À l'ouverture du Forum de l'ECOSOC sur le financement du développement, Omar Hilale a réuni à New York les directeurs exécutifs de la Banque mondiale pour donner une nouvelle impulsion au partenariat entre la Commission de consolidation de la paix de l'ONU et l'institution de Bretton Woods. Le Maroc y défend une approche plus opérationnelle de l'articulation entre paix, résilience et financement. À New York, à l'ouverture du Forum de l'ECOSOC sur le financement du développement, le Maroc a remis sur la table une idée simple, mais décisive dans le débat multilatéral actuel. La paix et le développement ne peuvent plus être pensés séparément. En recevant les directeurs exécutifs de la Banque mondiale au siège des Nations Unies, Omar Hilale, ambassadeur représentant permanent du Maroc et président de la Commission de consolidation de la paix de l'ONU, a donné une nouvelle portée à ce dialogue stratégique entre l'architecture onusienne de paix et l'institution de Bretton Woods. Cette troisième édition du dialogue, après celles tenues à Washington en juin 2024 puis en septembre 2025, marque une étape supplémentaire dans la structuration d'un partenariat appelé à devenir plus concret. Le propos défendu par le président de la PBC s'inscrit dans une logique de continuité. Selon lui, la paix constitue le préalable du développement durable, tandis que l'absence de développement fragilise durablement les conditions de la paix. La fragilité au cœur de l'équation internationale Pour appuyer cette approche, Omar Hilale a rappelé qu'une majorité des populations vivant aujourd'hui dans l'extrême pauvreté se trouvent dans des contextes de fragilité, de conflit ou de violence. Ce constat, désormais central dans l'agenda international, conduit la Commission de consolidation de la paix à appeler la Banque mondiale à maintenir une attention soutenue à ces environnements. Le président de la PBC a d'ailleurs salué l'ambition de la vingt-et-unième reconstitution de l'Association internationale de développement, articulée autour de la prévention et de la résilience. L'enjeu n'est donc pas uniquement doctrinal. Il est aussi financier, institutionnel et opérationnel. C'est précisément sur ce terrain que le Maroc cherche à faire bouger les lignes, en défendant un rapprochement plus étroit entre les outils de financement du développement et les mécanismes onusiens de consolidation de la paix. La Centrafrique comme terrain d'application La récente visite de la PBC en République centrafricaine a servi de point d'appui à cette démonstration. Omar Hilale a mis en avant les avancées enregistrées à Bangui, qu'il s'agisse de la consolidation des conditions de sécurité, de l'extension progressive de l'autorité de l'Etat ou encore de l'engagement en faveur de la justice transitionnelle. Pour la présidence de la Commission, ces progrès doivent désormais être accompagnés de manière plus soutenue par la Banque mondiale. Dans cette perspective, quatre priorités ont été identifiées pour approfondir la coopération en soutien aux priorités nationales centrafricaines. Elles portent sur la mobilisation de financements accrus pour la réintégration communautaire, l'appui aux réformes dans les secteurs de la sécurité et de la justice ainsi que sur l'accompagnement de la démarche centrafricaine. Celle-ci a pour finalité de permettre l'accès à l'allocation pour la prévention et la résilience de la Banque mondiale. Parmi les autres objectifs visés, on peut également citer la consolidation du cadre quadripartite de suivi conjoint associant l'ONU, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et l'Union européenne. Le Maroc entend densifier le partenariat Au-delà du cas centrafricain, la réunion a permis de faire émerger un terrain d'entente plus large entre les participants. Le débat interactif ayant réuni les directeurs exécutifs de la Banque mondiale, le Bureau de la PBC et le Secrétariat a confirmé une convergence sur trois principes. L'articulation entre paix et développement, l'appropriation nationale comme boussole et le financement comme levier décisif. Omar Hilale a cherché à donner à cette convergence un contenu immédiat. Il a proposé quatre engagements concrets à mettre en œuvre sans délai. Il s'agit du partage systématique des notes de la PBC avec le Conseil de la Banque mondiale ; de la préparation conjointe des requêtes liées à l'allocation pour la prévention et la résilience ; de la co-organisation de sessions thématiques pendant la semaine de juin à New York ; et enfin de la mise en réseau des configurations-pays de la Commission avec les équipes fragilité, conflit et violence de la Banque mondiale. Une séquence diplomatique à haute portée politique Cette réunion s'inscrit aussi dans une séquence diplomatique plus large. Omar Hilale a annoncé la tenue, du 22 au 26 juin prochain, de la première Semaine onusienne de la consolidation de la paix à New York, sous le thème du partenariat pour l'innovation, l'inclusion et l'impact. Mandatée par l'Assemblée générale, cette rencontre coïncidera avec le vingtième anniversaire de la PBC. L'ambassadeur marocain a, à cette occasion, invité le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, à y prendre part, estimant qu'une telle présence enverrait un signal fort sur la centralité du partenariat entre l'ONU et la Banque mondiale. À travers cette initiative, le Maroc consolide sa place dans les équilibres du multilatéralisme. Le Royaume cherche moins à occuper une posture symbolique qu'à faire avancer une approche où les agendas politique, sécuritaire et financier cessent d'évoluer en parallèle. Dans un contexte international marqué par l'enchevêtrement des crises, cette ligne lui permet de se positionner comme un acteur de proposition au cœur des dispositifs onusiens de paix et de développement.