La nouvelle charte de l'investissement dédiée aux TPME redéfinit les règles du jeu pour les jeunes entrepreneurs. Elle combine subventions, accompagnement personnalisé mais aussi des exigences strictes pour encourager des projets ambitieux, bancables et créateurs d'emplois. Mais concrètement, que peut espérer un jeune qui se lance pour la première fois et comment tirer pleinement parti de cette opportunité unique ? Réponses. La charte de l'investissement TPME, centrée sur l'inclusion, la territorialité et la création d'emplois, redéfinit profondément les conditions d'accès au financement pour les jeunes entrepreneurs. En mettant l'accent sur les primo-investisseurs, c'est-à-dire les jeunes porteurs de projets qui se lancent pour la première fois, elle ouvre un champ d'opportunités inédit pour transformer une idée en entreprise viable. La question centrale reste : qu'est-ce qu'un jeune entrepreneur peut concrètement obtenir grâce à cette charte et comment peut-il s'y préparer pour maximiser ses chances de succès ? La mesure la plus marquante pour les primo-investisseurs est l'accès à une subvention publique pouvant atteindre 30% du montant du projet. C'est du concret. «À partir d'un million de dirhams, un jeune entrepreneur peut bénéficier de 30%. C'est vraiment considérable pour quelqu'un qui vient de commencer. Cela booste extrêmement sa capacité financière et augmente même la partie apport dans la bancabilité du projet», explique Hind Driouech, Directrice Exécutive du Marché Entreprises à Attijariwafa bank Cette subvention est un levier déterminant pour alléger la charge financière du jeune entrepreneur et réduire le risque de défaillance dans les premières années, qui constituent souvent la période la plus fragile pour une jeune entreprise. Hind Driouech souligne également que cette initiative place les primo-investisseurs sur un pied d'égalité avec les entreprises déjà établies. «On devrait se féliciter d'avoir vraiment mis le point sur les primo-investisseurs. Ils peuvent en bénéficier comme les entreprises qui sont déjà établies», souligne-t-elle. Voir plus grand Au-delà du soutien financier, la charte renforce l'accompagnement des jeunes entrepreneurs via les Centres Régionaux d'Investissement (CRI). Ces centres ne se limitent pas à instruire les dossiers. Ils offrent un véritable accompagnement stratégique et méthodologique. Mohcine Benjelloun, directeur du CRI de Rabat-Salé-Kénitra, est catégorique. «Rendez-vous demain chez vous, dans votre province ou préfecture, pour un atelier de travail. On échange sur votre projet, on le challenge, on examine vos dossiers, on identifie vos besoins en formation ou coaching. C'est vraiment un accompagnement complet que nous offrons», plaide-t-il. Benjelloun ajoute que cette approche repose sur la connaissance approfondie du tissu territorial, acquise par le traitement quotidien de dossiers de toutes natures. Cette expertise locale permet de proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain et de s'assurer que chaque projet est réaliste, viable et aligné sur les critères d'éligibilité bancaire. La charte vise également à encourager les jeunes entrepreneurs à passer d'un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat capable de créer de l'emploi et de la valeur. Meriem Zairi, présidente de la Commission entrepreneuriat et TPME à la CGEM, souligne que ce dispositif permet aux jeunes entrepreneurs de voir plus grand, «de passer du stade d'entrepreneuriat élémentaire à un entrepreneuriat plus ambitieux». Zairi insiste sur la nécessité d'une préparation sérieuse et d'un calcul économique rigoureux pour maximiser les chances d'obtenir le financement. Selon elle, la charte représente une opportunité unique pour les jeunes entrepreneurs, mais elle exige un engagement total et une réflexion structurée sur la bancabilité et la viabilité de leur projet. Une condition indispensable pour bénéficier de la charte est la détention d'au moins 10% de fonds propres par le porteur de projet. Cette exigence, que l'on pourrait considérer comme un seuil minimal, joue un rôle central dans la sécurisation des projets (voir encadré). Ainsi, le financement public de 30% n'est accordé qu'en contrepartie d'un engagement personnel significatif. Il s'agit d'un moyen de responsabiliser le porteur de projet et de garantir que l'argent public est utilisé pour des initiatives solides. Pour éviter de reproduire les échecs des dispositifs précédents, la charte s'appuie sur une gouvernance solide et un suivi continu. «Aujourd'hui, le CRI est réellement le One Stop Shop. Nous accompagnons l'investisseur depuis l'idéation jusqu'à l'exploitation, en suivant chaque étape : recherche du foncier, acceptabilité environnementale, permis de construire, recrutement et convention d'investissement... », explique