Postdoctoral Researcher, Institute of International and Regional Studies, Sun Yat-Sen University, Zhuhai, China Une annonce majeure vient de redéfinir les contours des relations commerciales entre le Maroc et la Chine. Son excellence Yu JinSong, ambassadrice de Chine au Maroc, a confirmé que les produits marocains bénéficieront désormais d'une exonération douanière à leur entrée sur le marché chinois. Cette décision marque une nouvelle phase dans la coopération sino-marocaine. L'inclusion du Maroc dans ce dispositif témoigne de la solidité du partenariat stratégique entre les deux pays. Mais si l'ouverture tarifaire constitue une avancée majeure, elle soulève une question incontournable : comment transformer cette opportunité commerciale en un accès effectif, durable et créateur de valeur pour l'économie marocaine ? Une ouverture prometteuse, mais des défis structurels persistants Le marché chinois représente une opportunité stratégique considérable pour le Royaume, notamment dans un contexte international marqué par l'incertitude et la nécessité de diversifier les débouchés commerciaux. En 2025, les échanges sino-marocains ont atteint des niveaux record. L'exonération douanière améliore significativement la compétitivité-prix des produits marocains. Toutefois, l'expérience internationale montre que l'accès préférentiel au marché ne garantit pas une insertion réussie dans les échanges internationaux. Les véritables obstacles se situent souvent au niveau du financement, de la logistique, de l'information et de la capacité d'adaptation aux spécificités du marché local. Levier financier : la clé de l'accès effectif au marché La réussite de cette ouverture dépendra largement de la capacité des entreprises marocaines à mobiliser des financements adaptés. Exporter vers la Chine implique des investissements initiaux importants : adaptation des produits aux normes locales, certifications, logistique longue distance, gestion du risque de change et délais de paiement parfois étendus. Dans ce contexte, le renforcement des instruments de financement du commerce, des garanties à l'export et des partenariats financiers sino-marocains apparaît essentiel. Des solutions alternatives, telles que le financement collaboratif orienté vers l'export ou des mécanismes hybrides public-privé, pourraient également jouer un rôle structurant, en particulier pour les PME. Sans ces leviers financiers, l'exonération douanière risque de bénéficier principalement aux grandes entreprises déjà internationalisées. Levier numérique et intelligence artificielle : un avantage compétitif décisif Au-delà du financement, la transformation numérique constitue un facteur clé de succès. Le marché chinois est fortement digitalisé et dominé par des plateformes numériques avancées. L'intelligence artificielle permet aujourd'hui d'analyser finement la demande locale, d'anticiper les tendances de consommation, d'optimiser les stratégies de prix et d'améliorer la visibilité des produits. Dans ce sens, l'utilisation d'outils numériques pour le marketing, la logistique et la relation client devient ainsi un levier stratégique. L'accès au marché chinois n'est plus uniquement une question de barrières tarifaires, mais de capacité à s'intégrer dans un écosystème numérique complexe et hautement concurrentiel. Partenariats stratégiques et vision de long terme La transformation de cette ouverture en succès durable passe également par le développement de partenariats sino-marocains solides. Les joint-ventures, accords de distribution locale et coopérations industrielles permettent de réduire les coûts d'entrée, de partager les risques et d'accélérer l'apprentissage du marché chinois. Cette dynamique s'inscrit dans le cadre plus large des nouvelles routes de la soie, auxquelles le Maroc a adhéré en 2017. L'exonération douanière accordée aux produits marocains constitue une avancée majeure dans les relations économiques sino-marocaines. Mais elle ne représente qu'un point de départ. Sa réussite dépendra de la capacité du Royaume à activer les leviers financiers tout en intégrant les outils numériques et l'intelligence artificielle, et en structurant des partenariats stratégiques durables. L'enjeu n'est donc pas seulement d'exporter davantage vers la Chine, mais d'exporter mieux, en inscrivant cette ouverture commerciale dans une vision de long terme fondée sur la valeur, l'innovation et la durabilité.