À Rabat, l'Auto-Moto Morocco Fashion Week (18-19 avril) injecte du carburant dans la couture. Caftans, robes de gala et lignes Ford composent un ballet où la mode appuie sur l'accélérateur. Suivez-nous sur WhatsApp Suivez-nous sur Telegram Hier, jeudi 16 avril, la troisième édition de l'Auto-Moto Morocco Fashion Week s'est annoncée sans podium, mais avec déjà ce qu'il faut de mise en scène : étoffes en mouvement, silhouettes affûtées, et en bande-son imaginaire, le grondement grave des mécaniques de légende. À la manœuvre, Imane Belmkaddem, cheffe d'orchestre d'un concept hybride encore inédit au Maroc : faire dialoguer la couture et la culture automobile sans passer par la case folklore. Accueillie par l'ambassadrice dans une ambiance où la diplomatie se détend sans se départir de sa précision, elle pose les bases. Ici, on ne juxtapose pas, on fusionne. Mode internationale, patrimoine automobile, narration technique et esthétique, le tout sous bannière culturelle. L'Amérique motorisée, avec Ford en figure tutélaire. Une évidence presque scolaire. Mais encore fallait-il la mettre en scène. Ford, ou l'histoire d'un monde mis sur roues, d'un design devenu langage universel. Sur le papier, ça pourrait sentir le musée. Sur place, ça promet plutôt l'expérience immersive. Et puis, il y a l'invité qui change la température de la pièce : Göran Alfredsson. Couturier suédois, silhouette discrète, pedigree massif. Quarante ans à habiller la monarchie, à commencer par la reine Silvia, sans jamais verser dans le spectaculaire gratuit. Une couture de tenue, au sens propre comme au figuré. Première fois au Maroc pour lui (et ça se voit). Enthousiasme sans filtre, regard happé par la lumière de Rabat, curiosité intacte. À Stockholm, son adresse de Karlavägen joue la carte du luxe silencieux, fréquentée par une élite qui n'a pas besoin de logo pour exister. Ici, il vient exposer, mais aussi observer. Point d'orgue annoncé : son défilé au Conrad Rabat Arzana. Une traversée en forme de collision esthétique : soies nordiques face aux lignes chromées, couture de cour face à l'imaginaire des highways américaines. On peut dire que l'équation est instable, mais c'est précisément ce qui la rend intéressante. Car derrière le slogan, Where Heritage Drives the Future, il y a une tentative plus sérieuse qu'elle n'en a l'air. Celle de fabriquer un espace où le caftan dialogue avec l'ingénierie, où l'héritage marocain ne sert pas de décor, mais de point d'ancrage. Une forme de soft power textile et mécanique, où Rabat se rêve en plateforme culturelle plutôt qu'en simple capitale administrative. Résultat ? Un happening borderline, entre salon d'esthètes et geste esthétique. Où les robes de gala croisent des carrosseries mythifiées, où la noblesse scandinave flirte avec l'aristocratie du fil et de l'aiguille marocaine. Une fois les moteurs allumés, la promesse tient la route. Et la mode, elle, accélère.