L'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA) lance une étude d'envergure pour réviser le plan régional d'aménagement et de gestion aquacole de la région de Dakhla-Oued Eddahab. Face à l'évolution des activités, à l'émergence de nouveaux enjeux environnementaux et à l'entrée en vigueur d'un nouveau cadre réglementaire, l'objectif est de repenser la cartographie des zones propices à l'aquaculture, en mer et à terre, et d'accompagner le développement durable de ce secteur stratégique pour l'économie locale. La lagune de Dakhla, ce n'est pas seulement une destination de rêve pour les amateurs de kitesurf, c'est aussi le berceau de l'aquaculture nationale. Mais après plusieurs années de développement intense, le plan d'aménagement initial montre ses limites. De nouveaux projets ont émergé, des contraintes environnementales se sont précisées et la loi n° 84-21 relative à l'aquaculture marine, promulguée en décembre 2022, impose une mise à jour des outils de planification. C'est dans ce contexte que l'Agence nationale pour le développement de l'aquaculture (ANDA) a lancé un appel d'offres international. Le prestataire retenu disposera de 490 jours pour mener à bien dix phases de travail, allant de l'état des lieux à l'évaluation environnementale stratégique (EES), en passant par la modélisation hydrodynamique et la définition de projets de structures aquacoles (PSA). L'ambition est de fournir à l'ANDA et aux investisseurs une feuille de route claire, scientifiquement fondée et socialement acceptable. Un territoire aux enjeux multiples La zone d'étude s'étend sur environ 600 kilomètres de côtes, de la limite nord jusqu'au sud, incluant la célèbre baie de Dakhla et celle de Cintra. En mer, la délimitation s'arrête à l'isobathe de 50 mètres. À terre, elle intègre la bande littorale sur un kilomètre ainsi que la sebkha d'Ilmili, une vaste étendue de 12.200 hectares. Ce territoire concentre des activités multiples : pêche, tourisme, navigation, zones militaires, urbanisation, extraction de sable... L'un des défis majeurs sera de cartographier ces usages et de déterminer les zones de compatibilité avec l'aquaculture. L'étude devra également intégrer des paramètres environnementaux pointus tels la qualité de l'eau (température, salinité, oxygène, nutriments), les courants, la bathymétrie, les risques naturels et les aires protégées. Des campagnes de terrain et des analyses en laboratoire sont prévues, ainsi que l'exploitation de données satellitaires multi-dates. Une méthodologie participative et itérative L'ANDA ne conçoit pas ce plan comme une simple étude descendante. La consultation des parties prenantes régionales et centrales est au cœur du processus. Des réunions de travail seront organisées à Dakhla pour présenter les résultats intermédiaires et recueillir les avis des acteurs locaux. L'étude s'articule en plusieurs grandes étapes. D'abord, un diagnostic approfondi (phase 1) aboutira à une prédélimitation des zones propices et exclues. Puis des prestations complémentaires permettront d'affiner les données, notamment par une modélisation hydrodynamique et de dispersion des particules dans les baies de Dakhla et de Cintra. La phase 4 produira la délimitation finale des zones. La phase 6 mettra en forme le plan régional d'aménagement et de gestion aquacole (PAA) avec son évaluation environnementale stratégique (EES). La phase 8, sans doute la plus stratégique, vise à dimensionner les structures aquacoles en mer (PSA), en définissant le nombre d'unités de production, leurs superficies, leur plan d'occupation, et en réalisant des analyses de faisabilité économique pour au moins cinq modèles d'élevage (conchyliculture, pisciculture...). Des esquisses d'aménagement des bases à terre, avec plans de masse et vues 3D, seront également proposées par un architecte. Enfin, l'étude accompagnera la procédure d'acceptabilité environnementale devant la Commission régionale unifiée de l'investissement (CRUI), avec deux réunions de présentation et de révision de l'étude d'impact (EIE). Un investissement pour l'avenir de la région L'aquaculture est un secteur porteur pour Dakhla. Elle crée des emplois, diversifie l'économie locale et valorise les produits de la mer. Mais elle doit se développer dans le respect de l'environnement et des autres usages. Ce nouveau plan d'aménagement, actualisé avec des données scientifiques récentes et une large concertation, devrait permettre de sécuriser les investissements et d'attirer de nouveaux projets. L'ANDA, en lançant cette étude, montre sa volonté de passer à une phase de maturité de la planification aquacole. Après les premiers succès des plans établis dans les années 2010, il est temps d'ajuster le tir, d'intégrer les retours d'expérience et de préparer le développement durable de cette filière pour les décennies à venir.