Benjelloun. Cette approche garantit que seuls les projets sérieux et bien préparés bénéficient de l'accompagnement et des subventions, évitant ainsi les duplications et les initiatives non viables. Pour la première fois, le système offre un ensemble cohérent d'outils permettant de passer d'un entrepreneuriat limité à un entrepreneuriat structuré, créateur de valeur et d'emplois durables. Les jeunes qui sauront s'engager pleinement dans ce processus pourront concrètement transformer leurs idées en projets ambitieux et pérennes. Hind Driouech Directrice exécutive du Marché entreprises à Attijariwafa bank «À partir de 1 million de dirhams, un jeune entrepreneur peut bénéficier de 30%. C'est vraiment considérable pour quelqu'un qui vient de commencer. Cela booste extrêmement sa capacité financière et augmente même la partie apport dans la bancabilité du projet.» Meriem Zairi Présidente de la Commission entrepreneuriat et TPME à la CGEM «Nous avions un des entrepreneuriats les moins créateurs d'emplois de la région. Ce dispositif permet de pousser un peu plus l'ambition des entrepreneurs dans leurs projets. Il leur permet d'envisager des choses plus grandes, de passer du stade d'entrepreneuriat alimentaire à un entrepreneuriat plus créateur d'emplois et de valeur. C'est une occasion unique pour ces jeunes entrepreneurs, mais il faut le faire sérieusement.» Mohcine Benjelloun Directeur du CRI Rabat-Salé-Kénitra «Aujourd'hui, le CRI est réellement le One Stop Shop. Nous accompagnons l'investisseur de l'idéation jusqu'à l'exploitation. Notre mission est de comprendre le projet, le challenger et s'assurer qu'il a toutes les chances de bénéficier des primes et de réussir par la suite.» Pourquoi les 10% de fonds propres sont impératifs La règle des 10% de fonds propres constitue un élément central du nouveau modèle d'investissement. Ce seuil n'est pas arbitraire et répond à plusieurs objectifs essentiels. Tout d'abord, il permet un partage du risque. Mohcine Benjelloun explique qu'il y a un partage de risques entre l'investisseur, la banque et l'Etat. «Le minimum qu'on puisse demander est ce fameux 10%. C'est un gage de sérieux et d'engagement», note-t-il. L'idée est que le porteur de projet ait une implication financière réelle. Sans cet engagement, le projet serait trop dépendant des subventions publiques et manquerait de crédibilité. Ensuite, les 10% représentent un signal fort de sérieux pour les banques et les institutions financières. Hind Driouech insiste : «Les 10% sont un engagement, c'est un signal qu'il est impliqué dans son projet». Cela garantit que le financement bancaire ou public n'est accordé qu'à des projets portés par des entrepreneurs réellement déterminés et conscients des risques et des défis de l'acte d'entreprendre. Enfin, les dix pour cent protègent la subvention publique. «C'est binaire. Sans les 10%, le dossier n'est même pas instruit. C'est défini par la loi et les décrets», tranche Mohcine Benjelloun. Cette règle assure que l'argent des contribuables ne finance que des projets engagés et crédibles, limitant ainsi les risques d'abus. Comment éviter les erreurs du passé La charte de l'investissement s'appuie sur des mécanismes conçus pour éviter les erreurs et insuffisances observées dans les programmes précédents. Trois axes principaux sont identifiés. Le premier est la clarté de la vision stratégique. Mohcine Benjelloun l'explique ainsi : «Nous suivons une Orientation Royale et un objectif commun: la création d'emplois». Cette approche permet de concentrer les ressources et les efforts sur des projets qui contribuent réellement à la croissance économique et à l'emploi, évitant les dispersions constatées dans le passé. Le deuxième axe concerne la gouvernance territoriale et le suivi continu des projets. Le CRI joue un rôle central en tant que guichet unique. Cette méthodologie permet d'identifier rapidement les projets non viables et d'intervenir avant qu'ils ne deviennent des échecs, tout en offrant un soutien personnalisé aux initiatives prometteuses. Le troisième axe est la responsabilité et la communication transparente avec les entrepreneurs. La logique est celle du deal. «Il va y avoir une subvention pour laquelle l'Etat a pris l'argent du contribuable, l'impôts des citoyens. Si tu tiens ton engagement, il respectera son engagement», indique Hind Driouech. Cette communication claire établit un cadre contractuel entre l'Etat et l'entrepreneur, garantissant que les ressources publiques sont utilisées de manière efficace et que seuls les projets sérieux sont soutenus. Ces trois mécanismes combinés (vision stratégique, gouvernance renforcée et responsabilité contractuelle) constituent la pierre angulaire pour éviter les duplications et les échecs observés dans les dispositifs antérieurs. Ilyas Bellarbi / Les Inspirations ECO