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Economie du soin : l'urgence d'une stratégie nationale
Publié dans Les ECO le 29 - 01 - 2026

Face à une réalité sociale et une demande de soins croissante, le CESE entame le débat sur l'économie de soins au Maroc en préconisant une stratégie nationale structurée destinée à pallier le déficit d'infrastructures et la précarité du secteur. Ce projet, qui repose sur des investissements adaptés aux réalités sociales et aux valeurs marocaines, vise à doter le secteur d'un cadre légal et juridique – tout en contribuant à une valorisation des métiers du care – et à en institutionnaliser le statut des aidants.
Les résultats de la consultation menée par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), via sa plateforme «Ouchariko», sont sans équivoque : le recours à l'assistance sociale et les services de soins sont devenus des piliers du quotidien pour les Marocains. Sur un échantillon de 1.523 répondants, 51% déclarent solliciter ces prestations de façon permanente, tandis que 31% y ont recours occasionnellement. Les domaines d'intervention les plus fréquemment mentionnés concernent l'assistance médicale ou paramédicale à domicile (61%), le soutien psychologique ou émotionnel (38%) et l'aide à domicile (22%).
Pourtant, le secteur de l'économie du care – qui englobe les activités de soin à autrui, rémunérées ou non – demeure, selon l'Organisation internationale du travail (OIT), à un stade embryonnaire au Maroc. L'offre publique serait marginale : seuls 4,5% des sondés affirment bénéficier de services publics, confirmant ainsi que la charge repose quasi exclusivement sur le secteur privé ou la famille.
Ce décalage a incité le CESE à lancer un appel urgent pour une refonte profonde de «l'infrastructure sociale» avec une offre de services mieux répartie sur le territoire. Ceci passerait par la mise en place d'une stratégie publique adaptée à la réalité marocaine, à l'instar de plusieurs autres pays.
Lors de la présentation de ses recommandations, le CESE a insisté sur l'urgence d'une reconnaissance officielle des métiers du care, l'instauration d'un cadre institutionnel et l'intégration de ce secteur dans une stratégie nationale dédiée. Celle-ci pourrait non seulement répondre à un défi social omniprésent, mais aussi valoriser économiquement l'attention à autrui en libérant le potentiel économique de ce secteur dominé par le travail des femmes.
Une feuille de route nationale articulée autour de quatre axes
«Le travail de soin non rémunéré reste largement invisible et non valorisé. Selon le Haut-commissariat au plan (HCP), si l'on intégrait le travail domestique non rémunéré dans les comptes économiques, cela représenterait une hausse de 19% du PIB, dont 16% proviennent exclusivement du travail des femmes», a souligné Abdelkader Amara, président du CESE. L'instance préconise ainsi une feuille de route nationale dédiée à l'économie du care.
«La stratégie nationale proposée par le CESE ne vise pas à se substituer à la solidarité familiale, qui reste un pilier du tissu social marocain, ni à monétariser les solidarités existantes, mais à les soutenir et à les renforcer. Elle doit permettre d'alléger la charge de soin pesant sur les ménages, en particulier les femmes, et de favoriser une redistribution équitable des responsabilités entre familles, Etat, collectivités territoriales, entreprises et acteurs communautaires. Elle vise également à explorer un tissu économique et social émergent, à même de créer des opportunités d'emploi au profit des femmes, des jeunes et des personnes peu qualifiées, qui constituent les catégories les plus exposées à la vulnérabilité et à l'inactivité dans notre pays», a précisé Amara.
Les détails des axes proposés par le CESE
La feuille de route nationale préconisée par le CESE est articulée autour de quatre axes. Le premier concerne la mise en place d'une gouvernance dédiée ainsi que d'un cadre légal et réglementaire destiné à structurer le secteur et à en assurer la régulation. Il est également question d'établir un répertoire des métiers tout en renforçant la formation pour transformer ces services en véritables carrières professionnelles. Ensuite, il s'agit de reconnaitre officiellement le statut des aidants et, enfin, de booster l'infrastructure sociale via des partenariats public-privé tout en utilisant les technologies numériques pour améliorer l'accès aux soins.
Selon Zahra Zaoui, rapporteuse de l'avis, «les mutations démographiques et socio-économiques appellent une restructuration de l'organisation de soin à autrui en réponse aux nouveaux besoins de la population à condition d'adapter ces services à la réalité marocaine».
Pour le CESE, la réponse aux besoins de la population via une reconnaissance sectorielle forte est indispensable pour renforcer la résilience du modèle social national. Et les chiffres témoignent de ces réalités. Comme l'a souligné Zahra Zaoui, lors de l'atelier de restitution, le pays traverse des mutations structurelles profondes.
La part des personnes âgées de plus de 60 ans est passée de 9,4% en 2014 à 13,8% en 2024, et devrait concerner un Marocain sur quatre d'ici 2050. Ce vieillissement s'accompagne d'une explosion du ratio de dépendance, qui devrait atteindre 39,4% pour les seniors à l'horizon 2050. Parallèlement, le modèle de la famille élargie s'efface au profit de la famille nucléaire : la taille moyenne des ménages a chuté de 4,6 à 3,9 personnes en dix ans.
Un double déficit limitant le développement du secteur
Avec des maladies chroniques responsables de 85% des décès et une hausse des ménages dirigés par des femmes (19,2%), la pression sur le système de santé et de protection sociale deviendrait insoutenable sans une intervention structurée.
Le récent diagnostic du CESE met en lumière deux volets majeurs qui freinent l'émergence de ce secteur avec une offre limitée des services de prise en charge, selon Zahra Zaoui. Ce double déficit émane d'une infrastructure institutionnelle limitée et d'un modèle de travail précaire. Le premier volet lié à l'insuffisance des structures est marqué par l'incapacité à absorber une demande croissante.
L'offre actuelle publique destinée aux enfants, aux femmes, aux personnes en situation de handicap et aux personnes âgées demeure marquée par des insuffisances structurelles persistantes, qui limitent sa capacité à répondre de manière adéquate aux besoins des personnes en situation de vulnérabilité. La prise en charge sociale reste largement caractérisée par une sous-valorisation du travail de soin, une externalisation importante de ces fonctions vers les familles – en particulier vers les femmes – ainsi que par des inégalités de genre prononcées et une marchandisation progressive du soin.
Cette configuration contribue à accentuer les charges pesant sur les ménages, tout en fragilisant les conditions d'accès équitable à des services de qualité. Pour les personnes âgées, plus particulièrement, le Maroc connaît un déficit marqué en structures gériatriques, avec deux structures spécialisées seulement dans la région Rabat-Salé-Kénitra, six médecins résidents spécialisés en gériatrie au niveau national et seulement 200 médecins généralistes disposant d'un diplôme universitaire en gériatrie. Quant au nombre d'établissements d'accueil pour personnes âgées, il reste très limité et ne dépasse pas 72 structures d'accueil à travers le pays, avec une capacité très limitée.
Ces établissements sont concentrés en milieu urbain, gérés majoritairement par des associations et bénéficient de très peu de soutien étatique. L'écart entre l'offre et la demande ne cesse de se creuser, et la qualité des services demeure un enjeu majeur en l'absence de suivi et d'évaluation institutionnelle. L'insuffisance d'infrastructures répondant aux besoins spécifiquement différenciés des personnes âgées constitue un obstacle majeur à leur inclusion sociale, notamment pour celles atteintes de maladies chroniques ou vivant avec un handicap.
Cette situation est encore plus marquée dans les zones rurales où les équipements de proximité sont rares, voire inexistants. L'offre de soins aux personnes en situation de handicap reste également largement insuffisante et inégalement répartie, en raison du manque de structures adaptées, de personnel qualifié et de dispositifs d'inclusion professionnelle. Cette carence pèse lourdement sur les familles, en particulier sur les femmes, lesquelles assument majoritairement la charge du soin au quotidien.
Selon les données du RGPH 2024, la prévalence du handicap au Maroc est de 4,8%, avec une incidence plus élevée en milieu rural (5,6%). Ce taux reste particulièrement élevé chez les personnes âgées de 60 ans et plus (18,5%). Cette situation oblige souvent les femmes à réduire ou abandonner leur activité professionnelle pour s'occuper d'un proche en situation de handicap, compromettant ainsi leur autonomie économique.
Economie du soin : vecteur d'autonomisation des femmes
Quant au deuxième volet lié à la précarité des conditions de travail dans les métiers de soin à autrui, ces services de soin rémunéré (éducation, santé, services sociaux, travail domestique) sont en grande majorité assurés par des femmes et restent marqués par la précarité : faibles rémunérations, encadrement juridique limité, activités informelles, absence de reconnaissance professionnelle.
En effet, les deux tiers des travailleuses et travailleurs sociaux perçoivent moins que le SMIG. Malgré l'entrée en vigueur, en août 2021, de la loi 45-18 relative à l'organisation de la profession des travailleurs et travailleuses sociaux, son entrée en vigueur demeure conditionnée par l'adoption de l'ensemble de ses textes d'application.
Concernant le travail domestique, il bénéfice d'une reconnaissance juridique en tant que forme de travail rémunéré. Cependant, si la loi 19-12 visant à encadrer les droits des travailleuses et travailleurs domestiques a été promulguée, sa mise en œuvre demeure limitée. À fin 2024, seuls 9.386 contrats ont été enregistrés (8.314 marocains et 1.072 étrangers). La majorité continue d'exercer dans l'informel. Sans accès aux droits fondamentaux, ni formation spécifique, ces travailleurs restent souvent exposée à des conditions de travail peu décentes.
Parallèlement, les femmes assurent l'essentiel des services non-rémunérés en lui consacrant en moyenne cinq heures par jour, contre 43 minutes pour les hommes. Cette charge restreint leur accès à l'éducation, à la formation et à l'emploi, ce qui constitue l'un des facteurs expliquant le faible taux d'activité féminine. De 16,8% en 2024, il reste loin de l'objectif national de 30% à l'horizon 2026, et bien en deçà de la moyenne mondiale (69%) ainsi que de celle des pays à revenu intermédiaire similaire (50%).
Pire encore, cette situation est exacerbée par le fait que 35% des femmes actives au Maroc occupent des emplois non rémunérés. Cette proportion atteint 70,5% chez les femmes rurales actives, dont 60,3% sont des aides familiales sans rémunération ni protection sociale.
En 2014, la production domestique des ménages aurait ainsi représenté 43% de la production nationale si elle avait été comptabilisée. La reconnaissance statistique et institutionnelle de ce travail est essentielle pour orienter des politiques publiques plus équitables et pour permettre une redistribution des richesses qui tienne compte du rôle fondamental des femmes dans le bien-être social et économique.
Yassine Saber / Les Inspirations ECO


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