Réunis à Casablanca autour de l'Association des Alumni de P&G Maroc, plus de 100 anciens collègues ont assisté à une rencontre marquée par les retrouvailles, l'échange et le partage d'expérience. Face à ce public averti, Moncef Belkhayat est revenu sur son parcours entrepreneurial et sur le modèle de croissance de H&S Group, articulé autour d'une logique de build-up, d'intégration et de structuration à grande échelle. Il y avait, dans la salle, quelque chose de plus qu'une simple conférence. Plus de cent participants, des retrouvailles, des visages familiers, des anciens collègues heureux de se retrouver et une atmosphère chaleureuse. À Casablanca, la rencontre organisée par l'Association des Alumni de Procter&Gamble Maroc avait des airs de retour aux sources pour Moncef Belkhayat. 21 ans après le début de son aventure entrepreneuriale, l'homme d'affaires est revenu devant un public qui connaissait les codes de l'entreprise, la culture de l'exécution et la valeur du collectif. Ce décor comptait presque autant que le fond. Car l'échange n'avait rien d'un exercice convenu. Il s'agissait moins de célébrer un parcours que d'en démonter les ressorts. Comment bâtir un groupe, l'élargir, lever des fonds, intégrer des acquisitions et maintenir une dynamique de croissance sur la durée. C'est autour de cette équation que Moncef Belkhayat a structuré sa prise de parole, en partageant le modèle de croissance de H&S Group, qu'il résume par une formule simple, celle du «Build & Run». Fadwa Bisbis, vice-présidente de P&G Alumni, a d'ailleurs donné le ton dès l'ouverture en rappelant que l'association ne se limite pas à entretenir des liens entre anciens collègues. «Nous organisons également, de manière très régulière, des conférences de ce type, en invitant des intervenants inspirants, avec l'idée de continuer à apprendre, à développer nos compétences et à nous nourrir de parcours de réussite, au Maroc comme ailleurs.» À ses yeux, le parcours de Moncef Belkhayat illustre «l'émergence d'un champion national», mais aussi celle d'«une entreprise marocaine capable de rayonner à l'international». Le retour aux sources d'un ancien de P&G Pour Belkhayat, cette rencontre avait une dimension très personnelle. Il l'a dit sans détour en retrouvant «amis et anciens collègues» dans un cadre qui réactivait une mémoire professionnelle commune. En évoquant Procter & Gamble, il a rappelé le rôle joué par cette multinationale, présente dans le Royaume depuis 1956, dans la formation de générations de cadres marocains qui évoluent aujourd'hui au Maroc et à l'international. Mais très vite, le propos a glissé du souvenir vers la stratégie. Depuis le 10 janvier 2026, H&S Group a adopté une nouvelle identité et s'est structuré autour d'une ambition claire, celle d'atteindre 10 milliards de dirhams de chiffre d'affaires, avec en ligne de mire six introductions en bourse à l'horizon 2030. Cette nouvelle phase de développement a été officialisée publiquement en janvier, au moment où le groupe a renforcé sa lisibilité sous une marque unique. Le modèle «Build & Run» comme colonne vertébrale Au fond, le message central de Belkhayat tient dans la cohérence d'un modèle. «L'idée, à travers cette rencontre, était de partager ce modèle de croissance», a-t-il expliqué. Un modèle qui repose non seulement sur l'acquisition et la diversification, mais surtout sur la capacité à faire fonctionner ensemble des activités différentes, à les organiser, à les intégrer et à les faire monter en puissance dans la durée. Cette logique s'incarne désormais dans six pôles. Belkhayat a rappelé qu'ils couvrent «plusieurs segments de l'économie de la vie», des métiers du building à la logistique, de la communication et des médias à la construction, de la fintech au retail. Dans les communications récentes du groupe, cette structuration renvoie notamment à Dislog Group, La Voie Express Group, WB Group, Gidna-Kaya Immobilier, Chari et One Retail. Le retail, a-t-il souligné, constitue aujourd'hui le pôle le plus récent. Il a évoqué «un build-up engagé autour de belles enseignes telles que Flormar, Venezia, ou encore Mr Bricolage». Cette dynamique d'expansion a d'ailleurs été confirmée début mars avec l'annonce du renforcement du pôle restauration et coffee shops de One Retail, autour de Dahab Coffee. Croître, financer, intégrer Ce qui frappe dans le récit de Belkhayat, c'est son insistance sur la mécanique de croissance plutôt que sur l'effet d'annonce. Il a mis en avant «une croissance de 27% sur les 16 dernières années», qui permet aujourd'hui au groupe de «continuer à lever des fonds, à poursuivre des acquisitions, à créer de la valeur et à intégrer progressivement les entreprises rachetées». Autrement dit, la croissance n'est pas présentée comme une accumulation d'actifs, mais comme une capacité d'intégration. C'est là que son propos est devenu le plus concret. «L'élément central de notre réussite reste clairement la qualité de notre équipe managériale», a-t-il affirmé. «Elle est aujourd'hui extrêmement bien organisée et nous permet de gérer les opérations quotidiennes de manière fluide, tout en intégrant les nouvelles entreprises à travers des processus structurés.» Dans cette vision, le facteur humain reste décisif. Belkhayat l'a rappelé avec force en insistant sur le rôle des ressources humaines dans les phases d'intégration. Derrière la croissance externe, les financements et les ambitions boursières, c'est donc une certaine idée de l'organisation qui se dessine, faite de discipline, de transmission et de méthode. À mesure que les échanges avançaient, la conférence prenait ainsi une portée plus large. Elle racontait, certes, l'itinéraire d'un entrepreneur marocain ayant changé d'échelle, mais elle donnait aussi à voir une manière de construire un groupe dans la durée. Devant un public averti, habitué à challenger les idées et à interroger les modèles, Moncef Belkhayat n'a pas seulement défendu un bilan. Il a exposé une logique. Celle d'un groupe qui veut passer d'une croissance par opportunités à une architecture plus lisible, mieux intégrée et plus ambitieuse. Une logique qui, à en juger par l'énergie de la salle, a trouvé un écho bien au-delà du cercle des anciens de P&G. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO