur d'autres cultures. La stratégie repose sur une approche systémique combinant appui technique, innovation variétale et mesures économiques pour restaurer la rentabilité de l'agriculteur au sein d'une chaîne de valeur compétitive. Un financement de 487.000 euros pour la coopération bilatérale La concrétisation du projet s'appuie sur une coopération internationale étroite, notamment avec la France. Xavier Pacholek, conseiller agricole à l'ambassade de France, précise que le lancement du centre s'inscrit dans la dynamique de l'accord-cadre de coopération agricole et forestière signé récemment par les deux pays. Le projet bénéficie d'un financement du ministère de l'Economie français à hauteur de 487.000 euros. La mise en œuvre opérationnelle implique l'Office national du conseil agricole (ONCA) et l'association française Agropol, soutenus par le savoir-faire des organismes techniques Terres Univia et Terres Inovia. Ce partenariat vise à transférer l'expertise française en matière de recherche et développement tout en l'adaptant aux spécificités du contexte marocain. Le processus de mise en place s'étalera sur deux ans et devra aboutir à la création d'un outil pérenne à l'horizon 2026. L'initiative reflète la volonté commune de consolider la sécurité alimentaire bilatérale et continentale face aux défis climatiques des prochaines décennies. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO