Malgré une certaine résilience face aux chocs récents, l'économie mondiale s'oriente vers une phase de croissance durablement affaiblie. Le rapport World Economic Situation and Prospects 2026 des Nations Unies met en lumière un ralentissement généralisé, une désinflation incomplète et des fragilités structurelles persistantes qui compromettent les progrès vers les Objectifs de développement durable, en l'absence d'une coordination renforcée des politiques économiques. L'économie mondiale entre dans l'année 2026 sur une ligne de crête. Elle a résisté aux chocs successifs, absorbé la flambée inflationniste post-pandémie et évité une récession généralisée. Mais cette résilience ne doit pas masquer une réalité plus inquiétante : la dynamique de croissance s'essouffle durablement, tandis que les fragilités structurelles s'accumulent. Selon le rapport World Economic Situation and Prospects 2026, publié par le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies, la croissance mondiale devrait ralentir à 2,7% en 2026, bien en-deçà de la moyenne observée avant la pandémie. Cette trajectoire traduit moins une crise conjoncturelle qu'un changement de régime. Le monde entre dans une phase de croissance modérée, marquée par une incertitude persistante, un affaiblissement de la coopération multilatérale et des marges de manœuvre budgétaires de plus en plus étroites. Une reprise inégale, fragmentée par régions et par niveaux de développement Derrière la moyenne mondiale se cache une hétérogénéité croissante. Les Etats-Unis et certaines économies asiatiques continuent de bénéficier d'une demande intérieure solide et d'un soutien monétaire plus accommodant. À l'inverse, l'Europe peine à retrouver un rythme soutenu, freinée par des contraintes structurelles durables, des coûts énergétiques élevés et une diffusion technologique insuffisante. Dans les économies en développement, la situation est encore plus contrastée. L'Afrique affiche une progression modérée, portée par la stabilisation macroéconomique et la diversification de ses partenaires commerciaux. Elle reste cependant pénalisée par un endettement élevé, une inflation persistante et un espace budgétaire limité. Les pays les plus vulnérables, notamment les moins avancés, demeurent très éloignés de l'objectif de croissance de 7% fixé par les Objectifs de développement durable, ce qui compromet les perspectives de convergence économique. Le commerce mondial résiste, mais les moteurs s'essoufflent En 2025, le commerce mondial a mieux résisté qu'anticipé, soutenu par des expéditions anticipées avant la hausse des droits de douane et par la vigueur des services, notamment numériques et touristiques. Mais cette dynamique apparaît largement transitoire. En 2026, la croissance des échanges devrait ralentir, à mesure que s'estompent les effets de rattrapage et que persistent les tensions commerciales et l'incertitude politique. La multiplication des barrières tarifaires, la fragmentation géoéconomique et la réorganisation des chaînes de valeur pèsent sur l'investissement productif. Si certaines régions parviennent à capter les nouvelles opportunités liées à la régionalisation et au commerce Sud-Sud, le rapport souligne que l'investissement global demeure modéré, limitant les gains de productivité à moyen terme. Désinflation en cours, mais… L'inflation mondiale poursuit sa décrue. Elle devrait s'établir à 3,1% en 2026, contre 3,4% en 2025. Cette normalisation résulte du reflux des prix de l'énergie et des denrées alimentaires, ainsi que du resserrement monétaire opéré ces dernières années. Toutefois, cette amélioration macroéconomique ne se traduit pas pleinement dans le quotidien des ménages. Le rapport met en évidence une pression persistante sur le coût de la vie, particulièrement marquée pour les ménages à faibles revenus. Les prix du logement, de l'alimentation et de l'énergie continuent d'éroder les revenus réels et d'accentuer les inégalités. Cette inflation «cumulative» constitue désormais un frein social autant qu'économique, alimentant la précarité et ralentissant la réduction de la pauvreté. Conditions financières plus souples, risques systémiques latents L'assouplissement monétaire, observé dans de nombreuses économies, a contribué à détendre les conditions financières et à relancer partiellement les flux de capitaux. Toutefois, le rapport alerte sur la persistance de risques élevés. Les valorisations d'actifs, notamment dans les secteurs liés à l'intelligence artificielle, apparaissent tendues, exposant les marchés à des corrections brutales. Dans les économies en développement, le coût de l'emprunt reste élevé et l'accès à un financement abordable demeure limité. Le poids du service de la dette continue de restreindre les capacités d'investissement public, tandis que la baisse annoncée de l'aide publique au développement aggrave les contraintes financières. Une trajectoire incompatible avec les Objectifs de développement durable Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le constat est sans appel. La combinaison d'une croissance molle, d'un espace budgétaire réduit et d'une coopération internationale affaiblie ralentit les progrès vers la concrétisation des Objectifs de développement durable. La pauvreté extrême recule lentement, les inégalités se creusent et les chocs climatiques gagnent en intensité, pesant sur les finances publiques et la sécurité alimentaire. Le rapport souligne que sans action coordonnée, le monde risque de s'enfermer dans une trajectoire de faible croissance, incompatible avec les ambitions climatiques et sociales visées à l'horizon 2030. Repenser l'action économique collective Face à ce constat, les Nations Unies plaident pour une coordination renforcée des politiques économiques. La politique monétaire, à elle seule, ne peut répondre aux défis actuels. Une articulation plus cohérente entre politiques budgétaires, industrielles et sociales est jugée indispensable pour soutenir l'investissement, protéger les populations vulnérables et renforcer la résilience économique. Le rapport insiste également sur l'urgence de revitaliser la coopération multilatérale, notamment à travers la mise en œuvre des engagements pris dans le cadre de l'Engagement de Séville, la réforme des mécanismes de traitement de la dette et le renforcement du financement concessionnel et climatique. Enfin, le maintien d'un système commercial ouvert et fondé sur des règles apparaît comme une condition essentielle pour limiter la fragmentation, restaurer la confiance et créer les conditions d'une croissance plus inclusive.