Le lancement d'un appel d'offres pour l'assistance technique du Programme d'appui à l'agriculture solidaire inclusive des femmes et des jeunes (PASASIF) marque un tournant stratégique dans la politique agricole du Maroc. Financé en grande partie par la Banque africaine de développement (BAD), ce programme vise à soutenir l'inclusion économique, renforcer la sécurité alimentaire et préparer la petite agriculture aux défis du changement climatique, tout en stimulant l'entrepreneuriat rural. Le Maroc poursuit son offensive en faveur d'un développement agricole durable et inclusif. En témoigne la publication récente, au Bulletin officiel, d'un appel d'offres international pour la sélection d'un cabinet d'assistance technique dans le cadre du Programme d'appui à l'agriculture solidaire inclusive des femmes et des jeunes (PASASIF). Soutenu financièrement par la Banque africaine de développement (BAD), ce programme s'impose comme l'une des initiatives phares de la stratégie nationale «Génération Green 2020-2030». Le Conseil d'administration de la BAD a approuvé un financement de 100 millions d'euros (environ 1,1 milliard de dirhams), complété par une contribution marocaine portant l'investissement global à 216,3 millions d'euros. Conçu sur une durée de 66 mois, le PASASIF ambitionne une transformation structurelle de l'agriculture solidaire, à travers une approche intégrée combinant investissement productif, gouvernance territoriale, inclusion sociale et égalité de genre. Le programme cible 315.000 bénéficiaires, dont au moins 30% de femmes et 40% de jeunes. L'appel d'offres, publié par l'Agence pour le développement agricole (ADA), vise à recruter un prestataire de haut niveau, capable de piloter et d'accompagner le programme dans toutes ses dimensions, de l'ingénierie technique à l'impact social et environnemental, en passant par la gestion financière et la reddition des comptes vis-à-vis des bailleurs. Le rôle stratégique de l'assistance technique Le Cahier des prescriptions spéciales (CPS) détaille les missions confiées au futur prestataire. Il s'agit notamment de contribuer à la planification annuelle, d'appuyer la coordination des activités de terrain, d'assurer le suivi des engagements budgétaires, de produire les rapports techniques destinés à la BAD, et d'intégrer des indicateurs relatifs au genre, à l'inclusion et à la durabilité environnementale. L'assistance technique devra mobiliser une équipe pluridisciplinaire, réunissant des compétences en gestion de projets agricoles, ingénierie sociale, évaluation d'impact, gouvernance locale et communication de développement. Elle aura aussi la mission clé de transférer des compétences aux structures nationales, en particulier l'ADA, les directions régionales de l'agriculture, les coopératives bénéficiaires, ainsi que les organisations de femmes et de jeunes. Ce transfert s'opérera via des formations en gestion participative, digitalisation, évaluation des projets et production de documentation technique et financière. Le choix d'un appel d'offres international illustre la volonté du Maroc de professionnaliser davantage la gestion des programmes agricoles à haute intensité sociale, tout en répondant aux exigences croissantes de performance, transparence et redevabilité, désormais imposées par les standards de l'aide publique au développement. Notons que le PASASIF complète et renforce l'architecture des politiques rurales déjà en place, notamment le Fonds de développement agricole, les programmes régionaux d'irrigation solidaire, l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH) et les dispositifs de formation professionnelle agricole. Ce qui le distingue, c'est sa focalisation explicite sur l'inclusion des femmes et des jeunes ruraux, deux catégories longtemps sous-représentées dans les chaînes de valeur agricoles. Un projet emblématique du partenariat BAD-Maroc Le PASASIF incarne la maturité du partenariat stratégique entre le Maroc et la Banque africaine de développement, avec plus de 15 milliards d'euros investis dans plus de 150 projets. Le programme s'inscrit dans une vision de développement rural intégré, créateur d'emplois durables, moteur de lutte contre l'exode rural et catalyseur de résilience climatique. Par son appui à la structuration des filières agricoles, à l'agroécologie, à la professionnalisation de la production, ou encore à l'usage efficient de l'eau, il ambitionne de préparer les territoires ruraux aux défis du futur. Il place aussi l'entrepreneuriat féminin et la digitalisation au cœur de sa démarche, que ce soit dans l'agriculture, la transformation agroalimentaire ou les services numériques liés aux exploitations. Ce programme s'articule pleinement avec les orientations de Génération Green 2020-2030, le Programme national d'agriculture solidaire et le Programme national d'entrepreneuriat des jeunes, traduisant une volonté de cohérence institutionnelle et de convergence des politiques publiques.