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Majida Maarouf : "Les prochaines années verront l'émergence d'un nombre encore plus important de femmes leaders dans les secteurs de la pêche et de l'aquaculture"
Publié dans Les ECO le 09 - 03 - 2026

Directrice de l'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA)
La Journée mondiale des droits des femmes (8 mars) invite à mieux connaître et valoriser les contributions de la femme marocaine dans des secteurs économiques d'avenir et encore peu médiatisés. Parmi ces secteurs dans lesquels les femmes occupent des postes stratégiques, figurent la pêche et l'aquaculture. Majida Maarouf, directrice de l'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA), revient sur la présence des femmes dans ce secteur, à l'occasion du 8 mars.
La branche pêche et aquaculture est l'un des secteurs pionniers au Maroc où les femmes occupent des postes stratégiques. En tant que femme à la tête d'une institution comme l'ANDA, quel regard portez-vous sur l'évolution de la place des femmes dans ce secteur ?
Depuis le lancement de la stratégie Halieutis en 2009, le secteur de la pêche et de l'aquaculture au Maroc a connu une transformation profonde, qui a redéfini à la fois ses équilibres économiques et ses dynamiques sociales.
Cette stratégie ambitieuse a permis de moderniser les infrastructures, de renforcer la valorisation et la traçabilité des produits de la mer, d'encourager l'investissement privé, de structurer les filières et de positionner progressivement le Maroc comme un acteur majeur de l'économie bleue à l'échelle régionale. Elle a également contribué à améliorer les conditions de travail, à renforcer la professionnalisation des métiers du secteur et à créer de nouvelles opportunités d'emplois dans les territoires côtiers, tout en favorisant l'émergence de nouvelles activités à fort potentiel, notamment l'aquaculture.
Dans ce contexte de transformation économique et sociale, l'un des changements les plus remarquables concerne l'évolution de la place des femmes au sein du secteur. Leur présence s'affirme désormais à tous les niveaux de la chaîne de valeur : dans la recherche scientifique, l'ingénierie halieutique, l'entrepreneuriat, la transformation des produits de la mer, mais également dans la gouvernance des institutions et la conduite des politiques publiques.
Cette dynamique traduit non seulement l'ouverture progressive d'un secteur historiquement masculin, mais aussi la reconnaissance croissante des compétences, du leadership et de la capacité d'innovation des femmes dans les métiers de la mer.
Dans le domaine de l'aquaculture en particulier, nous observons l'émergence d'initiatives portées par des femmes, tant dans la création de projets aquacoles contribuant à stimuler la production nationale, que dans les maillons aval de la chaîne de valeur où elles s'affirment comme opératrices confirmées dans le traitement et la valorisation des produits aquacoles. Plus audacieuses encore, certaines sont aujourd'hui présentes sur le terrain en tant que responsables d'exploitation, plongeuses ou techniciennes, participant activement, aux côtés des hommes, à la conduite des élevages en mer.
Par leur engagement et leur professionnalisme, ces femmes contribuent à faire évoluer les modèles économiques du secteur, à renforcer l'ancrage territorial des projets et à promouvoir une économie bleue plus inclusive et durable.
Quels sont les principaux facteurs qui expliquent cette évolution ?
Cette évolution n'est pas le fruit du hasard. Elle résulte d'un contexte national favorable, marqué par une volonté forte de promouvoir l'égalité des chances et de valoriser les compétences féminines dans tous les secteurs de l'économie nationale. Les politiques publiques, les dispositifs d'accompagnement et l'évolution des mentalités ont progressivement permis de lever certaines barrières et d'ouvrir davantage d'opportunités aux femmes.
Je suis convaincue que les prochaines années verront l'émergence d'un nombre encore plus important de femmes leaders dans le secteur de la pêche et de l'aquaculture. Non pas comme une exception ou une singularité, mais comme une évidence. Car l'avenir de l'économie bleue reposera sur la mobilisation de toutes les compétences et de tous les talents. Et dans cette dynamique, les femmes ont déjà démontré qu'elles ont toute leur place non seulement comme participantes, mais comme véritables architectes des transformations à venir.
