Face à l'enlisement d'une crise qui menaçait l'un des piliers de son économie, l'Etat ivoirien est intervenu en urgence pour désamorcer les tensions dans la filière cacao. En proie à des blocages logistiques, des prix en chute libre et des producteurs non payés depuis des mois, la chaîne d'exportation retrouve peu à peu son souffle sous l'impulsion des autorités. Objectif : écouler les stocks, rassurer les planteurs et stabiliser une filière qui représente à elle seule près de la moitié des recettes d'exportation du pays. Dans une tentative de mettre un terme à plusieurs mois de blocage dans la commercialisation du cacao, le gouvernement ivoirien a annoncé le déblocage complet des stocks accumulés dans les ports et les coopératives. Cette décision intervient alors que les tensions s'étaient accentuées entre les producteurs, les exportateurs et le Conseil Café-Cacao (CCC), l'organe de régulation de la filière. Depuis novembre dernier, d'importants volumes de cacao restaient stockés dans les entrepôts d'Abidjan et de San Pedro, tandis que les producteurs attendaient désespérément d'être payés pour leur récolte. Le cacao devait être acheté au prix record fixé en octobre 2025 par l'Etat, à 2.800 FCFA le kilogramme. Mais les retards d'exportation, aggravés par la chute des cours mondiaux, ont laissé nombre de planteurs dans une situation de précarité extrême. Obed Blondé Doua, vice-président de l'Organisation interprofessionnelle agricole du Café-Cacao (OIA), a confirmé que «l'Etat a pris les choses en main» et que «dans les jours à venir, aucun cacao ne restera dans les mains des planteurs». Selon lui, l'ensemble des stocks sera évacué afin de relancer les paiements et rétablir la fluidité du circuit de commercialisation. La situation était devenue critique. Après avoir atteint des sommets historiques à près de 12.000 dollars la tonne en 2024, le cacao a vu son cours chuter brutalement, tombant à moins de 5.000 dollars la tonne au début de 2026. Une baisse qui a fragilisé les acheteurs et paralysé la chaîne d'exportation. Le CCC, mis en cause par les producteurs, avait d'abord nié tout blocage, accusant les transporteurs de contourner les procédures officielles. Mais face à la pression croissante, les autorités ont fini par reconnaître la gravité de la crise. «Nous reconnaissons que nos producteurs ont beaucoup de cacao dans leurs mains, dans les villages, dans les campements, qui n'arrive pas à sortir», a déclaré Doua. Il a salué l'intervention de l'Etat et assuré que le prix fixé par l'Etat sera respecté pour l'ensemble des livraisons. La filière cacao est vitale pour la Côte d'Ivoire. Elle représente à elle seule 14% du PIB, 45 % des recettes d'exportation, et fait vivre indirectement un cinquième de la population. Toute perturbation dans cette industrie stratégique a donc des répercussions économiques, sociales et politiques majeures. En agissant rapidement, les autorités ivoiriennes cherchent non seulement à désamorcer une crise qui menaçait d'ébranler le secteur, mais aussi à restaurer la confiance entre l'Etat, les producteurs et les acteurs de la chaîne d'exportation. Reste à savoir si cette intervention suffira à stabiliser durablement une filière soumise à une forte volatilité des marchés internationaux.