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Au Parlement, Akhannouch vante un bilan « solide »
Publié dans Les ECO le 16 - 04 - 2026

Cinq ans après sa prise de fonctions, Aziz Akhannouch a livré devant le Parlement un bilan gouvernemental aussi dense que solennel. Croissance en hausse, investissements record, aides sociales inédites : le chef du gouvernement veut voir dans ces chiffres la preuve d'un Maroc «résilient» et «émergent». Mais derrière le récit officiel, entre fragilités structurelles et silences assumés, ce discours-programme vise aussi à asseoir les acquis de la majorité et à offrir au parti au pouvoir un capital de crédibilité pour la prochaine séquence électorale.
Moment de vérité. Dans la matinée du mercredi 15 avril, devant les deux chambres du Parlement réunies en session plénière, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a déroulé le fil d'un bilan qu'il veut «historique». Cinq ans après son arrivée à la tête de l'Exécutif, et vingt-six ans après l'accession au trône du Roi Mohammed VI, l'homme a choisi la métaphore du «cheminement». Un parcours qui, selon lui, a permis au Maroc de passer «d'une logique de réaction à une logique d'initiative et de leadership stratégique». Mais en dehors des chiffres de croissance, d'investissements et d'aides sociales et les formules solennelles, ce discours-bilan, prononcé dans l'Hémicycle, dessine les contours d'une économie nationale qui revendique son émergence tout en affrontant des fragilités structurelles. Décryptage d'un discours, à la fois autoportrait et manifeste pour la prochaine séquence électorale.
Préambule royal
Aziz Akhannouch ouvre son propos par un long hommage au Roi Mohammed VI, posant le cadre de légitimité de l'ensemble du bilan. «Nous saisissons cette occasion pour exprimer à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l'assiste, nos sentiments déférents de fidélité et de loyalisme», déclare-t-il d'emblée, avant de réaffirmer «la fierté d'évoluer sous sa conduite éclairée dans la marche de l'édification et de la prospérité de la nation». Il ajoute, dans une phrase qui résume la philosophie affichée du gouvernement : «La vision stratégique de Sa Majesté le Roi a en effet veillé à maintenir de concert la réalisation de la suprématie économique et la préservation des fondements de l'équité sociale, en plaçant l'humain au cœur de toutes les réformes, d'une manière qui garantit la dignité du citoyen et renforce sa position dans le cadre de l'Etat de droit et des institutions».
Le chef du gouvernement insiste sur le fait que cette vision a «contribué à insuffler une dynamique de renaissance globale qui a porté le Royaume au rang des pays émergents et érigé le Maroc en modèle régional au plan de la résilience, de l'innovation et de la capacité à mettre à profit les mutations internationales au service du développement et du progrès». Une formule ambitieuse qui place le Maroc non plus comme un pays subissant les chocs extérieurs, mais comme un acteur capable de les transformer en opportunités.
Le Sahara marocain : une «phase décisive»
Le chef du gouvernement consacre un développement appuyé à la première cause nationale. Il se félicite de l'adoption par le Conseil de sécurité de l'ONU, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797. Selon lui, cette résolution «a réaffirmé les bases réelles de ce conflit, et considéré l'initiative d'autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine comme étant une base sérieuse et crédible et un point de départ réaliste pour le lancement d'un processus politique de négociation entre les parties concernées».
Akhannouch énumère les soutiens internationaux : «Les Etats-Unis d'Amérique, la France, le Royaume-Uni et l'Espagne, en plus d'un grand nombre de pays arabes et africains frères et amis qui ont réitéré leur soutien constant à la souveraineté totale du Maroc sur ses provinces du sud». Il insiste sur le caractère «factice» du différend autour des provinces du sud, et rappelle que, grâce à l'approche de développement lancée par le Roi depuis 2015, ces provinces sont devenues «un espace pour l'investissement, la croissance et la stabilité». Ce passage vise à rassurer l'opinion nationale sur les progrès diplomatiques après des décennies de blocage. Le chef du gouvernement souligne également le rôle de premier plan du Maroc «en matière de lutte contre le terrorisme et l'extrémisme», un argument qui pèse lourd auprès des capitales occidentales.
La résilience économique : «Le monde n'est plus ce qu'il était»
Le volet économique est le plus étoffé du discours. Akhannouch peint un tableau sombre du contexte mondial. «Le monde n'est plus stable, ni perméable à la prospective. Il évolue désormais au rythme de l'incertitude. Les crises se succèdent et s'interpénètrent, ainsi, sans pauses claires entre crises économiques, perturbations des chaînes d'approvisionnement et fortes mutations des marchés internationaux», souligne le chef du gouvernement, pour mieux faire ressortir l'exception marocaine.
«Le Maroc a pu formuler la preuve de la résilience de son système économique et construire sa propre exception dans une époque de perturbation», lance-t-il. Il ajoute, avec une certaine emphase : «Le processus d'édification n'a pas été assujetti à la fin des crises, mais il a été poursuivi en plein cœur de celles-ci avec confiance, volonté et prospective». Parmi les chiffres clés avancés, la croissance moyenne annuelle est passée de 2,1% sur la période 2016-2021 à 4,5% entre 2021 et 2025, avec une prévision supérieure à 5% pour 2026.
L'investissement public a été porté à 380 milliards de dirhams en 2026, en hausse de 65% par rapport à 2021. La nouvelle Charte de l'investissement, présentée comme une réforme majeure, a permis d'approuver 381 projets pour un montant global de 581 milliards de dirhams, créateurs de 245.000 emplois directs et indirects. Akhannouch précise que, depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle charte, 297 projets ont été approuvés pour 513 milliards de dirhams, contribuant à la création d'environ 201.000 emplois. Les investissements directs étrangers sont passés de 32,5 milliards de dirhams en 2021 à 56 milliards en 2025, soit une augmentation de 73%.
Le chef du gouvernement assume une vision volontariste : «Une économie forte ne se base pas uniquement sur les grands partenariats, mais a besoin aussi de la dynamique des petites et moyennes entreprises, eu égard à leur importance sur le plan de l'investissement. Ces entreprises représentent plus de 90% de notre tissu économique national et contribuent de manière directe à la dynamisation de l'emploi au niveau territorial, ainsi qu'à l'insertion effective du secteur informel».
Il détaille également le rôle des Centres régionaux d'investissement, qui ont reçu jusqu'à fin février 2026 un total de 209 projets, et les Commissions régionales unifiées ont approuvé 33 projets pour 483 millions de dirhams, devant créer environ 940.000 emplois directs. Ces chiffres appellent néanmoins plusieurs nuances. D'abord, la croissance post-Covid bénéficie d'un effet de rebond mécanique. Ensuite, la création d'emplois annoncée – près de 850.000 emplois nets sur la période – est en partie compensée par la perte d'emplois agricoles précaires liée à la sécheresse.
Enfin, l'accent mis sur les grands projets industriels (automobile, aéronautique et hydrogène vert) ne doit pas masquer la fragilité du secteur informel, qui continue de concentrer une large part de l'activité. Sur ce dernier point, Akhannouch affirme que la nouvelle charte permet «l'insertion effective du secteur informel», mais sans donner de chiffres précis sur le nombre d'entreprises informelles régularisées.
La souveraineté industrielle et énergétique : le grand pari
Akhannouch met en avant les avancées dans des secteurs stratégiques où le Maroc était historiquement dépendant. Sur le plan industriel, il revendique une «consécration de la souveraineté nationale» avec une hausse de 44,5% des exportations industrielles entre 2021 et 2025, atteignant 408 milliards de dirhams en 2025, portée par l'automobile et l'aéronautique.
Le gouvernement a poursuivi la réalisation et l'extension de zones industrielles, avec 64 projets représentant plus de 16 milliards de dirhams d'investissement, permettant d'ajouter 4.400 hectares de foncier industriel, soit environ 30% du capital national existant. Sur le plan énergétique, la part des renouvelables dans le mix électrique est passée de 37,1% à 46,1%. Surtout, le Maroc se lance dans l'hydrogène vert : «Nous avons mobilisé 1 million d'hectares de foncier industriel, dont 300.000 hectares dans une première phase, et reçu plus de 40 demandes d'investissement émanant d'opérateurs nationaux et internationaux. Huit projets ont été approuvés pour un investissement évalué à environ 43 milliards de dollars».
Toutefois, si le chiffre est colossal, il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'investissements potentiels, non encore réalisés, et le marché mondial de l'hydrogène vert reste émergent et très concurrentiel. Par ailleurs, face à la sécheresse chronique, le gouvernement a actualisé le programme national d'approvisionnement en eau potable et d'irrigation.
«Le coût global de ce programme a été porté de 115 milliards de dirhams à environ 143 milliards de dirhams», annonce Akhannouch. Il précise que la capacité de dessalement a atteint 415 millions de mètres cubes fin 2025, avec un objectif de 1,7 milliard de mètres cubes à l'horizon 2030, ce qui couvrira «environ 60% des besoins nationaux en eau potable». Il mentionne également la construction de sept grands barrages pour une capacité de stockage de 1,7 milliard de mètres cubes, ainsi que des projets majeurs de transfert d'eau entre bassins, comme entre le Sebou et le Bouregreg pour approvisionner l'axe Rabat-Casablanca, soit quelque 10 millions de citoyens. Ces annonces sont à la fois ambitieuses et nécessaires. Le Maroc est confronté à un stress hydrique sans précédent et le dessalement, malgré son coût énergétique et environnemental, apparaît comme une solution incontournable. Toutefois, la mise en œuvre effective de ces projets sur le terrain reste un défi logistique et financier.
La sécurité alimentaire : «un slogan politique ? Non, une politique concrète»
Akhannouch consacre un passage dense à l'agriculture et à la sécurité alimentaire, un sujet sensible après plusieurs années de sécheresse. «La sécurité alimentaire n'étant pas un slogan politique, mais une politique concrète qui se juge par l'impact effectif qu'elle a sur le citoyen», affirme-t-il. Il détaille la mise en œuvre de la stratégie «Génération Green 2020-2030» et le lancement d'un programme de soutien exceptionnel de 20 milliards de dirhams pour faire face aux changements climatiques.
Ce programme a permis de distribuer 27 millions de quintaux d'orge subventionnée et 8,5 millions de quintaux d'aliments composés aux éleveurs. Des mesures ont également été prises pour subventionner les intrants agricoles, avec des niveaux allant de 40% à 70% pour les semences, au profit d'environ 27.000 agriculteurs couvrant plus de 100.000 hectares. De plus, 650.000 tonnes d'engrais phosphatés et 3 millions de quintaux d'engrais azotés subventionnés ont été mis à disposition de plus de 160.000 agriculteurs.
En parallèle, le gouvernement a lancé un nouveau programme de reconstitution du cheptel national doté de 12,8 milliards de dirhams. Akhannouch se félicite que la valeur ajoutée agricole soit passée de 102 milliards de dirhams en 2020 à environ 110,5 milliards en 2025, en hausse de plus de 8%, avec une prévision de 130 milliards en 2026. Il mentionne également la signature de 19 contrats-programmes pour un investissement global de 110 milliards de dirhams, dont 42 milliards à la charge de l'Etat.
Ces chiffres montrent une mobilisation importante, mais ils ne doivent pas occulter la détresse persistante des petits agriculteurs non irrigués, ni la baisse des rendements céréaliers due à la sécheresse. Le discours d'Akhannouch met l'accent sur les aides d'urgence, mais la question structurelle de l'adaptation de l'agriculture marocaine au changement climatique reste entière, même si le programme «Génération Green» ambitionne d'y répondre.
L'Etat social : «Les droits sociaux ne sont plus une faveur»
C'est sans doute le chapitre le plus politique du discours. Akhannouch y défend l'héritage social de la mandature, en le présentant comme une rupture historique. «L'essence de la politique publique demeure unique : placer l'humain au cœur de toute décision et de toute réforme», déclare-t-il. «Nous pouvons affirmer aujourd'hui en toute confiance que nous avons réussi à réorienter la boussole des investissements vers les priorités sociales véritables». Il ajoute : «Les droits sociaux ne sont plus une faveur que l'Etat accorde quand il veut et retire quand il ne peut plus l'assurer. Ils sont désormais un droit constitutionnel que l'Etat s'engage à garantir et dont il endosse la responsabilité de toute faillite».
Concernant la protection sociale, 15,5 millions de citoyens supplémentaires bénéficient de la couverture médicale de base, et l'Etat a pris en charge «plus de 27 milliards de dirhams de cotisations au profit des catégories vulnérables dans le cadre du régime AMO-Tadamoune». L'aide sociale directe concerne 4 millions de familles, pour un montant distribué de 52 milliards de dirhams à fin janvier 2026. Akhannouch précise : «5,5 millions d'enfants et plus de 396.000 veuves, dont 308.000 sans enfants», bénéficient de cette aide. Il souligne que l'aide sociale directe inaugure «une page nouvelle dans l'histoire de la solidarité nationale», avec un ciblage plus précis et une gouvernance améliorée.
Dans le secteur de la santé, le budget a plus que doublé, passant de 19,7 à 42,4 milliards de dirhams. «La santé ne constitue pas une charge financière mais un investissement dans l'humain, dans la productivité et dans la dignité», martèle Akhannouch. «Un médecin démotivé et un hôpital sous-équipé ne sauraient offrir une prestation de santé digne du citoyen». Il détaille les investissements : mise à niveau de 1.400 centres de santé primaire de nouvelle génération pour 6,4 milliards de dirhams, puis une deuxième phase de 1.600 centres supplémentaires pour 6,8 milliards. La construction de 29 projets hospitaliers entre 2022 et 2025 a ajouté 3.168 lits, et 20 nouveaux hôpitaux sont en construction en 2026 pour 3.067 lits supplémentaires, avec 15 autres programmés.
Le gouvernement a également créé quatre nouvelles facultés de médecine, portant leur nombre à 11, et poursuit la généralisation des centres hospitaliers universitaires à toutes les régions d'ici 2027. En matière d'éducation, Akhannouch affirme : «Un Etat déficient en matière d'éducation de ses enfants réduit ses capacités à faire face aux défis futurs». Il annonce que l'enseignement préscolaire couvre désormais 80% des enfants, soit 985.000 bénéficiaires. Les «Ecoles de l'excellence» sont passées de 626 en 2023 à 4.626 établissements primaires, accueillant environ 2 millions d'élèves, avec un objectif de 80% des écoles primaires l'année prochaine.
Le modèle a été étendu au collège avec 786 Collèges d'excellence pour 677.586 élèves. Plus de 80.000 professeurs ont été formés à la nouvelle méthodologie, encadrés par plus de 960 inspecteurs. Akhannouch se félicite des accords avec les syndicats de l'éducation : le nouveau statut des fonctionnaires de l'Education nationale concerne 336.000 agents, le dossier des enseignants contractuels (114.000 professeurs) est «définitivement clos», et des hausses de salaire allant jusqu'à 1.500 dirhams ont été octroyées.
Le coût global de ces accords dépassera 17 milliards de dirhams à l'horizon 2027. Dans le supérieur, le statut des enseignants-chercheurs a été actualisé après plus de vingt ans d'attente, avec une hausse mensuelle de 3.000 dirhams nets. Ce volet social est le plus solide sur le plan des annonces chiffrées. L'aide sociale directe, en particulier, constitue une innovation de ciblage et de gouvernance.
Toutefois, plusieurs réserves s'imposent. La généralisation de l'AMO se heurte à l'insuffisance de l'offre de soins. Les hôpitaux publics restent encore engorgés et sous-équipés dans de nombreuses régions, et la question des ressources humaines n'est pas encore définitivement réglée. La revalorisation des enseignants, si elle est réelle, n'a pas encore produit tous ses effets sur la qualité pédagogique, et les grèves ponctuent encore le quotidien de l'éducation nationale. Enfin, le discours occulte les mouvements sociaux qui ont émaillé la période, notamment dans la santé, l'éducation et certains secteurs publics.
Emploi et dialogue social : «Un salaire décent est un levier essentiel du développement»
Akhannouch consacre un passage important à l'emploi et au dialogue social. Il annonce la création de près de 850.000 emplois nets entre 2021 et 2025, soit une moyenne d'environ 170.000 par an – un rythme deux fois supérieur à celui des périodes précédentes (64.000 par an entre 2011 et 2016, 90.000 entre 2016 et 2021). «Si la dynamique se poursuit, le nombre total des postes d'emploi créés dans les secteurs non agricoles dépassera le million à fin 2026», affirme-t-il.
Il met également en avant la structuration du marché du travail agricole : «Le nombre de salariés déclarés auprès de la CNSS est passé d'environ 283.000 en 2020 à quelque 470.000 en 2024, soit une augmentation de 66%». Il y voit une «mutation vers l'emploi décent». Sur le dialogue social, Akhannouch se félicite des accords signés avec les partenaires sociaux, ayant bénéficié à plus de 4,2 millions de salariés. «Des hausses importantes de salaire ont été adoptées dans les secteurs public et privé pour un coût global de 46 milliards de dirhams à l'horizon 2026». Il mentionne aussi la révision de l'impôt sur le revenu : «exonération des salaires mensuels inférieurs à 6.000 dirhams, baisse du taux marginal maximal de 38% à 37%, et relèvement de la réduction d'impôt annuelle pour charge de famille de 360 à 500 dirhams par personne».
Il conclut ce passage en affirmant : «Un salaire décent ne constitue pas uniquement une revendication sociale, mais est également un levier essentiel pour le développement économique». Les créations d'emplois annoncées sont significatives, mais elles doivent être nuancées avec l'augmentation de la population active et du taux de chômage qui, bien qu'en baisse, reste élevé chez les jeunes et les diplômés. Hélas, le discours n'en donne pas le chiffre actualisé. Le chef du gouvernement n'aborde pas non plus la question de la précarité des emplois créés, ni celle des licenciements dans certains secteurs.
Aménagement du territoire et régionalisation : «La dignité ne peut être morcelée»
Akhannouch insiste sur la nécessité de réduire les disparités territoriales. «La réforme qui s'arrête aux limites du centre ne saurait être une réforme globale, mais un avantage géographique en porte-à-faux avec l'ambition du Maroc de l'équité et de l'équilibre», lance-t-il.
Il énumère plusieurs avancées : les transferts annuels de quelque 10 milliards de dirhams aux régions, récemment révisés à la hausse à 12 milliards conformément aux instructions royales, la hausse de la part de TVA reversée aux collectivités territoriales de 30% à 32%, et la mise en œuvre de la nouvelle génération de programmes de développement régionaux et de plans d'aménagement du territoire. Il indique que le nombre de communes disposant d'un système intégré de services de base est passé de 502 à 743, soit une progression de 48%. Il mentionne également la création de quatre représentations administratives conjointes pour améliorer la coordination entre secteurs gouvernementaux au niveau territorial, et la simplification de 22 procédures administratives, ce qui a permis de réduire de 45% le temps de traitement des dossiers d'investissement.
«Chaque procédure simplifiée se traduit en un investissement encouragé et du temps gagné», affirme-t-il.
«L'objectif de tout cela est de préserver la dignité du citoyen où qu'il se trouve à l'intérieur de la patrie, parce que la dignité ne peut être morcelée, ni ne reconnaît de disparités géographiques», martèle-t-il. La rhétorique est forte, mais la réalité de la régionalisation avancée reste inachevée. Les régions disposent encore de marges de manœuvre limitées, et la tutelle centrale demeure pesante. Les écarts de développement entre les métropoles côtières et l'intérieur rural persistent, malgré les programmes de rattrapage. Le discours ne donne pas d'indicateurs précis sur la réduction des inégalités régionales en termes de PIB par habitant ou d'accès aux services.
La transformation numérique : «Maroc Digital 2030»
Le chef du gouvernement consacre un passage à la stratégie numérique, conformément aux Hautes Directives Royales. «Nous nous sommes attelés au lancement des premières phases pour la mise en œuvre de la stratégie "Maroc Digital 2030"», annonce-t-il. Les réalisations incluent le budget d'investissement du secteur passé de 11,7 millions de dirhams en 2021 à 1,7 milliard de dirhams en 2024, la création de 148.000 emplois dans le secteur, ainsi que le déploiement de la 5G, l'expansion du cloud computing, le développement de l'offshoring et le soutien aux startups.
