Un appel d'offres stratégique vient d'être ouvert dans le cadre du projet Raidates afin de sélectionner un prestataire chargé d'identifier et d'évaluer les structures d'accompagnement actives dans trois régions. Objectif : disposer d'un outil d'aide à la décision pour orienter les futurs partenariats, renforcer l'impact terrain et accélérer la montée en puissance des coopératives féminines. Le projet Raidates confirme son passage à une phase plus opérationnelle. Après le lancement officiel de cette initiative portée par Développement international Desjardins (DID) et la Fondation OCP, avec l'appui d'Affaires mondiales Canada, un appel d'offres vient d'être publié pour réaliser une cartographie approfondie des structures capables d'accompagner les coopératives féminines dans trois régions ciblées du Royaume : Drâa-Tafilalet, Marrakech-Safi et Guelmim-Oued Noun. Derrière ce chantier en apparence technique, l'enjeu est bien plus stratégique : repérer les relais existants, mesurer leur capacité réelle d'intervention et structurer un environnement durable au service de l'entrepreneuriat coopératif féminin. Raidates vise à renforcer l'autonomisation économique de 5.000 femmes issues de 120 coopératives féminines opérant dans des filières à fort potentiel, aussi bien en matière de rentabilité que de résilience face aux changements climatiques. Le programme prévoit un accompagnement sur plusieurs volets : formation, coaching, soutien à la commercialisation, accès au financement, montée en compétences entrepreneuriales et diffusion de pratiques innovantes adaptées aux réalités locales. L'ambition affichée semble plutôt être celle d'un changement d'échelle, avec des effets durables sur les revenus, la gouvernance et la capacité de développement de ces structures. Cartographier les fournisseurs d'appui La nouvelle mission lancée dans ce cadre porte sur la cartographie et l'évaluation des fournisseurs d'appui. Sont concernés les acteurs publics, privés et associatifs susceptibles d'intervenir auprès des coopératives : cabinets de conseil, structures d'accompagnement, organismes de financement, réseaux professionnels, experts techniques, opérateurs de formation ou encore dispositifs publics territoriaux. L'objectif est de comprendre ce qui existe réellement sur le terrain, avec quel niveau de qualité, quelles spécialisations, quelles zones de couverture et quelles limites. Beaucoup d'écosystèmes disposent d'acteurs visibles sur le papier, mais moins nombreux sont ceux capables d'accompagner efficacement la croissance d'une coopérative. Cette démarche vise à identifier les acteurs réellement capables. Le cahier des charges prévoit plusieurs axes de travail : recensement des prestataires, classification des offres de services, évaluation des capacités opérationnelles, identification des lacunes régionales et formulation de recommandations de partenariat. En clair, les porteurs du projet veulent savoir sur qui s'appuyer demain pour faire grandir les coopératives accompagnées. Quels experts mobiliser ? Quels opérateurs renforcer ? Quelles compétences manquent encore localement ? Cette phase doit permettre de passer d'une logique d'intuition à une logique de pilotage fondée sur des données probantes. La méthodologie annoncée repose sur une combinaison d'outils classiques mais solides : revue documentaire, entretiens semi-directifs, groupes de discussion avec des coopératives féminines, constitution d'une base de données, matrice d'évaluation et validation régionale des résultats. Un outil d'aide à la prise de décision Le partenaire académique HEC Montréal interviendra sur la définition méthodologique et l'encadrement de la mission. Cette implication n'est pas anodine. Elle laisse penser que les promoteurs du programme cherchent à produire un diagnostic exploitable, comparable et utile à la décision, plutôt qu'un document institutionnel destiné à rester sur une étagère. Les livrables attendus confirment cette logique : note de démarrage, base de données structurée, rapport de cartographie, rapport d'évaluation et recommandations opérationnelles. Le tout sur une durée estimée entre huit et dix semaines, ce qui suppose un rythme de travail soutenu et une capacité rapide de mobilisation terrain.Le profil recherché n'est d'ailleurs pas neutre : au moins sept années d'expérience dans l'économie sociale et solidaire ou le développement coopératif, avec une bonne connaissance des territoires concernés. Le message est clair : la mission exige une expertise concrète, pas seulement théorique. Une démarche progressive Depuis plusieurs mois, différents signaux montraient déjà que Raidates passait en phase active : sélection des coopératives bénéficiaires, recrutement d'équipes régionales, mise en place progressive des premiers outils d'accompagnement et organisation des relais locaux. Cette cartographie s'inscrit donc dans une continuité cohérente. Elle répond à une question simple mais décisive : comment éviter d'accompagner des coopératives isolées dans un environnement qui, lui, resterait insuffisamment structuré ? Sans réponse à cette question, les efforts individuels finissent souvent par s'essouffler. Car le vrai sujet est là. Sans écosystème local solide (finance, conseil, accès marché, structuration juridique, innovation et logistique commerciale), les coopératives progressent généralement plus lentement, parfois seules, parfois en doublonnant les mêmes erreurs. En identifiant les meilleurs acteurs disponibles et les manques à combler, Raidates cherche manifestement à construire autour d'elles un cadre plus robuste et plus lisible. C'est une approche plus systémique que sectorielle. Elle consiste moins à soutenir une structure à la fois qu'à renforcer les conditions de réussite de centaines d'initiatives futures. À terme, ce programme pourrait dépasser largement le seul accompagnement de 120 structures. Il pourrait contribuer à une industrialisation du modèle coopératif féminin au Maroc : un vivier de marques féminines exportables, un réseau économique rural mieux structuré, un outil concret d'inclusion financière, voire un modèle réplicable dans d'autres pays africains confrontés à des enjeux comparables de développement territorial et d'emploi féminin. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO