La nouvelle charte de l'investissement dédiée aux TPME s'apprête à redéfinir en profondeur le paysage entrepreneurial marocain, mais son succès repose sur la capacité collective à relever trois défis majeurs: une communication massive, claire et homogène, un accompagnement, identifié comme la partie la plus critique, car longtemps négligée et une équité territoriale avec «la même qualité d'interlocuteurs». La mise en place d'une charte de l'investissement consacrée aux très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) marque une étape décisive dans la refonte de l'écosystème entrepreneurial marocain. Une mobilisation collective sans précédent s'organise entre institutions publiques, banques et organisations professionnelles. Mais cette dynamique volontariste n'efface pas les défis considérables auxquels la charte devra répondre pour atteindre ses ambitions. Au fil des interventions, un triptyque apparaît clairement : la communication, l'accompagnement et l'équité territoriale. Trois conditions cardinales pour que la charte se transforme en véritable tremplin d'investissement à l'échelle nationale. Tout au long du débat, une priorité s'impose. Comme l'explique Hind Driouech, Directrice Eécutive du Marché Entreprises à Attijariwafa bank ,«c'est notre rôle à tous de communiquer de manière massive. Les banques, le CRI, la CGEM, les fédérations professionnelles aussi, pour qu'on puisse vraiment faire profiter un maximum d'entreprises de cette charte». Cette urgence à informer reflète une conviction largement partagée. Sans compréhension des critères, des délais, des mécanismes de calcul et des avantages de la charte, celle-ci ne pourra atteindre les publics pour lesquels elle a été conçue. Meriem Zairi, présidente de la Commission Entrepreneuriat & TPME à la CGEM, souligne d'ailleurs le caractère déterminant de cet axe. «La mobilisation de tous les acteurs est le premier axe dans un objectif de communication, d'information et de sensibilisation. Plus le message sera clair, avec des délais clairs et des critères d'éligibilité clairs, plus on pourra regarder cette opportunité avec le plus grand sérieux», affirme la responsable. Formation : la colonne vertébrale Bien que l'information soit un levier essentiel, elle ne suffit pas à faire émerger un tissu entrepreneurial plus robuste. La dimension d'accompagnement, souvent qualifiée de maillon faible des dispositifs précédents est clef en la matière. Meriem Zairi rappelle avec force que «la partie accompagnement et formation est la plus critique. C'est l'élément qui, systématiquement, a manqué aux différents dispositifs». Elle détaille l'enjeu crucial de la formation des entrepreneurs, considérée comme la colonne vertébrale du projet. Sans renforcement de capacités, même les meilleurs dispositifs financiers échouent à transformer une idée en projet viable et pérenne. Du côté bancaire, le discours va dans le même sens. Hind Driouech, Directrice Exécutive du Marché Entreprises à Attijariwafa bank, détaille la double dimension de l'accompagnement qu'elle considère comme essentielle. «C'est une prise en charge et on y croit beaucoup, on croit énormément dans la force de l'accompagnement non financier pour la réussite des projets d'investissement». En résulte une démarche construite autour de formations, d'aide au montage des business plans, et d'un accompagnement accessible même aux non-clients, via l'initiative Dar Al Moukawil (voir encadré). Si ces efforts de structuration et d'accompagnement constituent un socle, un troisième défi se révèle encore plus complexe: l'équité territoriale. Le pilier territorial de la charte, doté d'un bonus allant jusqu'à 15%, incarne une volonté de corriger les déséquilibres historiques. Meriem Zairi rappelle cependant que cette ambition implique une transformation profonde du fonctionnement institutionnel sur le terrain. «Dans les régions, Cela commence par avoir le même traitement en termes de temps, les mêmes conditions et surtout la même qualité d'interlocuteurs». Elle insiste également sur un enjeu souvent sous-estimé: l'accès aux talents dans les territoires émergents, où le défi dépasse largement la question du financement. Cette équité se construit toutefois par un déploiement territorial intense des institutions. Mohcine Benjelloun, Directeur du CRI, insiste sur le caractère déterminant de la proximité. «Aller vers les gens est très important, parce qu'on va sillonner bien sûr tous les territoires... les CRI eux-mêmes vont être présents sur les territoires, pour pouvoir faire de l'accompagnement, monter des ateliers avec les différents partenaires sur place». L'intégration de la digitalisation dans les dépôts et les traitements de dossiers renforce cette volonté d'accessibilité et d'efficacité. L'alliance de proximité est également stratégique pour les banques, qui suivent une logique de diffusion territoriale similaire. Hind Driouech explique ainsi que son institution mène actuellement une tournée dans toutes les régions pour former ses équipes et informer les investisseurs locaux. «Nous avons et nous continuons à former l'ensemble des femmes et des hommes dans toutes les régions du Royaume... pour que toutes les régions puissent bénéficier de cette charte», explique-t-elle. CRI : maîtrise, proximité et accompagnement intégral Le Centre régional d'investissement (CRI) se positionne comme un acteur clé dans l'opérationnalisation de la charte TPME, avec une stratégie qui repose sur la territorialisation active du dispositif. Mohcine Benjelloun insiste sur la nécessité d'aller au-devant des investisseurs dans toutes les régions du Royaume. Cette démarche vise à pallier les obstacles physiques, administratifs et informationnels qui freinent encore de nombreux porteurs de projets dans les zones éloignées. Le CRI ne se limite pas à la sensibilisation. Sa mission couvre toute la chaîne de valeur du projet d'investissement. Les équipes locales accompagnent les entrepreneurs dès la phase préparatoire, en les aidant à comprendre et réunir les éléments nécessaires à la constitution de leurs dossiers. «L'objectif est que l'investisseur n'ait plus à se déplacer au siège du CRI de sa région puisque tout est digitalisé. C'est le CRI qui va chez lui dans la province ou la préfecture concernée pour l'aider à préparer son dossier», explique le directeur du CRI de Rabat-Salé-Kénitra. Le traitement du dossier ne se réduit pas à un contrôle administratif. Le CRI joue également un rôle d'évaluation et de facilitation. Mohcine Benjelloun détaille ainsi le processus: «on va vérifier s'il est éligible ou pas, on va estimer sa prime, on va le passer en commission et si c'est oui, on prépare la convention d'investissement et on gère également les déboursements». Cette gestion intégrée permet de réduire les délais et d'assurer un suivi cohérent de bout en bout. Par ailleurs, le CRI s'inscrit pleinement dans l'esprit territorial de la charte, dont les primes peuvent atteindre un bonus allant jusqu'à 15% pour les zones les moins dotées. Ce choix structurel favorise un rattrapage économique entre régions. L'équité territoriale dépend tout autant des procédures que des compétences humaines mobilisées. Ainsi, le CRI n'est plus seulement un guichet administratif, mais devient un acteur de terrain, un accompagnateur stratégique et un catalyseur territorial permettant à la charte d'atteindre son objectif, celui de créer les conditions d'un investissement inclusif, équitable et distribué sur l'ensemble du territoire national. Attijariwafa bank : financement optimisé, ingénierie des projets et accompagnement non financier Attijariwafa bank se prépare à jouer un rôle déterminant dans l'appropriation de la charte de l'investissement par les TPME, en combinant ingénierie financière, digitalisation et accompagnement non financier massif. Pour Hind Driouech, Directrice Exécutive du Marché Entreprises, la banque doit se positionner comme un acteur facilitateur à toutes les étapes. «Déjà aujourd'hui, si je ne prends que la partie financement, Attijariwafa bank a des offres de financement avec des conditions assez avantageuses pour être encore dans un encouragement de ces investissements», rappelle-t-elle. Afin de rendre ces offres plus accessibles, la banque a mis en place une cellule centrale dédiée à l'étude des dossiers et à l'optimisation de leur structuration. Cette cellule oriente parfois même les montages des projets pour permettre aux entrepreneurs de bénéficier d'autres programmes complémentaires lorsqu'ils y sont éligibles. La banque a également développé des outils numériques pour prévisualiser les avantages de la charte. «Nous avons mis en place, en ligne et même au niveau des agences, des simulateurs qui donnent une idée sur combien un investissement donné va pouvoir dégager en termes de subventions», explique Hind Driouech. Cet effort de vulgarisation financière permet d'accroître la transparence et d'accélérer la prise de décision des entrepreneurs. Mais l'un des axes les plus différenciants du dispositif d'Attijariwafa bank réside dans l'accompagnement non financier. Cette dimension est accessible aussi bien aux clients qu'aux non-clients, ce qui marque un engagement sociétal fort. À travers son réseau Dar Al Moukawil, la banque aide les entrepreneurs à structurer leurs idées, formaliser leurs business plans et développer les compétences indispensables à la maturité des projets. Hind Driouech résume cette philosophie en affirmant que «c'est un engagement que nous prenons pour les aider à rendre bancables leurs idées et les former à devenir de vrais investisseurs». Le déploiement territorial est également un élément fondamental de la stratégie de la banque. Des tournées régionales sont organisées pour présenter le dispositif et former les équipes locales. Attijariwafa bank a organisé des tournées avec la participation de CRI, consolidant ainsi une action conjointe public-privé. «Ce n'est qu'à travers des réussites qu'on va donner envie à d'autres TPME de franchir le pas. Attijariwafa bank intègre pleinement cette responsabilité dans sa stratégie déployée à l'échelle nationale», résume Hind Driouech. Ilyas Bellarbi / Les Inspirations ECO