L'élevage africain dispose de ressources abondantes. Pourtant nourrir un troupeau absorbe 70% des revenus ruraux. Transformer la chaîne d'approvisionnement dépasse alors la simple logistique agricole. L'optimisation de la nutrition animale devient soudainement une stratégie efficace pour éradiquer le chômage et créer un million d'emplois. L'élevage génère 40% du produit intérieur brut agricole mondial et mobilise plus d'un milliard d'individus. La Conférence d'ouverture de la 18e édition du SIAM a permis d'examiner les stratégies de production animale en Afrique. Actuellement un défi structurel entrave le développement des exploitants du continent. En effet, les dépenses liées à l'alimentation du bétail pèsent pour 70% des charges totales, alors que les ressources en biomasse existent pourtant au niveau local. Le frein principal identifié provient d'une distribution inefficace et d'une dépendance aux importations internationales de matières premières. Par conséquent, l'optimisation des filières de nutrition animale s'avère nécessaire pour résoudre le problème. Une restructuration adéquate transforme le secteur en un levier économique capable de générer de nouveaux emplois ruraux et de garantir la souveraineté alimentaire des populations. Une restructuration générant 1 million d'emplois ruraux La transformation des modes de production offre de nouvelles perspectives économiques pour les populations rurales. L'alimentation du bétail dépasse le statut de simple intrant agricole pour devenir un moteur de développement industriel. Les analyses du CGIAR démontrent que la modernisation de la chaîne de valeur a le potentiel de créer plus d'un million d'emplois destinés à la jeunesse africaine. Les femmes bénéficieraient directement de 70% des nouveaux postes de travail. En outre, la demande mondiale de protéines d'origine animale enregistre une croissance continue, accompagnée d'exigences accrues en matière de qualité et de traçabilité des produits. Les pays du Sud affichent une augmentation de la consommation, contrairement aux pays du Nord où la demande en viande diminue. Ismahane Elouafi, directrice générale du CGIAR, a expliqué que les attentes des consommateurs diffèrent selon les régions, notant que les marchés du Nord privilégient les carcasses lourdes, alors que les marchés du Sud optent pour des carcasses légères, souvent en lien avec des pratiques festives traditionnelles. La préférence pour des animaux de petit gabarit limite l'exploitation totale du potentiel génétique des bêtes. L'élevage assure des revenus réguliers aux ménages et favorise l'implication des femmes dans l'économie locale. L'industrialisation de la filière de l'alimentation permet de rendre l'activité rentable et d'inciter la jeunesse à investir le domaine agricole. L'augmentation de la productivité peut multiplier les revenus des éleveurs par quatre. Le développement d'entreprises spécialisées dans la fabrication et la distribution de fourrage offre des débouchés concrets. Toutefois, le secteur souffre d'un manque d'attractivité dans les pays développés, où l'âge moyen des exploitants atteint 55 ans. Les difficultés d'accès au foncier et l'exode rural menacent le renouvellement des générations. Ainsi, la structuration des marchés garantit des prix rémunérateurs tout en développant la qualité sanitaire des denrées. Une rentabilité de 37 milliards de dollars via la prévention sanitaire De surcroît, l'interdépendance entre la santé animale, la santé humaine et l'environnement constitue le fondement de l'approche One Health, traduite par le concept d'une seule santé. Les données scientifiques établissent que 60% des maladies émergentes proviennent des animaux. La séparation des politiques sanitaires a entraîné la perte de 50 millions de vies et coûté 4.000 milliards de dollars au cours des deux dernières décennies. En outre, la résistance aux antimicrobiens représente un risque de santé publique capable de causer 10 millions de décès par an d'ici l'année 2050. Le réchauffement du climat, quant à lui, modifie la géographie des pathologies animales. En effet, la hausse des températures favorise l'expansion géographique de la fièvre catarrhale ovine, de la dermatose nodulaire ou de la fièvre de la vallée du Rift. Par conséquent, l'investissement dans la prévention au sein des exploitations agricoles présente des avantages financiers tangibles. Le financement des mesures préventives requiert dix fois moins de capitaux que la gestion des conséquences liées à l'inaction. L'application rigoureuse des normes de biosécurité génère un retour sur investissement annuel évalué à 37 milliards de dollars. L'alignement des politiques publiques, des mécanismes de financement et des programmes de recherche autour du principe One Health permet de décloisonner les administrations. La gestion durable des parcours et l'intégration des systèmes d'élevage nécessitent des filets de sécurité institutionnels. L'établissement de subventions ciblées et de systèmes d'assurance contre les aléas sanitaires protège les revenus des producteurs. Ainsi, l'anticipation des risques épidémiologiques garantit la stabilité des approvisionnements en protéines et la protection du cheptel sécurise l'ensemble de la chaîne de valeur alimentaire. Une réduction des émissions et 24 millions de tonnes de carbone séquestrées Parallèlement, les variations climatiques affectent directement la disponibilité des ressources naturelles nécessaires à l'élevage. La région méditerranéenne subit une baisse de la pluviométrie entraînant une dégradation des zones de pâturage et une diminution de la biomasse végétale. Le stress hydrique provoque une réduction estimée à 40% du débit estival des rivières. Cependant, l'activité agricole subit les effets du climat tout en offrant des solutions d'atténuation. En effet, les instituts de recherche déploient des solutions basées sur l'innovation génétique. Elouafi a précisé que le CGIAR a accompagné 20 millions d'agriculteurs en introduisant des méthodes d'alimentation adaptées aux conditions climatiques. Les techniques agricoles modernes permettent de restaurer les écosystèmes dégradés et de séquestrer jusqu'à 24,5 millions de tonnes de carbone. L'optimisation des rations alimentaires réduit les émissions polluantes de 10 à 20%. En outre, l'industrie fait face à une érosion de la biodiversité animale. Environ 60 à 70% de la production laitière mondiale repose sur une unique race bovine, alors que cinq races couvrent la majorité de la production commerciale de viande. La recherche scientifique a essayé de corriger le déséquilibre en créant des races adaptées aux contraintes environnementales. L'Institut national de la recherche agronomique au Maroc a développé la race synthétique «INRA 180» dans le but d'améliorer la tolérance thermique et la résistance aux maladies. Ainsi, les animaux fournissent des services liés aux écosystèmes, incluant la régulation de l'eau, la pollinisation et l'entretien des paysages pour prévenir les incendies. La réintégration de la culture végétale et de l'élevage améliore la fertilité des sols et accroît la conservation de l'eau. Des rendements laitiers atteignant 4.000 litres sous la stratégie nationale Ghaouti Lamiae, directrice de l'INRA, a souligné que l'amélioration de la nutrition animale engendre une augmentation quantifiable des volumes de production. La résolution des contraintes liées au fourrage transforme les rendements des exploitations. À titre d'illustration, la production de lait passe de 500 à 4.000 litres par vache avec un régime alimentaire équilibré. De même, le cycle d'élevage de la volaille diminue de 16 à seulement 6 semaines grâce aux formules nutritionnelles avancées. Le Maroc déploie un plan de reconstitution de son cheptel soutenu par la loi pastorale et la stratégie nationale Génération Green. L'approche gouvernementale traite l'alimentation du bétail comme une infrastructure nationale et non plus comme une série d'interventions isolées. Plusieurs pays adoptent des mécanismes spécifiques pour structurer leurs filières. La France s'appuie sur la Politique agricole commune pour soutenir les systèmes extensifs. Le Portugal valorise ses races locales pour différencier son offre sur le marché. La Côte d'Ivoire finance des programmes bovins pour limiter sa dépendance aux importations de viande. À ce propos, Ghaouti a expliqué que la recherche et le développement exigent des investissements proportionnés aux besoins des différentes régions du monde. Elle a noté que l'augmentation des rendements par unité animale répond aux besoins de consommation sans épuiser les ressources terrestres, soulignant que la segmentation des marchés valorise les produits issus des zones extensives. La rémunération des éleveurs pour les services environnementaux rendus renforce la viabilité économique des exploitations. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO