Président de l'Institut international d'études géopolitiques (IIEG). En collaboration avec les experts de l'IIEG (Institut international d'études géopolitiques) Le Grand basculement Alors que les regards du monde entier se sont focalisés sur les pourparlers d'Islamabad concernant la guerre en Iran, une autre négociation, bien plus vaste et déterminante pour l'avenir de la stabilité mondiale, se joue dans les coulisses du Grand hall du Peuple à Pékin. La récente poignée de main historique entre le président chinois Xi Jinping et la présidente du Kuomintang (KMT) taïwanais, Cheng Li-wun, n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une séquence diplomatique d'une précision chirurgicale, orchestrée par Pékin à l'aube d'un sommet crucial avec le président américain Donald Trump, prévu pour les 14 et 15 mai 2026. Les experts de l'IIEG, qui travaillent assidûment sur ce sujet crucial, soulignent que nous assistons à une redéfinition profonde des rapports de force. La guerre au Moyen-Orient a agi comme un catalyseur, déplaçant le centre de gravité stratégique américain et offrant à la Chine un espace inespéré pour consolider son influence, tant au Moyen-Orient que dans le détroit de Taïwan. Le Moyen-Orient comme levier stratégique La guerre en Iran a contraint les Etats-Unis à redéployer massivement leurs dispositifs militaires — porte-avions, Marines, systèmes THAAD et Patriots — hors du Pacifique depuis la fin février. Ce vide sécuritaire relatif dans la région indo-pacifique a été immédiatement identifié par certains analystes américains comme un «espace stratégique» offert à Pékin. Loin de se contenter d'une posture attentiste, la diplomatie chinoise a fait preuve d'un activisme remarquable. En utilisant son poids économique écrasant sur l'Iran — dont elle importe 1,5 million de barils par jour —, la Chine a joué un rôle déterminant pour pousser Téhéran vers un cessez-le-feu. Le président Trump lui-même a reconnu cette influence, confirmant que Pékin avait persuadé l'Iran de suspendre les hostilités. Comme le note l'AP, trois diplomates familiers des efforts discrets de Pékin ont confirmé que la Chine avait utilisé son levier pour inciter les Iraniens à revenir à la table des négociations. La séquence diplomatique chinoise : une précision chirurgicale 7 avril. Veto à l'ONU : La Chine bloque la résolution sur le détroit d'Ormuz, préservant son statut d'intermédiaire incontournable et protégeant ses intérêts énergétiques vitaux. 7 avril (suite). Cessez-le-feu : Elle incite l'Iran à accepter une trêve bilatérale, générant un capital de bonne volonté considérable auprès de l'administration Trump avant le sommet de mai. 10 avril. Rencontre Xi–Cheng : Alors que l'attention américaine est entièrement focalisée sur l'ouverture des pourparlers d'Islamabad, Xi Jinping reçoit la présidente du KMT au Grand Hall du Peuple. Taïwan : L'Evénement principal sous le masque de la diplomatie La rencontre entre Xi Jinping et Cheng Li-wun, la première à ce niveau depuis près d'une décennie, constitue le véritable positionnement pré-sommet de la Chine. En déclarant que «les compatriotes des deux côtés du détroit sont tous chinois, une seule famille» et en désignant l'indépendance de Taïwan comme le «principal coupable qui sape la paix», Xi Jinping envoie un message clair à Washington. Le choix du timing est d'autant plus stratégique que le parlement taïwanais, dominé par le KMT, vient de bloquer un budget de défense spécial de 40 milliards de dollars destiné au développement de capacités asymétriques. Ce blocage entrave directement la stratégie de dissuasion de la «Première chaîne d'îles», qui constitue le socle de l'endiguement américain face à la Chine. Comme le soulignent les experts de l'IIEG, Taïwan n'est pas un enjeu périphérique. C'est, selon les termes de notre analyse, «l'événement principal qui porte un masque». Bloomberg estime que Pékin utilisera la rencontre Xi–Cheng pour faire valoir que «le peuple taïwanais est favorable à des liens plus étroits», envoyant un signal direct aux Etats-Unis. Le New York Times, de son côté, considère que Xi s'en sert pour «se présenter comme un faiseur de paix et exercer une pression sur la présidente de l'île». Le Sommet de Mai : Une Négociation transactionnelle à hauts risques Le sommet prévu les 14 et 15 