Porté par la transition énergétique et les ambitions bas carbone du Maroc, l'enseignement supérieur amorce une transformation doucement mais sûrement, de sa recherche et de ses pratiques. Entre émergence de nouvelles filières, adaptation des cursus et montée en puissance des partenariats, l'université est appelée à jouer un rôle clé dans l'anticipation des compétences de demain. Dans un contexte marqué par l'accélération des transformations économiques et industrielles, l'enseignement supérieur marocain se trouve aujourd'hui au cœur d'une recomposition profonde. La transition énergétique, portée par les orientations stratégiques du ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, ne se limite plus à un enjeu sectoriel, elle redéfinit progressivement les besoins en compétences et impose une adaptation du système de formation. Cette mutation s'articule autour de deux dynamiques complémentaires. D'un côté, l'émergence de filières industrielles nouvelles, notamment autour de l'hydrogène vert. De l'autre, une transformation plus transversale liée à la décarbonation de l'économie, qui touche l'ensemble du tissu productif. Face à ces évolutions, l'université est appelée à jouer un rôle central, à la fois comme espace de formation, de recherche et d'expérimentation. Une offre de formation en mutation progressive L'adaptation de l'offre de formation constitue l'un des premiers leviers mobilisés. Ces dernières années, plusieurs initiatives ont vu le jour pour rapprocher les cursus des besoins du marché du travail. C'est notamment le cas des instituts spécialisés comme les IFMEREE (Instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables), implantés à Oujda, Tanger et Ouarzazate, qui visent à former des techniciens et professionnels directement opérationnels dans les métiers des énergies propres. En parallèle, les universités ont multiplié les filières spécialisées, avec l'émergence de licences et de masters dédiés aux énergies renouvelables, à l'automatique ou encore aux technologies de stockage. Certaines institutions se positionnent déjà sur des segments de pointe. C'est le cas de l'Université Mohammed VI Polytechnique, qui développe des programmes orientés vers le stockage de l'énergie et l'hydrogène vert. Dans le même esprit, des formations comme le master en "Automatique et Energies renouvelables" à Fès incarnent cette transition. Ainsi, les cursus intègrent progressivement de nouvelles thématiques, à l'image de la mobilité électrique, du dessalement de l'eau ou encore des technologies bas carbone, bien que cette intégration reste encore inégale selon les établissements et les disciplines. L'université, acteur clé de la recherche appliquée Au-delà de la formation, l'enseignement supérieur est également mobilisé comme levier de production de solutions technologiques. La réforme portée par le Pacte ESRI 2030 vise précisément à renforcer le rôle de l'université dans le développement économique, en encourageant la recherche appliquée et l'innovation. Dans cette perspective, des initiatives structurantes émergent, à l'image du consortium national pour la transition énergétique, basé à l'UM6P, qui ambitionne de coordonner les efforts de recherche entre universités, centres de recherche et acteurs industriels. L'objectif est de favoriser l'émergence de solutions locales adaptées aux besoins du marché marocain, notamment dans les domaines de l'efficacité énergétique, de la valorisation des déchets ou encore des technologies propres. Cette dynamique s'appuie également sur le développement de partenariats public-privé, impliquant notamment le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable et plusieurs établissements universitaires. Ces collaborations visent à financer des projets de recherche et développement, tout en facilitant le transfert de compétences vers le tissu économique. Des campus appelés à montrer l'exemple La transformation de l'enseignement supérieur ne se limite pas aux contenus pédagogiques ou à la recherche. Elle concerne également le fonctionnement même des établissements, appelés à devenir des espaces exemplaires en matière de transition écologique. Dans ce cadre, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation a lancé plusieurs initiatives visant à réduire l'empreinte environnementale des campus. Un programme d'efficacité énergétique prévoit notamment la réduction d'environ 15% de la consommation énergétique dans une vingtaine de cités universitaires, grâce à des audits et à l'installation de systèmes de gestion intelligents. Parallèlement, des actions de sensibilisation se développent, à travers l'organisation d'universités d'été et d'événements dédiés aux enjeux climatiques, comme ceux organisés à Ben Guerir. Ces initiatives visent à renforcer la culture environnementale des étudiants et des cadres, en favorisant une approche collaborative et interdisciplinaire. Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte où le Maroc bénéficie d'une reconnaissance internationale croissante en matière d'action climatique, se classant notamment parmi les pays les plus performants dans l'édition 2026 du Climate Change Performance Index (CCPI). Pour autant, plusieurs défis subsistent. L'intégration des enjeux climatiques dans les cursus reste encore hétérogène, en particulier dans certaines filières traditionnelles. De même, la montée en puissance des projets industriels liés à la transition énergétique nécessite une accélération de la formation de profils spécialisés, notamment parmi les formateurs eux-mêmes. Dans ce contexte, certaines estimations institutionnelles évoquent un potentiel de création de plusieurs dizaines de milliers d'emplois à terme dans les filières liées à l'hydrogène vert. Une perspective qui renforce la pression sur le système de formation, appelé à anticiper des besoins encore en construction. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO