Malgré la très bonne campagne agricole qui s'annonce, l'économie nationale devrait gérer une nouvelle crise liée, encore une fois, aux hydrocarbures. Celle-ci risque fort de fausser tous les calculs concernant la maîtrise de la cherté des produits de consommation. Analyse. À peine sortie d'une crise, voilà qu'une autre pointe son nez. L'économie marocaine, qui a miraculeusement tourné cette année la page de sept années de sécheresse, devait logiquement récolter les fruits d'une bonne campagne agricole, dont les prévisions de récoltes céréalières sont de 82 millions de quintaux, selon Bank Al-Maghrib (BAM), soit le double de ce qui a été engrangé l'année dernière. Cette bonne campagne agricole est censée faire grimper d'environ 15% la valeur ajoutée agricole. Elle devrait aussi, et surtout, contribuer à réduire une inflation difficilement maîtrisable depuis la crise énergétique de 2022, au lendemain du déclenchement de la guerre en Ukraine. En parlant d'énergie, c'est justement elle qui vient encore une fois risquer de fausser les calculs sur bon nombre d'indicateurs macro-économiques. Si la croissance projetée par BAM s'annonce très forte, à 5,6% en 2026, rien n'indique pour autant que l'inflation serait maîtrisée, et ce, en raison du conflit qui a éclaté depuis trois semaines au Moyen-Orient. D'ailleurs, BAM prévient des conséquences sérieuses auxquelles l'économie nationale aurait à faire face, si ce conflit dure. Calcul faussé Car justement, c'est l'envolée des cours mondiaux du pétrole qui inquiète. Depuis le début de cette guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, les prix du bail se stabilisent désormais autour de 100 dollars, contre à peine 70 dollars auparavant. Et l'onde de choc se fait ressentir partout, surtout dans un pays importateur de pétrole comme le Maroc. Le Royaume, qui importe depuis 2015 des produits pétroliers raffinés, soit environ 90% de ses besoins énergétiques, se retrouve non seulement face à un risque sérieux sur son approvisionnement, mais également devant l'impossibilité de maîtriser les prix des hydrocarbures. D'ailleurs, la première hausse décidée ce week-end par les distributeurs en est le premier signal. Le litre d'essence s'est renchéri de près de 1,5 DH, alors qu'il a augmenté de 2 DH pour le gasoil. Et bien évidemment, la hausse des prix des hydrocarbures ouvre la porte à une inflation généralisée des produits de consommation. Face à cet imprévu, les prévisions de maîtrise de l'inflation risquent fort de s'avérer fausses. BAM maintient toujours une inflation quasi stable de 0,8% sur un an pour cette année, mais ce chiffre devrait, très probablement, être revu à la hausse si le conflit s'installe dans la durée. Pour sa part, dans son projet , le gouvernement s'attendait déjà, dans la Loi de finances 2026, à une inflation de 2% pour cette année. Fini le répit ? En un mot, le constat qui apparait est que l'économie nationale, va certes voire sa croissance en forte hausse, mais devra, au cours de cette année, gérer une potentielle crise énergétique si le conflit du Moyen-Orient se poursuit. C'est dire donc que l'on sort de la sécheresse pour plonger dans une nouvelle flambée des produits énergétiques. Au moment où le gouvernement affiche sa volonté de contenir l'inflation, la réalité énergétique rattrape les équilibres macroéconomiques. Or, les indicateurs récents montraient une relative accalmie. En janvier 2026, l'inflation restait contenue, avec une hausse mensuelle de 0,3% et même un recul annuel de 0,8%. Mais cette stabilité reposait en partie sur une baisse des prix des carburants à cette période (-5,9% sur les produits énergétiques non alimentaires). Autrement dit, la détente inflationniste observée en début d'année pourrait n'avoir été qu'un répit conjoncturel. Derrière cette tension sur les prix, se cache une réalité structurelle : la lourde facture énergétique du Maroc. Historiquement, celle-ci oscille entre 80 et 120 MMDH par an, selon les cours internationaux, représentant un poste majeur du déficit commercial. Dans un contexte de remontée du baril, avec des pics anticipés au-delà, la pression sur cette facture devrait s'intensifier. Fragilités Face à la hausse des carburants, l'Etat se retrouve confronté à un arbitrage délicat : absorber le choc via des mécanismes de soutien ou laisser les prix se transmettre à l'économie. De nouvelles aides ont été annoncées pour le secteur du transport. Mais les marges sont étroites. Une intervention massive pèserait sur le budget, tandis qu'une absence de soutien amplifierait la transmission inflationniste. Dans les deux cas, les objectifs de maîtrise de l'inflation deviennent plus difficiles à atteindre. En définitive, la crise énergétique agit comme un révélateur des fragilités du modèle de maîtrise de l'inflation au Maroc. Elle souligne une dépendance persistante aux chocs extérieurs et met en lumière les limites des outils classiques de régulation. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO