Trois manières, une même quête spirituelle. Du 21 avril au 23 mai, la galerie L'Atelier 21 à Casablanca présente «Une expérience-limite de la lettre», deuxième exposition personnelle de Larbi Cherkaoui. L'artiste plasticien et maître calligraphe marrakchi y explore la lettre arabe jusqu'à sa dissolution, du geste soufi à l'éclatement des fragments. Une invitation à célébrer l'invisible. À partir du 21 avril et jusqu'au 23 mai, la galerie L'Atelier 21 accueille la deuxième exposition personnelle de Larbi Cherkaoui, artiste plasticien et maître calligraphe né à Marrakech en 1972. Intitulée «Une expérience-limite de la lettre», cette manifestation se propose d'explorer la plasticité de la lettre arabe sous toutes ses formes, du geste le plus maîtrisé à la dissolution la plus audacieuse. Le vernissage aura lieu ce mardi 21 avril à partir de 19 heures, dans les murs de la galerie casablancaise, espace désormais bien connu pour son soutien aux créations contemporaines africaines et marocaines. Trois manières pour une même quête soufie Depuis trois décennies, Larbi Cherkaoui mène une recherche patiente et méticuleuse, qu'il élève au rang de «sacerdoce». Sa pratique, nourrie d'une spiritualité proche de la voie soufie, privilégie le chemin parcouru plutôt que l'objectif. Pour lui, réaliser une œuvre plastique est «une forme de prière». Le critique d'art Abderrahman Benhamza, qui signe le texte du catalogue, distingue dans cette exposition trois grandes orientations. La première, plus classique, s'inscrit dans la continuité d'un travail déjà reconnu : des lettres isolées, centralisées, traitées dans une binaire de rouge et noir, rehaussée de gris safranés ou orangés. L'artiste y approfondit son modelage lettral habituel, jouant sur le rythme, l'équilibre et le contraste. Ces œuvres rappellent la sépia des vieux manuscrits, avec leurs supports en peau marouflée sur bois, leur économie de tons et leur lumière contemplative. La deuxième manière, la plus abondante dans l'exposition, marque un véritable «sursaut d'innovation». Ici, la lettre se dissout, se pulvérise. Elle se mue en essaims de minuscules formes amorphes qui semblent se multiplier, se régénérer, se contaminer. Ces «nuages graphiques» flottent dans un espace panoramique, comme des bulles atmosphériques teintées de gris colorés. Selon Benhamza, Cherkaoui s'est «totalement libéré de toute normativité, de toute contrainte». Il n'interpelle plus l'intelligibilité de la lettre, mais l'occulte, l'efface, invitant à «une véritable célébration de l'invisible», selon la formule d'Abdelkébir Khatibi. Des fragments éclatés et un échiquier énigmatique La troisième manière est la plus déroutante. Les tableaux se présentent comme des assemblages de fragments de lettres que l'artiste fait éclater et disperse sur des petites tablettes, certaines volontairement vides. L'ensemble prend l'allure d'un échiquier codé, suspendu, où chaque case induit une coupure, une amputation, un arrêt. Le geste devient hypothétique, virtuel. L'œuvre n'est plus achevée «dans l'harmonie de la main et de l'esprit», mais se donne comme un champ d'expérimentation déconstruit, laissant au regard le soin de se frayer un sens. Cette mise en cause de la totalité de l'œuvre interroge : faut-il y voir la métaphore d'une pratique calligraphique arrivée à saturation et appelant à se renouveler ? Benhamza y perçoit «un nouveau souffle», une amorce réelle de renouvellement. Des supports traditionnels et une ouverture numérique Larbi Cherkaoui travaille essentiellement sur peau, support qu'il tient au henné pour créer des compositions où les lettres enchevêtrées imposent leur présence. Ses œuvres récentes se déclinent parfois en puzzles ou petits rectangles recouverts de peau. Parallèlement, l'artiste intègre des outils numériques – circuits électroniques – pour confronter la tradition calligraphique aux technologies contemporaines. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées, parmi lesquelles la Dalloul Art Foundation (Beyrouth), le Musée d'art contemporain de Tunis, le Musée d'Archéologie de Silves (Portugal), la Fondation ONA, Bank Al-Maghrib, Saham Bank, le Royal Mansour et La Mamounia. Il a participé à des foires internationales comme la 1-54 Contemporary African Art Fair et Abu Dhabi Art, et exposé en Belgique, au Royaume-Uni, en Autriche. Pratique L'exposition «Une expérience-limite de la lettre» est à voir du 21 avril au 23 mai 2026 à la galerie L'Atelier à Casablanca. Ouvert du lundi au samedi de 9h30 à 13h et de 14h30 à 19h. Entrée libre. Mounir Jerradi / Les Inspirations ECO