Selon l'OCDE, les femmes représentent environ 40% des personnes actives de l'aquaculture à l'international. Bien que les données spécifiques au Maroc soient en cours de consolidation, quelles sont les tendances que vous observez sur le terrain ?
Au Maroc, même si certaines données statistiques sont encore en cours de consolidation, les tendances observées sur le terrain témoignent d'une progression réelle de la participation des femmes dans le secteur aquacole. Nous disposons aujourd'hui d'une visibilité précise sur les femmes directement impliquées dans les projets aquacoles, en tant qu'opératrices, investisseuses, partenaires ou gérantes.
À ce titre, près de 30% des projets aquacoles autorisés intègrent des femmes, ce qui reflète une implication croissante dans la conduite des exploitations, mais aussi dans la prise de décision et la gestion des investissements. En revanche, les données relatives à l'ensemble des femmes actives dans l'écosystème élargi du secteur restent encore en cours de consolidation. Cela concerne, notamment, les chercheuses, formatrices, enseignantes, techniciennes, équipementiers, prestataires de services ou commerçantes qui interviennent dans les différentes activités connexes à l'aquaculture.
Au-delà des chiffres, ce que nous observons surtout, c'est une présence féminine qualitative, de plus en plus diversifiée et affirmée. Les femmes interviennent aujourd'hui à l'ensemble des maillons de la chaîne de valeur : conception et gestion des projets, production, transformation, valorisation et commercialisation des produits aquacoles.
Cette dynamique s'inscrit dans le cadre des efforts engagés par le Maroc en faveur de l'inclusion économique et de l'entrepreneuriat féminin. Dans certaines régions à fort potentiel aquacole, comme Dakhla-Oued Eddahab ou l'Oriental, les femmes sont très présentes et participent activement au développement du secteur.
Quels dispositifs d'accompagnement et mesures concrètes l'ANDA déploie-t-elle aujourd'hui pour transformer la présence des femmes dans le secteur, afin qu'elles ne soient plus seulement des employées, mais qu'elles s'imposent comme dirigeantes, scientifiques et entrepreneures de cette croissance ?
Tout d'abord, il convient de rappeler que les objectifs de développement de l'aquaculture au Maroc visent une production annuelle de 200.000 tonnes et la création d'environ 14.000 emplois à terme. Dans cette dynamique, la stratégie portée par l'ANDA repose sur un principe fondamental : l'égalité des opportunités entre les femmes et les hommes, en parfaite cohérence avec la vision éclairée de SM le Roi Mohammed VI, que Dieu l'assiste, qui place l'inclusion et l'autonomisation économique des femmes au cœur du développement du pays. À mon sens, le débat sur la place de la femme dans le secteur n'est d'ailleurs plus vraiment d'actualité.
Sur le terrain, les femmes sont déjà présentes à tous les niveaux de la chaîne de valeur aquacole. Elles interviennent aussi bien dans la recherche scientifique, la formation, la gestion de projets et l'entrepreneuriat, que dans les activités de production, de transformation ou de commercialisation. Elles occupent aujourd'hui des postes de responsables d'exploitation, de techniciennes, de scientifiques, de dirigeantes d'entreprises ou encore de présidentes de coopératives, au même titre que les hommes.
L'enjeu n'est donc plus tant de créer une place pour les femmes que de continuer à garantir un environnement équitable et ouvert, où chacune et chacun peut accéder aux mêmes opportunités d'investissement, d'innovation et de responsabilité. Dans ce contexte, investir dans l'aquaculture devient avant tout un choix entrepreneurial, et de plus en plus de femmes font aujourd'hui le choix d'y prendre part, convaincues du potentiel économique et durable de ce secteur d'avenir.
Yassine Saber / Les Inspirations ECO


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