Porté par la vigueur de ses ventes d'engrais, la montée en puissance de ses produits à forte valeur ajoutée et l'accélération de ses investissements industriels, OCP a signé en 2025 un exercice solide. Au-delà des chiffres, le groupe confirme surtout une transformation plus profonde, fondée sur la montée en gamme, la sécurisation de l'eau et de l'énergie et l'extension méthodique de ses capacités à l'horizon 2030. Il y a des années où un groupe profite du marché. Et puis il y a celles où il s'en sert pour changer de dimension. Les résultats publiés par OCP au titre de 2025 appartiennent clairement à la seconde catégorie. Derrière la hausse du chiffre d'affaires, derrière la progression de l'EBITDA et derrière la solidité des marges, c'est une autre lecture qui s'impose. OCP n'est plus seulement porté par un contexte favorable sur les engrais phosphatés. Le groupe montre qu'il utilise cette séquence pour accélérer une transformation plus profonde, fondée sur la montée en gamme, la sécurisation des ressources critiques, l'élargissement des capacités industrielles et une discipline d'exécution qui produit des effets très visibles. En 2025, OCP a réalisé un chiffre d'affaires de 113,9 milliards de dirhams (MMDH), contre 97 milliards un an plus tôt. La marge brute a progressé à 72,1 milliards de dirhams et l'EBITDA à 43,2 MMDH, soit une hausse de 11%, avec une marge d'EBITDA de 38%. En même temps, les dépenses d'investissement ont reculé à 34,1 MMDH, contre 43,6 milliards en 2024. Ce point montre que le groupe parvient à améliorer sa performance tout en avançant dans son programme industriel, sans céder sur sa rentabilité malgré la hausse des coûts des matières premières, notamment le soufre, et malgré des effets de change défavorables. La valeur ne vient plus seulement du volume Le premier enseignement de l'exercice 2025 tient à la qualité de la croissance. Son activité engrais a progressé de 15% en monnaie locale et représente désormais plus des deux tiers des revenus. Au cœur de ce déplacement stratégique, le TSP. Les volumes de Triple Super Phosphate ont bondi de 48% sur un an et représentent 30% des exportations totales d'engrais, contre 22% en 2024. Dans un marché mondial où la concurrence par les volumes seuls devient insuffisante, la capacité à proposer des produits plus adaptés aux sols, aux usages et aux exigences de productivité agricole devient un facteur décisif de création de valeur. OCP le dit d'ailleurs sans détour en soulignant que cette montée en gamme soutient sa différenciation sur les marchés clés. La forte traction observée en Asie de l'Est et la demande soutenue au Brésil confirment que ce repositionnement n'est pas théorique. Il trouve déjà des débouchés très concrets. Un marché porteur, mais une exécution qui fait la différence Les prix des engrais phosphatés sont restés élevés pendant la majeure partie de 2025. Ils ont été soutenus par les restrictions des exportations chinoises et par la forte demande de l'Inde, dans un contexte de reconstitution des stocks appuyé par les subventions publiques. La fin d'année a été plus contrastée avec un ralentissement des achats indiens, une orientation des acheteurs brésiliens vers des produits à plus faible teneur en phosphate et un affaiblissement de la demande américaine sous l'effet des contraintes d'accessibilité. Mais un cycle favorable n'explique pas tout. Ce qui ressort surtout, c'est la capacité d'OCP à arbitrer son mix produit, à ajuster sa production et à absorber les tensions sur les coûts sans effondrement de marge. Le chiffre d'affaires de la roche a progressé de 50% en monnaie locale, porté par des volumes plus élevés vers l'Inde et par une granulation renforcée liée à la hausse des ventes d'engrais. En parallèle, l'activité acide phosphorique a reculé de 15%, ce qui traduit un repositionnement assumé vers les segments les plus créateurs de valeur. Ce n'est pas un recul subi. C'est un choix d'allocation industrielle. SPS, le deuxième moteur qui monte Autre signal important, la montée en puissance de la Strategic Business Unit Specialty Products & Solutions. Cette activité a généré 6,275 milliards de dirhams de chiffre d'affaires à l'export, en hausse de 19% sur un an. La croissance a été portée par les acides de spécialité, les engrais hydrosolubles et les phosphates alimentaires. Là encore, la logique est claire. OCP cherche à consolider des segments premium, à plus forte marge et réputés plus résilients. Cette diversification améliore la qualité des résultats et réduit la dépendance à une lecture trop cyclique du phosphate. L'autonomie hydrique et énergétique devient un avantage compétitif L'autre grande leçon de 2025 est que la performance financière d'OCP se lit désormais à travers ses infrastructures. Le groupe ne traite plus l'eau et l'énergie comme des postes de support. Il en fait des actifs stratégiques. Le pipeline Jorf Lasfar-Khouribga a été mis en service et assure l'autonomie hydrique complète du site de Khouribga. Le pipeline Safi-Gantour a été entièrement livré. La capacité de dessalement à Jorf Lasfar a été augmentée progressivement de 80 millions de m3 par an, tandis que la phase 2 du plan d'urgence de dessalement de Safi a ajouté 8 millions de m3 par an entre le troisième et le quatrième trimestre 2025. Des raccordements STEP ont aussi été mis en service à Fquih Ben Saleh et Marrakech-Benguerir. Sur l'énergie, trois nouvelles centrales solaires à Benguerir, Foum Tizi et Oulad Farès, pour un total de 202 MWc, ont été pleinement mises en service en 2025. Dans l'industrie lourde, ce type d'investissement change la structure du risque. Il réduit l'exposition aux contraintes hydriques et énergétiques, sécurise la continuité de production, soutient la décarbonation et améliore à terme la compétitivité-coût. Une expansion calibrée pour 2030 Le groupe continue en parallèle d'étoffer son appareil productif. À Jorf Lasfar, la première phase du Hub TSP, composée de deux lignes de 500 KT chacune, a été achevée et mise en service en 2025. La deuxième phase, avec deux lignes supplémentaires d'une capacité de 1 million de tonnes chacune par an, progresse. Une nouvelle unité d'acide phosphorique de 1.500 tonnes P2O5 par jour y a aussi démarré en mars 2025. Plus au sud, les corridors Mzinda-Safi et Meskala-Essaouira avancent également. Le premier vise à terme 15 millions de tonnes de roche phosphatée, 3 millions de tonnes d'acide phosphorique et 8,4 millions de tonnes d'engrais par an. Le second affichera 25 millions de tonnes de roche, 1 million de tonnes d'acide et 2 millions de tonnes d'engrais. Ces chiffres montrent que la feuille de route 2030 ne repose pas sur une simple ambition déclarative. Elle se matérialise déjà dans les actifs, dans les corridors, dans les lignes mises en service et dans les transferts d'actifs engagés, notamment les 3,2 milliards de dirhams transférés à Mzinda Fertilizers Company 1, 2 et 3 en décembre 2025 pour soutenir les activités engrais. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO