Selon BKGR, la Banque centrale a choisi de maintenir son taux directeur à 2,25%, dans un contexte marqué à la fois par une inflation toujours contenue, une croissance mieux ciblée et des incertitudes extérieures persistantes. En maintenant son taux directeur à 2,25% lors de sa première réunion trimestrielle de 2026, Bank Al-Maghrib (BAM) a choisi la continuité plutôt que le mouvement. Pour BKGR, ce statu quo était largement anticipé. Il traduit moins une absence de signaux qu'une lecture équilibrée de la conjoncture, entre désinflation confirmée, activité économique mieux orientée et montée des incertitudes géopolitiques internationales. La décision de la Banque centrale intervient dans un contexte sensiblement différent de celui qui prévalait il y a encore quelques trimestres. Le risque inflationniste, qui avait imposé un resserrement monétaire progressif, semble aujourd'hui davantage contenu. BKGR relève qu'après une inflation stabilisée autour de 0,8% en 2025, l'année 2026 démarre sur une baisse de 0,8% en glissement annuel dès le mois de janvier, tirée principalement par le recul des prix alimentaires de 2,1%. Dans ce cadre, BAM a revu à la baisse ses propres projections d'inflation moyenne, désormais attendue à 0,8% en 2026 puis à 1,4% en 2027. Cette détente des prix donne à l'institution monétaire une marge de manœuvre appréciable. Elle n'ouvre pas automatiquement la voie à une baisse du loyer de l'argent, mais elle justifie au moins l'absence de durcissement supplémentaire. La prudence reste néanmoins de mise. Le document de BKGR souligne que le risque d'inflation importée n'a pas disparu, notamment dans un environnement marqué par des tensions énergétiques liées au contexte géopolitique régional. Autrement dit, la Banque centrale peut se permettre d'attendre, mais elle ne peut pas encore relâcher totalement sa vigilance. Une croissance mieux ciblée L'autre enseignement majeur de cette réunion concerne l'activité. BAM a légèrement ajusté à la baisse sa prévision de croissance pour 2025 à 4,8%, contre 5% auparavant. Mais le vrai signal se situe sur 2026, avec une projection relevée à 5,6%, soit un niveau supérieur à plusieurs institutions de référence et au scénario central de BKGR, qui table pour sa part sur 5%. Cette révision traduit une lecture plus favorable du cycle économique national. Deux moteurs sont mis en avant. D'un côté, l'agriculture bénéficierait d'une nette amélioration, BAM intégrant une récolte céréalière estimée à 82 millions de quintaux et une hausse de la valeur ajoutée agricole de 14,4% en 2026. De l'autre, les activités non agricoles resteraient solides, soutenues par la dynamique de l'investissement, en particulier dans les infrastructures. Ce point est loin d'être secondaire. Il confirme que la croissance marocaine repose de plus en plus sur des ressorts internes liés à l'équipement du pays, à la commande et à l'investissement productif. Le commerce extérieur devrait lui aussi accompagner ce mouvement, même si les équilibres resteraient sous tension. BKGR rapporte que les exportations automobiles rebondiraient de 13,7% en 2026 puis de 19,3% en 2027, tandis que les ventes de phosphates et dérivés progresseraient de 19,4% cette année. En parallèle, la facture des importations continuerait de s'alourdir sous l'effet des achats de biens d'équipement et d'un renchérissement attendu de l'énergie. Résultat, le déficit du compte courant atteindrait 2,3% du PIB en 2025 puis 3,1% en 2026, après 1,2% en 2024. Des équilibres macroéconomiques sous surveillance Sur le plan budgétaire, le message reste relativement rassurant. L'exécution à fin 2025 a montré une progression de 15,3% des recettes ordinaires, portée par la bonne tenue des rentrées fiscales, alors même que les dépenses globales ont augmenté de 11,8%. Selon les projections relayées par BKGR, le déficit budgétaire hors privatisations poursuivrait sa décrue graduelle, passant de 3,6% du PIB en 2025 à 3,5% en 2026 puis 3,4% en 2027. C'est précisément cette combinaison qui éclaire le choix de BAM. L'inflation est basse, la croissance s'améliore, les finances publiques restent sous contrôle, mais l'environnement extérieur demeure instable. Dans ce contexte, maintenir le taux directeur inchangé apparaît comme une posture d'équilibre. Ni signal de freinage, ni geste prématuré d'assouplissement. Simplement, l'expression d'une banque centrale qui estime que, pour l'heure, la meilleure décision consiste à ne pas se précipiter. C'est aussi, en filigrane, le constat dressé par BKGR dans cette lecture post-conseil d'un début d'année où les fondamentaux domestiques s'améliorent, sans que les incertitudes mondiales autorisent encore un véritable changement de cap.