La finale de la Coupe d'Afrique des nations 2025, ce dimanche, oppose deux équipes qui ne se sont jamais affrontées en CAN. Pour l'une comme pour l'autre, l'enjeu est le même : inscrire son nom au palmarès de la compétition pour la deuxième fois. Jouer une finale est toujours un moment important. Celle de dimanche entre le Maroc et le Sénégal aura une saveur toute particulière pour Walid Regragui. La dernière fois que le Maroc a remporté une Coupe d'Afrique des nations, le sélectionneur avait à peine un an. Et la dernière fois que les Lions de l'Atlas se sont hissés en finale de la compétition (Tunisie 2004), il était sur le terrain, pour aider le Mountakhab a remporter le sacre. Une ambition malheureusement frustrée (défaite 2-1). 22 ans plus tard, Regragui a une nouvelle chance de remporter le titre, cette fois en tant que sélectionneur. Douce revanche Le technicien voit dans son parcours jusqu'en finale «un beau cadeau pour le public marocain». Et même si, après avoir essuyé moult critiques il assure n'en vouloir à personne, cette finale est d'abord une douce revanche sur une partie de l'opinion qui réclamait sa tête, surtout après le crash de 2023, au lendemain du parcours héroïque à la Coupe du monde 2022. À l'époque, Regragui estimait qu'après un tel parcours dans la plus importante compétition de la planète foot, le Maroc ne pourrait pas espérer moins que le dernier carré lors de la CAN en Côte d'Ivoire. Ce qui apparaissait alors comme une évidence, au vu des promesses nées de l'épopée qatarie et de la qualité de l'effectif, s'est rapidement transformé en cauchemar lorsque les Lions de l'Atlas ont dû plier bagage dès les huitièmes de finale, éliminés par l'Afrique du sud. Depuis, le sélectionneur et son staff ont constamment fait l'objet d'une pression croissante, à mesure que se rapprochait la CAN à la maison, où il se savait particulièrement attendu. Une pression devenu d'autant plus forte que dans les autres catégories, les titres s'accumulaient (CAN U23, CAN U17, Coupe du monde U20, CHAN, Coupe arabe), au point où le vox populi et les médias tenaient même déjà leur favori pour remplacer Regragui dont le contrat à la tête de la sélection court pourtant jusqu'en 2026. Ni sa brillante campagne de qualification pour le Mondial (8 matches, 8 victoires, première nation qualifiée dans la zone Afrique), ni son impressionnante série de victoires consécutives (19 matches, record absolu), ne semblaient en mesure de lui redonner de la crédibilité. Certains observateurs lui reprochaient une approche trop défensive, et un jeu pas assez flamboyant, malgré la pléthore de talents offensifs. Pourtant, c'est bien cette défense de fer, qui n'a concédé qu'un but depuis le début du tournoi, qui a fait déjouer le Nigéria, meilleure attaque de la compétition (14 buts inscrits), restreignant les Super Eagles à seulement 2 tirs sur l'ensemble de 120 minutes. Le Maroc, entre ferveur populaire et maîtrise collective Dimanche, dans un Complexe sportif Moulay Abdellah tout acquis à leur cause, et qu'ils ont transformé au fil des rencontres en véritable forteresse imprenable, les Lions de l'Atlas se doivent de terminer le travail. La finale promet un contraste saisissant entre deux trajectoires maîtrisées et deux visions affirmées du football. Le Maroc, de retour à ce stade de la compétition après deux décennies, est porté par une dynamique populaire nourrie par un parcours solide et sa capacité à gérer la pression des grands rendez-vous. En face, le Sénégal, champion d'Afrique en 2021, s'appuie sur une expérience des sommets (trois finales depuis 2019, victoire en 2021) et une maturité collective forgée dans les joutes internationales les plus exigeantes. Pour les deux sélections, l'enjeu dépasse le simple trophée. Il s'agit d'inscrire cette campagne dans une continuité historique, de transformer une génération talentueuse en référence durable, et de confirmer un statut acquis de haute lutte sur la scène continentale. Depuis le début du tournoi, le Maroc a avancé sans éclat tapageur, mais avec une constance qui force le respect. Défensivement solide, discipliné dans l'organisation, le Mountakhab a su faire preuve de patience et de sang-froid dans les moments clés. La demi-finale face au Nigéria, remportée au terme d'un match âpre et engagé, a illustré cette capacité à répondre présent lorsque le contexte se tend. Walid Regragui a bâti une équipe pragmatique, capable de contrôler les temps faibles et de frapper au moment opportun. L'équilibre trouvé entre cadres expérimentés et jeunes joueurs affamés a permis au Maroc de franchir l'un après l'autre les tours à élimination directe sans jamais perdre le fil de son projet de jeu. Plus encore, le sélectionneur a réussi à préserver son groupe de l'euphorie ambiante, martelant l'idée que le tournoi ne se gagne pas avant le coup de sifflet final. Le Sénégal, l'expérience du sommet Face au Maroc, le Sénégal avance avec le calme de ceux qui savent ce qu'implique une finale. Sacrés en 2021, les Lions de la Teranga ont semblé avoir pêché par orgueil en Côte d'Ivoire il y a deux ans. Résultat : une sortie de route aux tirs au but dès les huitièmes de finale face au futur vainqueur ivoirien. Bien décidés à prouver qu'ils avaient tiré les leçons de leur défense de titre ratée, les Lions de la Téranga ont affiché un visage résolument conquérant dans cette CAN 2025 où ils ont démontré cohésion, discipline, maturité, ainsi qu'une certaine capacité à alterner phases de domination et séquences de gestion plus prudentes. Pour les hommes de Pape Thiaw, qui dispute sa première CAN après avoir remplacé il y a un an Aliou Cissé, l'homme du sacre de 2021, l'enjeu est triple : confirmer le statut de place forte du football africain, rejoindre le cercle restreint des nations doublement titrées sur la période récente, et enfin offrir le meilleur des au revoir à la star Sadio Mané, qui a annoncé mercredi qu'il disputait sa dernière CAN sous le maillot sénégalais. Pour rappel Maroc et Sénégal ne se sont jamais affrontés en Coupe d'Afrique. Cette première confrontation se révèle lourde d'enjeux pour l'une et l'autre de ces nations. «La seule chose que nous maîtrisons, c'est de bien jouer au football, de parler sur le terrain en gagnant nos matches», avait lancé Walid Regragui avant la demi-finale face au Nigéria. Un conseil que ses joueurs seraient bien inspirés de suivre pour leur dernière sortie dans ce tournoi car, in fine, une finale ne se joue pas, elle se gagne. Sami Nemli / Les Inspirations ECO