Face aux profondes mutations démographiques et sociales, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à une reconnaissance et à une structuration de l'économie du soin à autrui au Maroc. Présenté le 28 janvier 2026 à Rabat, l'avis de l'institution met en évidence un déficit d'offre, l'invisibilisation persistante du travail de soin et le potentiel stratégique de ce secteur en matière d'inclusion sociale, d'égalité de genre et de création d'emplois durables. Lors d'une rencontre organisée dans la capitale, le CESE a dévoilé les principales conclusions de son avis intitulé « Reconnaître et organiser l'économie du soin à autrui au Maroc : enjeux et perspectives ». Cette réflexion intervient dans un contexte de transformations démographiques et sociétales accélérées, qui appellent à repenser en profondeur les modes de prise en charge des populations les plus vulnérables. Prenant la parole à cette occasion, le président du CESE, Abdelkader Amara, a souligné la portée stratégique de cette thématique, rappelant que les besoins en matière de soins et d'accompagnement ne cessent de croître. Or, l'offre existante, qu'elle soit publique ou privée, demeure insuffisante, limitée et inégalement répartie sur le territoire. Les programmes sectoriels dédiés aux enfants, aux personnes âgées ou aux personnes en situation de handicap restent, selon lui, fragmentés et largement centrés sur des réponses institutionnelles ou sanitaires, au détriment de services professionnels coordonnés. Cette insuffisance structurelle se traduit par un transfert massif de la charge du soin vers les solidarités familiales, un travail assuré majoritairement par les femmes. Longtemps resté invisible et peu reconnu, ce travail génère des coûts sociaux et économiques significatifs. Il contribue à renforcer les inégalités de genre, fragilise les parcours professionnels féminins et limite leur participation à la vie économique, sociale et politique. À cet égard, M. Amara a rappelé qu'une étude du Haut-Commissariat au Plan (2014) estime que l'intégration du travail non rémunéré dans les comptes nationaux ferait progresser le PIB de 19 %, dont 16 % seraient imputables au travail des femmes. Lire aussi : Vieillissement de la population : Le CESE propose une nouvelle feuille de route C'est dans ce contexte que l'économie du soin à autrui prend toute son importance. Elle englobe l'ensemble des activités, rémunérées ou non, formelles ou informelles, destinées à accompagner et soutenir les personnes en situation de dépendance ou de vulnérabilité, enfants, personnes âgées, personnes en situation de handicap ou toute personne nécessitant un appui dans la vie quotidienne. Cette économie repose sur une articulation entre services professionnels, dispositifs institutionnels et solidarités familiales et communautaires. Rapporteure de l'avis, Zahra Zaoui a, pour sa part, insisté sur le potentiel de ce secteur en tant que levier de développement humain, social et économique. L'économie du soin à autrui pourrait, selon elle, renforcer la cohérence des politiques publiques, favoriser le développement territorial à travers des services de proximité accessibles, et surtout, générer des emplois durables, notamment au bénéfice des femmes et des jeunes, dans des métiers tels que l'aide à domicile ou l'accompagnement spécialisé. Pour concrétiser ce potentiel, la rapporteure a plaidé en faveur de l'élaboration d'une stratégie nationale intégrée du soin à autrui. Celle-ci devrait viser la reconnaissance pleine de la valeur économique et sociale du soin, la professionnalisation des métiers du secteur et l'amélioration de la qualité des services. Elle devrait également soutenir les solidarités familiales tout en assurant une répartition plus équitable des responsabilités entre les familles, l'Etat, les collectivités territoriales, les professionnels et la société civile. Pour le CESE, la reconnaissance et l'organisation de l'économie du soin à autrui constituent ainsi un levier central pour promouvoir un modèle de développement plus inclusif, équitable et durable au Maroc.