Avec 47,1 points sur l'Indice des capacités productives de la CNUCED, le Maroc brille en Afrique, se classe juste derrière l'Afrique du Sud et devance la plupart de ses pairs. C'est une bonne nouvelle. Mais un autre chiffre, 32,8, devrait nous arrêter net. C'est le score du Royaume en matière d'infrastructures de transport. L'un des plus bas de tous ses indicateurs. Ce grand écart résume à lui seul le paradoxe marocain. Il diagnostique une économie qui a réussi son décollage structurel, mais qui n'a pas encore sécurisé sa montée en gamme. L'Indice de capacités productives (PCI) de la CNUCED a le mérite de ne pas se laisser aveugler par le PIB. Il sonde les fondations. Et les fondations marocaines racontent une histoire en pointillés. D'un côté, le changement structurel flambe à 57,8. C'est la preuve que l'industrie automobile, l'aéronautique, les chaînes de valeur mondiales ont pris racine. Les TIC suivent à 57,5, signe que le numérique progresse. Le secteur privé tient à 47,4. De l'autre côté, le capital humain plafonne à 46,5, le capital naturel est sous tension à 40,1, et le transport s'effondre à 32,8. C'est là que le bât blesse. On peut construire les usines les plus sophistiquées du continent. Si les routes pour y accéder sont dégradées, si les ports saturent, si les techniciens et ingénieurs manquent, la productivité stagne. Et la compétitivité avec. Le Maroc n'est donc plus un pays pauvre, mais ce n'est pas encore une économie à maturité productive. Ce qu'il faut retenir, c'est que le temps des stratégies sectorielles en silo est révolu. On ne peut plus doper l'industrie sans repenser la logistique. On ne peut plus attirer les investisseurs sans former les talents. On ne peut plus promettre le leadership climatique sans gérer durablement le capital naturel. La croissance ne suffit plus, l'heure est aux arbitrages. Continuer à tirer parti de ses TIC dynamiques et de son secteur privé en mouvement, ou accepter que, sans un rattrapage massif dans les transports et la formation, ces atouts resteront sous-exploités. Le chantier est immense. Mais, au moins, on sait désormais où frapper… partout où les angles morts du développement menacent de tout ralentir. Meriem Allam / Les Inspirations ECO