L'objectif est de créer «240.000 opportunités d'emploi à l'horizon 2030». Akhannouch insiste sur l'importance de la formation de pointe au profit des jeunes, répondant aux critères mondiaux. L'ambition nationale affichée est à la hauteur des enjeux, mais sa concrétisation dépendra de la formation des ressources humaines, de l'attractivité du pays pour les investisseurs technologiques et de la capacité à créer un écosystème numérique dynamique hors des grandes métropoles.
Equilibres macro-économiques et reconnaissance internationale
Akhannouch dédie un long développement aux indicateurs macro-économiques et à la reconnaissance internationale. Il souligne que le déficit budgétaire a été réduit de 5,5% en 2021 à 3,5% en 2025, avec l'ambition de le ramener à 3% fin 2026. La dette publique est passée de 71,4% du PIB en 2020 à 67,2% en 2025, avec une prévision de stabilisation à 65,9% fin 2026. Les recettes ordinaires de l'Etat ont bondi de 256,2 milliards de dirhams en 2021 à 424,2 milliards en 2025, soit une augmentation cumulative de 195,1 milliards. Les recettes fiscales ont crû en moyenne de 11,5% par an sur la période, passant de 214,6 à 342,1 milliards de dirhams.
L'inflation, qui avait atteint 6,6% en 2022, est redescendue à environ 0,8% fin 2025, ce qui, selon Akhannouch, «a contribué à alléger la pression sur le pouvoir d'achat des ménages». Ces résultats ont valu au Maroc une reconnaissance internationale accrue. Le chef du gouvernement rappelle la sortie définitive de la liste grise du GAFI en 2023, le retour au «investment grade» par Standard & Poor's (notation BBB-/A-3), et la révision par Moody's en mars 2026 de la perspective de «stable» à «positive» tout en confirmant la note Ba1.
«Ces indicateurs que nous vous présentons peuvent être considérés comme l'acte de naissance d'une étape nouvelle, qui reflète la puissance en évolution de notre économie nationale et la solidité de ses fondements financiers», affirme-t-il. Il conclut ce chapitre en affirmant que le gouvernement a tenu son «engagement fondamental», celui d'«édifier une économie forte au service de la personne».
Le logement et le soutien à l'accession à la propriété
Un passage souvent négligé dans les synthèses, mais auquel Akhannouch accorde une importance symbolique, est celui du programme royal de soutien direct au logement. «Dans le même cadre, nous avons mis en œuvre le programme royal de soutien direct au logement, ce qui a permis à plus de 96.000 familles d'accéder à un logement décent, parce que le logement ne constitue pas un luxe, mais la base de la stabilité sociale et un fondement pour la dignité humaine». Il ajoute : «Ce processus constitue ainsi un véritable investissement dans l'avenir de la paix sociale et du développement humain». Ce programme, lancé en 2024, vise à remplacer l'ancien système de subventions indirectes et à faciliter l'accès à la propriété pour les classes moyennes et populaires. Toutefois, si le chiffre de 96.000 familles en un peu plus d'un an est significatif, il reste modeste au regard des besoins estimés.
Consécration internationale : la Coupe du monde 2030 comme symbole
Akhannouch conclut son bilan par un symbole fort, celui de l'attribution au Maroc de l'organisation de la Coupe du monde de football 2030, avec l'Espagne et le Portugal. «C'est un événement planétaire dont l'organisation n'aura pas été le fruit du hasard, mais la consécration naturelle d'un long cheminement d'actions, de réformes et de réalisations que notre pays a accumulées durant les dernières années», déclare-t-il. Et d'ajouter : «Il apporte la preuve éclatante que notre système national – politique, économique, de développement et social – est capable de relever tous les défis».
Ce clin d'œil final vise à fédérer l'opinion autour d'un projet fédérateur et à projeter le Maroc vers l'avenir. Mais l'organisation d'un tel événement représente aussi un défi colossal en termes d'infrastructures, de sécurité, d'hébergement et de coûts.


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