La guerre au Moyen-Orient n'a pour l'heure que de légers impacts sur le tourisme au Maroc, malgré les craintes sur une hausse attendue des billets d'avion après la fin de ce conflit qui dure depuis un mois. Il est encore trop tôt pour parler d'un réel impact du conflit au Moyen-Orient sur le tourisme marocain. C'est en somme ce que l'on répète auprès des professionnels nationaux du tourisme. C'est le cas à la Fédération nationale de l'industrie hôtelière (FNIH), où l'on estime qu'il faut encore un peu plus de temps pour voir les conséquences réelles de cette guerre sur le tourisme marocain, un mois après son déclenchement. «Il est vrai que le conflit se passe sur une zone qui constitue un hub aérien important, et sur le chemin des nouveaux marchés émetteurs asiatiques que nous visons», indique tout de même Nidale Lahlou, président délégué de la FNIH, dans une sortie médiatique. Il s'agit notamment des marchés chinois et indien, qui apparaissent désormais comme des pays émetteurs aux opportunités immenses pour la destination au Maroc. Hubs perturbés Pour l'heure, les professionnels du tourisme marocain s'inquiètent davangage des répercussions post-conflit. «Il s'agit surtout des répercussions sur les prix des billets d'avion, des assurances voyages par exemple», poursuit-il. Malgré tout, la destination Maroc peut paraître comme «une substitution» pour une certaine catégorie de voyageurs, qui pourront surtout considérer le Royaume comme une zone bien lointaine des zones d'instabilité et jouissant d'un cadre idéal pour une bonne expérience voyage. «Tout ceci montre que notre stratégie de diversification est une bonne stratégie afin de ne pas dépendre uniquement d'un seul marché ou d'une seule zone», poursuit le président délégué de la FNIH. En un mot, l'impact de la guerre au Moyen-Orient sur le tourisme marocain s'inscrit dans une logique duale. À court terme, le Royaume peut capter une partie des flux détournés et renforcer son positionnement de destination refuge. Mais, à moyen terme, la hausse des coûts, les tensions sur le transport aérien et l'incertitude globale constituent des facteurs de risque réels. Bon démarrage En attendant, les prévisions de début de saison se passent plutôt comme prévu pour le tourisme national. Après une année 2025 record, frôlant les 20 millions de visiteurs, le secteur touristique marocain aborde 2026 avec un momentum solide et des fondamentaux nettement consolidés. Les premières tendances observées confirment un changement d'échelle, où la croissance n'est plus seulement de rattrapage, mais désormais structurelle. En effet, dès janvier, les indicateurs avancés s'inscrivent dans le vert. Le trafic aérien dépasse les 3 millions de passagers, en progression à deux chiffres, traduisant un afflux soutenu de visiteurs internationaux. En parallèle, les recettes voyages atteignent près de 12 MMDH sur le mois, affichant une hausse significative en glissement annuel. Au-delà du simple volume, c'est la qualité de la demande qui s'améliore, avec un panier moyen en hausse et des durées de séjour qui tendent à s'allonger dans plusieurs destinations. Sur le terrain, les principaux pôles touristiques confirment cette orientation. À Agadir comme à Marrakech, la fréquentation reste dynamique, y compris sur des périodes traditionnellement plus calmes. Ce maintien de l'activité hors saison traduit une désaisonnalisation progressive de la demande, portée notamment par la diversification des marchés émetteurs et l'élargissement de l'offre aérienne. Nidale Lahlou Président délégué de la FNIH «Il est vrai que le conflit se passe sur une zone qui constitue un hub aérien important, et sur le chemin des nouveaux marchés émetteurs asiatiques que nous visons. Mais tout ceci montre que notre stratégie de diversification est une bonne stratégie, afin de ne pas dépendre uniquement d'un seul marché ou d'une seule zone». Willie Walsh Directeur général d'IATA «Il est inévitable que les prix des billets augmentent (...). En aucun cas les capacités des transporteurs du Golfe ne pourront être remplacées par les compagnies européennes. Donc, je m'attends à ce que la situation revienne à celle qui prévalait avant la guerre, quand la région aura retrouvé la stabilité». Billet d'avion : l'IATA avertit sur une «hausse inévitable» des prix ! Cette crise au Moyen-Orient aura un impact sur l'aérien bien après cette guerre. C'est en somme l'alerte donnée par le patron de l'Association internationale du transport aérien, Willie Walsh. «Il est inévitable que les prix des billets augmentent», souligne-t-il. «On le voit déjà sur certains marchés, en particulier aux Etats-Unis». Plusieurs compagnies aériennes européennes ont récemment annoncé des augmentations de tarifs sur long-courrier. Willie Walsh a jugé que la magnitude de la crise actuelle, qui affecte en première ligne les compagnies du Golfe, forcées d'annuler une grande partie de leurs vols, n'avait «rien à voir avec celle du Covid», quand près des deux tiers des volumes de passagers aériens s'étaient évaporés en 2020. «Je la comparerais aux crises que nous avons connues après les événements tragiques du 11-Septembre», quand la fréquentation des lignes transatlantiques s'était effondrée pendant quelques mois, avant de reprendre. Selon lui, «la demande sous-jacente reste robuste» pour les voyages aériens, même si la hausse des prix des billets «aura des conséquences» sur le comportement des consommateurs. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO