Quatre provinces déclarées zones sinistrées, 188.000 personnes déplacées, 110.000 hectares de terres agricoles engloutis. Au lendemain du bilan chiffré dressé par le ministre de l'Equipement et de l'Eau, le Roi Mohammed VI a donné ses Hautes instructions au gouvernement pour déployer un programme d'aide et de soutien d'une ampleur inédite. Doté de trois milliards de dirhams, il couvre le relogement, la réhabilitation des infrastructures, le soutien aux agriculteurs et l'urgence humanitaire. Avec une exigence : l'exemplarité, la célérité et le sens de la responsabilité. Elles s'appellent Larache, Kénitra, Sidi Kacem et Sidi Slimane. Quatre provinces du nord-ouest, aujourd'hui meurtries. Depuis deux mois, les pluies les plus abondantes qu'ait connues le Maroc depuis 2018 s'abattent sur le Royaume, remplissant les barrages à hauteur de 69,35% et offrant un répit hydrique historique après sept années de sécheresse. Le revers de ce miracle est que dans les plaines du Gharb et du Loukkos, l'eau tant attendue est devenue trop-plein, submergeant terres, routes et habitations. Le bilan consolidé, présenté jeudi 12 février par le département du chef du gouvernement, donne la mesure du choc. Plus de 110.000 hectares de terres agricoles ont été inondés. Quelque 188.000 personnes ont dû être évacuées ou ont perdu leur domicile. Face à cette situation, le Roi Mohammed VI a donné Ses Hautes instructions au gouvernement. Le chef du gouvernement a immédiatement pris un arrêté décrétant ces intempéries comme «événement catastrophique» et les quatre provinces les plus impactées comme «zones sinistrées». Ce cadre juridique permet de déroger aux procédures ordinaires, d'accélérer les décaissements et de mobiliser l'ensemble des départements ministériels autour d'une réponse coordonnée. Un diagnostic rigoureux Le gouvernement a ainsi mis en place un programme d'aide et de soutien doté d'un budget prévisionnel de trois milliards de dirhams. Selon le communiqué du département du chef du gouvernement, ce plan a été élaboré sur la base d'«un diagnostic rigoureux et approfondi de la situation sur le terrain, ainsi que d'une évaluation précise des répercussions économiques et sociales» des intempéries. Quatre axes structurent cette mobilisation sans précédent. Le premier volet, consacré au relogement et à la réhabilitation, représente une enveloppe de 775 millions de dirhams (MDH). Il vise à répondre à l'urgence sociale en finançant le relogement des familles déplacées, la compensation des pertes de revenus subies par les commerçants et les artisans, la réparation des logements endommagés et la reconstruction des habitations entièrement effondrées. Le deuxième axe, doté de 225 MDH, est dédié aux aides en nature et au renforcement des interventions d'urgence sur le terrain. Distributions de denrées alimentaires, de couvertures, de kits d'hygiène, moyens logistiques supplémentaires, il s'agit de répondre aux besoins essentiels et immédiats des populations sinistrées, alors que certaines zones demeurent difficiles d'accès. Le troisième volet (300 MDH) est spécifiquement destiné aux agriculteurs et aux éleveurs. Notons que le Gharb et le Loukkos sont des greniers du Royaume et les inondations y ont ravagé les cultures et décimé une partie du cheptel. Cette enveloppe permettra d'indemniser les pertes de récoltes et de cheptel, et de financer le redémarrage des exploitations dès que les sols seront de nouveau praticables. Enfin, plus de la moitié du budget total – 1,7 milliard de dirhams – est consacrée à la réhabilitation des infrastructures. Routes emportées, ponts endommagés, réseaux hydroagricoles hors service, adductions d'eau potable, électricité, assainissement… la remise en état des réseaux de base conditionne le retour à la normale dans les quatre provinces sinistrées. Les précédentes déclarations du ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka, faisaient état, la veille, de 44 tronçons routiers encore coupés à l'échelle nationale. Ce programme d'investissement doit permettre d'accélérer considérablement les travaux de reconstruction. Ce que change la déclaration de «zone sinistrée» L'arrêté pris par le chef du gouvernement ne relève pas de la simple formalité administrative. En droit marocain, la qualification d'«événement catastrophique» et de «zone sinistrée» permet de déroger à certaines procédures, d'accélérer les décaissements, de mobiliser des fonds de solidarité et de coordonner l'action de l'ensemble des départements ministériels. C'est le cadre juridique qui rend possible le déploiement d'un programme d'une telle ampleur en quelques jours. Désormais, l'ensemble des moyens de l'Etat est engagé pour que les trois milliards de dirhams annoncés deviennent, sur le terrain, des toits réparés, des routes rouvertes, des champs à nouveau cultivables.