Le marché obligataire marocain reste traversé par des tensions visibles. Selon BKGR, le déficit de liquidité bancaire continue de se creuser, Bank Al-Maghrib renforce légèrement ses injections et le Trésor choisit de ne pas lever sur le primaire, tandis que les taux du secondaire poursuivent leur remontée. Le marché obligataire marocain envoie un signal clair en ce début d'avril. D'un côté, le déficit de liquidité bancaire continue de se creuser, poussant Bank Al-Maghrib à renforcer légèrement ses avances à 7 jours. De l'autre, le Trésor choisit de ne rien lever sur le marché primaire malgré une offre de 3,2 milliards de dirhams, tandis que les taux du secondaire poursuivent leur remontée, surtout sur les maturités longues. Dans sa dernière note Fixed Income Weekly, BKGR décrit ainsi un marché traversé par des tensions persistantes, mais où l'Etat conserve encore une certaine marge de manœuvre. Un déficit bancaire qui continue de se creuser Selon BKGR, le déficit moyen de liquidité bancaire s'est aggravé à 152 milliards de dirhams sur la période allant du 26 mars au 1er avril, soit une progression de 1,87% sur une semaine. En parallèle, les avances à 7 jours de la banque centrale ont été relevées à 63,23 milliards de dirhams, puis annoncées à 65,05 milliards pour la période suivante. Le message est limpide. La Banque centrale maintient son rôle d'amortisseur afin d'éviter qu'un durcissement trop brutal des conditions de financement ne vienne perturber le marché monétaire. Cette tension sur la liquidité ne s'est pourtant pas traduite par un emballement du coût de l'argent à très court terme. Le taux moyen pondéré interbancaire est resté stable à 2,25%, quasiment aligné sur le taux directeur, tandis que le MONIA a reculé à 2,111%. Pour BKGR, cette stabilité apparente masque donc une réalité plus exigeante. Le système bancaire reste sous pression structurelle et dépend d'un soutien continu de Bank Al-Maghrib pour maintenir un fonctionnement fluide du marché. Le Trésor reprend la main sur le primaire Autre enseignement majeur de la semaine, le Trésor n'a procédé à aucune levée lors de la dernière adjudication, alors même que 3,2 milliards de dirhams avaient été proposés sur plusieurs maturités, allant de 26 semaines à 30 ans. Cette absence de levée pour une deuxième séance consécutive illustre une posture d'attente assumée. Dans un contexte de tension sur les rendements, l'argentier de l'Etat semble refuser de valider des conditions qu'il juge trop coûteuses. Cette stratégie est rendue possible par une amélioration ponctuelle de la trésorerie. BKGR souligne en effet que les placements hebdomadaires du Trésor se sont nettement hissés, avec un encours quotidien maximal de près de 21 milliards de dirhams contre 8,4 milliards une semaine plus tôt. L'encaissement des acomptes d'impôt sur les sociétés à fin mars offre ainsi un coussin bienvenu. Il permet au Trésor de gérer son retour sur le primaire dans une relative aisance et de ne pas subir de plein fouet le biais haussier de la courbe. C'est surtout sur le marché secondaire que la tension reste la plus visible. BKGR relève une hausse quasi générale des rendements, particulièrement marquée sur le long terme. Le taux à 15 ans a progressé de 6,77 points de base, celui à 20 ans de 5,69 points de base et celui à 10 ans de 3,07 points de base. Les taux ressortent désormais à 3,34% sur le 10 ans, 3,61% sur le 15 ans, 3,73% sur le 20 ans et 4,12% sur le 30 ans. Un marché encore prudent Le segment de la dette privée, lui, reste relativement calme, même si quelques opérations apparaissent. BKGR signale notamment un billet de trésorerie émis par ATW sur 12 mois à 2,88%, ainsi que deux émissions obligataires de FFT Auto Mobility, sur 4 ans à 3,26% et sur 12 ans. Mais l'essentiel se joue ailleurs. Le véritable sujet du moment demeure l'équilibre entre une liquidité bancaire qui se dégrade, une Banque centrale contrainte d'intensifier ses injections et un Trésor qui tente de préserver ses conditions de financement. Pour la semaine à venir, BKGR anticipe justement une poursuite de l'intervention de Bank Al-Maghrib sur le marché monétaire, avec des avances à 7 jours portées à 65,05 milliards de dirhams. Sur le compartiment obligataire, la société de recherche table sur la poursuite d'une approche prudente de la part des investisseurs. En clair, la tension n'a pas disparu. Elle est simplement contenue, pour l'instant, par la capacité du Trésor à temporiser et par l'action continue de la Banque centrale. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO