«CAN ya ma CAN». L'Afrique voulait offrir au monde la meilleure image du continent. Mais à la 98e minute de la finale, elle a préféré revenir à sa zone de confort : populisme, complotisme et règlement piétiné, le tout dans un fiasco filmé en mondovision. Le Maroc a fait un pas en avant. La CAF, deux en arrière. DR ‹ › On a enfin retrouvé cette fameuse «hype africaine» tant regrettée par les supporters avant le coup d'envoi de la CAN, mais aussi par Hugo Broos, le sélectionneur sud-africain. La fête a viré au spectacle déplorable : coups de pression, violences, mauvaise foi, anti-jeu, magouilles… et une Confédération africaine de football qui préfère se saborder plutôt que de faire preuve de courage en appliquant ses propres règlements. Finale de la CAN : La CAF sanctionne le Sénégal et le Maroc en coupant la poire en deux Depuis l'avant-veille de la finale, le match s'était déplacé du terrain sportif vers le terrain politique. Le Sénégal avait tous les atouts pour gagner cette Coupe d'Afrique sur le jeu. Mais avant même de jouer, la Fédération sénégalaise a choisi le bras de fer, surfant sur une ambiance délétère faite de rumeurs et de complots. Le narratif était prêt : Fouzi Lekjaa, président de la FRMF, «dominerait» la CAF et manipulerait un président «corrompu», quand bien même Patrice Motsepe est la première fortune d'Afrique du Sud. Cette petite musique, reprise par les mauvais perdants – entraîneurs, fédérations, supporters, médias – s'est imposée comme discours victimaire, des réseaux sociaux jusqu'à certains plateaux internationaux. Rien de nouveau : le refrain de la corruption revient à chaque CAN. Ce qui change cette fois, c'est que la Fédération sénégalaise a joué cette carte à fond, en préemptant la communication d'après-match : si le Sénégal perd, c'est parce que le Maroc et la CAF ont acheté la CAN avant même qu'elle ne commence. Et la CAF, loin d'éteindre l'incendie, a jeté de l'huile sur le feu. Match nul, balle au centre Pour ne fâcher personne, ou du moins le moins de membres possible, la CAF a choisi de fuir ses responsabilités en appliquant un étrange Fifty-Fifty. Ainsi Pape Thiaw a subi quasiment la même sanction qu'Ismaël Saïbari. Elle réussit l'exploit de sanctionner le Maroc sous prétexte que des joueurs et membres du staff se trouvaient en zone VAR, sans sanctionner le Sénégal pour les mêmes faits. Et que dire de la quasi-totalité des joueurs sénégalais restés impunis après avoir quitté le terrain près de vingt minutes pour rejoindre les vestiaires, smartphone en main, clamant tranquillement : «On s'est fait voler» ? Le plus grave, dans cette décision qui affaiblit durablement la CAF, reste le rejet du recours déposé par la FRMF, fondé sur des violations claires du règlement de la CAN par la FSF (art. 82 et 84). Que faut-il retenir de ce cirque ? Cette mansuétude envers la stratégie de pourrissement assumée par Pape Thiaw, ses joueurs et la Fédération sénégalaise fera jurisprudence. Demain, pourquoi rester sur le terrain ? L'Algérie, par exemple, aurait eu intérêt à quitter le match après son penalty refusé en quart de finale, plutôt que d'attendre le coup de sifflet final pour s'embrouiller avec l'arbitre. La sanction aurait été comparable, avec en prime la possibilité de déstabiliser l'adversaire en cours de jeu. Pourquoi risquer de perdre une Coupe ou un match à enjeu si la punition se limite à quelques matchs de suspension pour le sélectionneur et quelques centaines de milliers de dollars d'amende pour la fédération ? Surtout quand le gain potentiel est un titre continental et 10 millions de dollars de prize money. En politisant cette CAN et en surfant sur l'ambiance complotiste, la Fédération sénégalaise a fait son calcul : pile, tu perds la Coupe mais tu gagnes la bataille du storytelling africain ; face, tu gagnes la CAN, les 10 millions, et tu verses un «pourboire» de 615 000 dollars à la CAF. Le Maroc, lui, aura perdu sportivement. Il sort avec une image écornée sur le continent, une fête gâchée, et surtout un affaiblissement politique au sein de la Confédération africaine de football. Et nous, dans tout ça ? Pas besoin de 100 mots pour décrire ce que ressentent des millions de Marocains après l'uppercut encaissé lors de la finale, puis le crochet du gauche asséné par la CAF. Un mot suffit : «Chemta !»