Au lendemain de la CAN 2025, l'Afrique a montré au monde ce qu'elle savait faire. Le Maroc, par son organisation et son engagement, a élevé la compétition au rang d'événement global. Aujourd'hui, que faire de ce succès ? Comment transformer une réussite ponctuelle en une dynamique durable pour le continent ? La Coupe d'Afrique des Nations 2025 restera comme un moment charnière dans l'histoire du sport africain. Par son organisation sans faille, son accueil chaleureux, sa couverture médiatique globale et l'ampleur des réactions internationales, l'édition marocaine a dépassé le statut de simple tournoi pour devenir une plateforme de projection africaine, capable de capter l'attention des médias, des institutions et des publics sur tous les continents. Mais une fois les stades vidés, les tambours et les chants retombés, il faut se tourner vers l'avenir. La grande question qui se pose est de savoir quelle suite donner à ce moment exceptionnel pour qu'il devienne un vecteur de transformation durable, au Maroc comme sur l'ensemble du continent ? Car le véritable défi commence après les célébrations. Si organiser une CAN exceptionnelle est une prouesse, inscrire cette réussite dans la durée exige une vision stratégique claire, un leadership affirmé et une volonté de transformer l'éphémère en durable. La réussite de la CAN 2025 a offert au Maroc une caisse de résonance diplomatique considérable. Une reconnaissance internationale qui constitue un capital d'influence que le Maroc peut transformer en opportunités concrètes. C'est aussi un levier pour redessiner les équilibres dans la diplomatie sportive mondiale, en repositionnant l'Afrique comme un acteur central et non plus périphérique. Sur le plan diplomatique, le pays a confirmé sa capacité à rassembler, coordonner et produire des événements de grande ampleur. Ce succès peut être exploité pour renforcer ses relations bilatérales et multilatérales, en Afrique comme au-delà. Il ouvre des portes pour des forums politiques, des sommets économiques ou des plateformes de coopération internationale, en s'appuyant sur une marque pays renforcée. Le sport devient ici un langage universel de coopération, une diplomatie douce fondée sur la confiance, la compétence et la capacité à fédérer. Sur le plan économique, cette organisation reconnue inspire confiance aux investisseurs, non seulement pour des projets liés au sport, mais aussi pour des secteurs connexes comme le tourisme, l'hôtellerie, le transport ou les technologies. Elle met en lumière les capacités d'accueil du Maroc et, par extension, celles d'un continent qui devient progressivement plus attractif. Cette dynamique de confiance, alimentée par des images positives relayées à l'échelle planétaire, peut modifier les flux d'investissement et les choix de localisation stratégique de grandes entreprises internationales. La CAN 2025 a démontré que le sport pouvait être un instrument stratégique de diplomatie publique. À travers l'organisation d'un événement respecté, le Maroc a généré un flux constant de narrations positives quant à sa capacité à organiser, à innover, à accueillir et à fédérer. Ces narrations contribuent à redéfinir l'image du continent. Il s'agit désormais de construire une diplomatie sportive africaine plus structurée, à travers des coopérations renforcées, une formation de haut niveau, et une gouvernance partagée des événements sportifs d'envergure. D'autre part, la couverture médiatique exceptionnelle du tournoi peut être le point de départ d'un véritable levier de soft-power. Cette visibilité mondiale pourrait se transformer en accords de diffusion durables, en formats audiovisuels innovants, en productions valorisant les talents et les histoires du continent. Par ailleurs, l'un des grands apports de la CAN 2025 est d'avoir proposé un modèle de gouvernance événementielle intégrée. La coordination entre les institutions, l'anticipation des risques, la digitalisation des flux et la clarté des rôles entre les différents acteurs ont constitué un modèle exportable. Ce modèle, bien documenté, pourrait inspirer d'autres pays africains prétendant à l'organisation de grands sommets ou compétitions. Ce savoir-faire, désormais disponible, doit être institutionnalisé et partagé à travers le continent, via des programmes de transfert de compétences, des plateformes collaboratives et des réseaux d'expertise panafricains. Ce succès doit aussi se traduire en héritage social. Les équipements, les compétences acquises, les réseaux constitués doivent être maintenus et intégrés dans les politiques publiques. L'accès au sport, à la formation et à la culture médiatique doit être facilité. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra passer de l'événement à la transformation. La CAN 2025 doit devenir un tournant dans les politiques publiques africaines. Un appel à intégrer le sport dans les priorités de développement durable, d'inclusion sociale et d'aménagement territorial. Toutefois, la finale de Rabat est venue rappeler que l'excellence organisationnelle ne suffit pas. Dans un match pourtant bien préparé, des tensions sur le terrain et dans les tribunes ont éclaté, provoquant des scènes chaotiques, dénoncées par la FIFA comme par la CAF. Cet épisode, aussi isolé soit-il, souligne l'importance d'une maturité institutionnelle complète, incluant le respect des règles, des arbitres et de l'esprit sportif. Il montre que la réussite logistique et médiatique doit s'accompagner d'une exemplarité éthique, sur le terrain comme en dehors. Parce que la crédibilité du sport africain se joue aussi dans sa capacité à réguler, à prévenir les débordements, à protéger l'intégrité des compétitions. À l'avenir, cette exigence de gouvernance ne pourra être ignorée. Le comportement des acteurs, leur capacité à gérer la pression, à respecter l'adversaire et les décisions de l'arbitrage, feront partie intégrante du rayonnement du continent. En ligne de mire, plusieurs échéances attendent désormais le Maroc et l'Afrique. Cette année, le Royaume accueillera la CAN féminine, dans une dynamique de continuité et de montée en puissance. Ce rendez-vous constituera un test crucial pour la consolidation de l'écosystème sportif africain au féminin. Trois ans plus tard, le Maroc sera l'un des hôtes de la Coupe du monde 2030, aux côtés de l'Espagne et du Portugal. Cette échéance planétaire implique un saut d'échelle en termes de logistique, de sécurité, de narration et d'exemplarité institutionnelle. Enfin, la prochaine CAN masculine, prévue en 2027, devra s'inspirer des acquis de l'édition marocaine tout en corrigeant les fragilités révélées lors de la finale. Elle sera l'occasion de démontrer la capacité de l'Afrique à stabiliser son modèle de gouvernance sportive tout en renouvelant ses récits collectifs. De manière générale, cette CAN a modifié la perception de l'Afrique dans le monde. Et maintenant ? Maintenant, commence le plus difficile : transformer l'essai. Faire de la CAN 2025 un point de départ, une trajectoire. C'est ici que commence le véritable match de l'héritage, de l'influence et de l'avenir.