mai 2026 entre Donald Trump et Xi Jinping s'annonce comme un moment de vérité. La Chine arrivera à la table des négociations avec trois «reçus» diplomatiques majeurs : elle a facilité le cessez-le-feu en Iran, maintenu un canal de dialogue ouvert avec l'opposition taïwanaise, et s'est imposée comme la seule puissance capable d'influencer de manière décisive Téhéran. Face à un président américain réputé pour son approche transactionnelle, qui a vu ses alliés de l'OTAN refuser de s'engager dans le conflit iranien et qui a un besoin vital de sécuriser les chaînes d'approvisionnement en terres rares pour l'intelligence artificielle et la défense, Pékin fait un pari audacieux. La Chine espère convaincre Washington que la question taïwanaise doit être «gérée» par le dialogue bilatéral plutôt que par une politique de dissuasion militaire agressive. La Perspective de l'IIEG : Prévenir plutôt que guérir Les experts de l'IIEG, qui travaillent sur ce sujet crucial depuis plusieurs mois, insistent sur un point fondamental : la dynamique actuelle, si elle n'est pas encadrée par une diplomatie préventive robuste, porte en elle les germes d'une escalade incontrôlable. La guerre en Iran, le réarmement accéléré de Taïwan, les tensions commerciales sino-américaines et la fragilité du cessez-le-feu constituent un ensemble de variables dont l'interaction pourrait, à tout moment, produire un embrasement régional aux conséquences mondiales. La Chine, en se positionnant comme médiateur, joue un rôle ambigu. D'un côté, son implication dans la désescalade iranienne est objectivement positive pour la stabilité régionale. De l'autre, l'utilisation de cette médiation comme levier pour faire avancer ses propres intérêts — notamment sur Taïwan — soulève des questions légitimes sur la durabilité des arrangements qu'elle cherche à promouvoir. Une paix négociée sous la pression de rapports de force transactionnels reste une paix fragile. C'est pourquoi le Pôle prévention et résolution de conflits, en lien avec les travaux de l'IIEG, plaide pour l'émergence d'un cadre multilatéral de sécurité en Asie-Pacifique, impliquant des acteurs neutres et fondé sur les principes du droit international. La France, l'Espagne, voire le Royaume du Maroc qui a su développer une diplomatie de paix ou encore des organisations régionales comme l'ASEAN, pourraient jouer un rôle d'équilibre précieux dans un contexte où les deux grandes puissances — Etats-Unis et Chine — tendent à transformer chaque crise en terrain de compétition stratégique. Perspectives : Entre lucidité et urgence La vraie négociation ne s'est pas déroulée pas uniquement dans les salons de l'hôtel Serena à Islamabad. Le pays qui a su négocier un cessez-le-feu, bloquer un vote à l'ONU, garantir la libre circulation de ses pétroliers dans un détroit sous tension, et rencontrer le leader de l'opposition du partenaire stratégique le plus vital de l'Amérique — tout cela au cours de la même semaine — a démontré une maîtrise diplomatique redoutable. Dans ce contexte de volatilité extrême, où les crises régionales s'imbriquent pour menacer la stabilité globale, l'approche prônée par Khaled Hamadé et les experts de l'IIEG prend tout son sens. La paix ne peut résulter d'une simple dissuasion militaire ou de rapports de force transactionnels. Elle exige une diplomatie préventive, neutre et inclusive, capable de désamorcer les tensions avant qu'elles ne dégénèrent en conflits ouverts. C'est à ce prix, et à ce prix seulement, que l'humanité pourra préserver son avenir face aux périls qui la guettent. Références : [1] AP News — «Beijing calculates its next steps in Iran ceasefire ahead of Trump's trip to China», 10 avril 2026. [2] Le Devoir — «Première visite en Chine depuis dix ans de la cheffe de l'opposition taïwanaise», 6 avril 2026. [3] CNBC — «China's Xi invokes 'threat' of Taiwan independence in first meeting with KMT leader in a decade», 10 avril 2026. [4] Reuters — «Trump's trade war with China in focus ahead of May summit», 6 avril 2026. [5] The Guardian — «Who can claim victory if Iran ceasefire holds? An early winner is China», 9 avril 2026. [6] Brookings Institution — «Beyond trade: Issues in a Trump-Xi summit», 27 mars 2026. [7] Bloomberg — «Taiwan Plans Drills to Break Potential Chinese Energy Blockade», 12 avril 2026.