La Coupe d'Afrique des Nations 2025 organisée au Maroc marque un tournant majeur pour le football africain. Selon les chiffres communiqués par la Confédération africaine de football (CAF), les revenus générés par la compétition ont progressé de 90 %, faisant de cette édition la plus rentable de l'histoire de la CAN. Une performance qui dépasse largement le cadre sportif et qui consacre l'entrée du football africain dans une nouvelle dimension économique. Invité de l'émission Yes We CAN, Mahama Coulibaly, expert reconnu de l'économie du sport et fin connaisseur des grandes compétitions africaines, livre une lecture sans détour de cette mutation. Pour lui, la CAN 2025 symbolise clairement la bascule du sport africain vers une approche plus structurée, plus professionnelle et résolument tournée vers la création de valeur. Le sport africain, désormais un produit économique Longtemps cantonné à sa dimension populaire et émotionnelle, le sport africain révèle aujourd'hui son potentiel économique à grande échelle. « C'est souvent lors des grands événements que l'on se rend compte que le sport africain est un véritable produit économique », explique Mahama Coulibaly expert de l'économie du sport, ex-président de la commission marketing de la CAN 2023 et ancien président de la Fédération ivoirienne de basketball. La CAN 2025 illustre, selon lui, cette réalité à travers l'explosion des revenus liés aux droits télévisés, au sponsoring, à la billetterie digitalisée et à la consommation autour des stades. Pour l'expert, l'enjeu est désormais de transformer ce "boom" conjoncturel en dynamique durable. « Il ne faut pas attendre tous les deux ou quatre ans un pic économique. L'objectif doit être de construire une économie locale pérenne autour du sport », insiste-t-il, tout en saluant la professionnalisation progressive de l'organisation sportive sur le continent. Aux yeux de Mahama Coulibaly, la CAN 2025 organisée au Maroc constitue une véritable « masterclass » en matière d'organisation. Digitalisation des droits télévisés, modernisation de la billetterie, consommation directe autour des enceintes sportives : tous les leviers du sport business ont été activés. « Le Maroc s'est positionné comme un leader organisationnel des grands événements sportifs », analyse-t-il. Cette réussite renforce non seulement la notoriété du Royaume, déjà reconnu comme destination touristique majeure, mais consolide aussi sa crédibilité à l'approche de la Coupe du monde 2030. « Il y a désormais beaucoup moins de doutes, voire plus du tout, sur la capacité du Maroc à accueillir des compétitions mondiales », affirme-t-il. Retombées durables ou conjoncturelles? Au-delà de l'image, les retombées économiques sont tangibles. Tourisme, investissements, développement territorial : la CAN a agi comme un catalyseur. « Le Maroc gagne en diplomatie, en expertise et en attractivité », observe Mahama Coulibaly, évoquant notamment Tanger, zone franche et pôle d'investissement, comme illustration de cette dynamique. L'expert souligne également l'émergence d'une véritable industrie du sport, intégrant des dimensions parfois moins visibles mais structurantes : sport-santé, emploi, aménagement urbain et accès au sport pour tous. « Les villes se sont embellies, les infrastructures se sont modernisées, et la pratique sportive est devenue plus accessible », note-t-il. Si l'émotion sportive reste par nature éphémère, Mahama Coulibaly distingue clairement le conjoncturel du structurel. « L'émotion, c'est l'instant. La durabilité, elle, se construit dans la préparation », explique-t-il. Selon lui, la CAN 2025 répond à plusieurs critères de développement durable : employabilité des jeunes, mobilisation des bénévoles, création d'infrastructures pérennes et essor du tourisme sportif. Contrairement au phénomène des "éléphants blancs" observé dans certains pays africains après de grands événements, le Maroc semble avoir anticipé la gestion de l'héritage. « L'enjeu est désormais d'optimiser ces infrastructures et d'élargir les bénéfices à d'autres disciplines sportives, au-delà du football », plaide-t-il, citant notamment le basketball comme sport à fort potentiel. Financer le sport africain autrement Autre point central abordé : le financement du sport. Encore largement dépendant des fonds publics, le modèle africain doit évoluer. Pour Mahama Coulibaly, les leviers sont identifiés : sponsoring, droits télévisés, merchandising et billetterie. « Le sponsoring reste la clé en Afrique », souligne-t-il, tout en rappelant que le développement du merchandising passe par l'amélioration du pouvoir d'achat et de la qualité du spectacle. La performance record de la CAN 2025 confirme cette tendance. « Une hausse de 90 % des revenus est inédite. Elle montre que les perspectives du sport business africain sont immenses », analyse-t-il, attribuant cette croissance à la qualité de l'organisation, à la digitalisation (Fan ID, billetterie en ligne) et à l'intérêt mondial croissant pour le football africain. Sans parler de rupture totale, Mahama Coulibaly estime que la CAN 2025 a relevé le niveau d'exigence. « Elle améliore le standard commercial », affirme-t-il, évoquant l'émergence de nouvelles sources de revenus, notamment digitales, et le potentiel futur de l'e-sport. La loi de l'offre et de la demande s'est également imposée, avec des supporters prêts à payer plus cher pour vivre l'expérience du stade. En conclusion, l'expert plaide pour une approche collective du développement du sport africain. Gouvernance, professionnalisation, coopération entre Etats, secteur privé et fédérations : « Le sport n'est plus un jeu au regard des enjeux économiques », tranche-t-il. À travers la CAN 2025, le Maroc a envoyé un message clair au continent : le sport peut devenir un moteur de croissance, d'emploi et d'influence internationale. « La réussite du Maroc est aussi celle de l'Afrique », résume Mahama Coulibaly, appelant à renforcer la solidarité et la coopération Sud-Sud pour faire du sport africain une véritable industrie durable.