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Maroc : Haro sur le prosélytisme évangéliste
Publié dans Les ECO le 13 - 04 - 2010

Le 8 mars dernier, un communiqué du ministère marocain de l'Intérieur annonce l'expulsion d'une vingtaine d'étrangers, accusés de prosélytisme chrétien. Parmi les expulsés figurent 16 personnes, résidant et/ou dirigeant un orphelinat situé dans la commune de Aïn Leuh (province d'Ifrane dans le Moyen-Atlas, centre). Les expulsés, en majorité européens, dont cinq couples néerlandais et britanniques, ayant adopté des enfants, sont accusés de «mettre à profit l'indigence de quelques familles et de cibler leurs enfants mineurs qu'ils prenaient en charge, en violation des procédures en vigueur en matière de kafala (adoption) des enfants abandonnés ou orphelins», souligne le communiqué. «Sous couvert d'actions de bienfaisance, ce groupe s'adonnait également à des activités de prosélytisme visant des enfants en bas âge, n'ayant pas plus de dix ans», indique aussi le ministère, notant que, dans le cadre de l'enquête ordonnée par le parquet général, des centaines de prospectus et de CD ont été saisis. Cette mesure d'expulsion s'inscrit dans le cadre de la «lutte menée contre les tentatives de propagation du credo évangéliste, visant à ébranler la foi des musulmans», explique la même source. Ajoutant que le Maroc a agi «conformément aux dispositions légales en vigueur, pour la préservation des valeurs religieuses et spirituelles du Royaume».
Mise à profit de l'indigence des familles
Dès le lendemain, l'ONG d'obédience protestante évangélique Portes ouvertes, qui dirige l'orphelinat en question depuis dix ans, rend public un communiqué où elle récuse l'argument des autorités évoquant la mise à profit de l'indigence des familles et le ciblage de leurs enfants mineurs pris en charge. L'organisation indique que 33 enfants ont été «arrachés à leurs parents adoptifs», alors que l'orphelinat où ils se trouvaient «était régulièrement contrôlé et avait été dernièrement reconnu officiellement comme une institution sociale pour le bien des enfants. En accord avec le gouvernement marocain, les enfants suivaient les cours de l'enseignement scolaire national et apprenaient le Coran comme les autres enfants marocains. Les parents s'étaient engagés à ne pas leur enseigner la Bible, mais seulement à leur donner un foyer», explique encore Portes ouvertes. L'ONG exprime son inquiétude face à «l'augmentation des actes antichrétiens dans le Royaume du Maroc depuis quelques mois» et se demande si «le Maroc serait en train de faire marche arrière dans sa volonté d'ouverture et de respect des droits de l'homme». Il faut dire qu'un mois auparavant (le 4 février), les autorités avaient annoncé l'expulsion d'un missionnaire américain au motif qu'il était «en flagrant délit de prosélytisme chrétien». Cela se passait dans une maison privée à Amizmiz, une petite ville au sud de Marrakech (sud-ouest) : la personne mise en cause dispensait une formation biblique en présence de 19 personnes, en majorité des Marocains... «convertis». En décembre 2009, la police judiciaire d'Oujda (nord-ouest) avait aussi arrêté, dans la ville de Saïdia, 17 personnes dont cinq ressortissants étrangers (deux Sud-africains, deux Suisses et un Guatémaltèque). Ils ont été aussitôt expulsés pour avoir tenu des réunions publiques non autorisées visant la propagation de la foi chrétienne parmi les citoyens. Déjà, en mars 2009, cinq femmes d'origine européenne avaient subi le même sort et pour les mêmes motifs. Pour justifier ces décisions, le ministre marocain de la Communication, Khalid Naciri a déclaré que son pays est «sévère contre tous ceux qui se jouent des valeurs religieuses». Cette sévérité «a été aussi confirmée contre des musulmans de la Salafia Jihadia (mouvement islamique radical), du chiisme (les musulmans marocains suivent le rite sunnite malékite) ou des 137 maisons d'enseignement coranique qui se déployaient au Maroc contre la pratique musulmane dominante», a-t-il ajouté. Selon Khalid Naciri, également porte-parole du gouvernement, «ceux qui ont des yeux pour voir et un cerveau pour réfléchir savent que le Maroc a toujours été et demeure une terre d'ouverture et de tolérance». Pour preuve : «Toutes les églises ont pignon sur rue au Maroc et les chrétiens exercent librement leur culte», a poursuivi le ministre, soulignant que «les rares cas d'expulsion sont liés non pas à l'exercice du culte chrétien mais à des actes de prosélytisme».
L'église catholique condamne
Apportant son soutien aux autorités marocaines, Vincent Landel, l'archevêque catholique de Rabat, a estimé que les personnes expulsées «n'agissent pas selon la loi de l'église catholique. Ces évangélistes n'ont strictement rien à voir avec l'archevêché catholique». Selon lui, le prosélytisme consistant à forcer des personnes vulnérables à changer de religion est un «acte condamnable». Le prélat n'a pas omis de remercier, au passage, le Roi Mohammed VI pour «la liberté de culte dans leRoyaume», soulignant qu'au Maroc, «les églises sont ouvertes pour les chrétiens étrangers où ils peuvent exercer leur religion sans aucune restriction et se rassembler pour réfléchir et étudier la parole de Dieu». «Le Maroc est un pays de tolérance. On y pratique toutes les religions -musulmane, juive et chrétienne- sans contraintes, ni limites [...] Il n'y a pas de place pour la pratique du prosélytisme», a renchéri le rabbin Joseph Israël, président de la chambre rabbinique au tribunal de première instance de Casablanca. Cette reconnaissance de la relative ouverture du royaume en matière de liberté religieuse se trouve sur le site même de l'ONG Portes ouvertes où l'on peut lire notamment, sur la fiche pays consacrée au Maroc : «Le pays continue à s'ouvrir au pluralisme religieux. Les expatriés non musulmans ont le droit de pratiquer leur foi et les églises locales grandissent en nombre et en maturité». L'organisation met cependant un bémol qui peut justifier, de façon indirecte, les inquiétudes du gouvernement face à la montée de l'activisme religieux, toutes confessions confondues : «Cependant, les chrétiens n'ont pas le droit de parler de leur croyance en dehors des lieux de culte. Le fait de quitter l'islam est très mal vu et ceux qui se convertissent au christianisme s'exposent à des pressions familiales et sociales. Les tensions entre les musulmans sunnites et chiites se sont intensifiées en 2009, ce qui a eu pour conséquence de mettre un frein aux activités missionnaires de manière générale».
Liberté religieuse et/ou liberté de se convertir ?
Au Maroc, où la liberté religieuse est garantie par la Constitution, l'article 220 du Code pénal condamne toute tentative de convertir un citoyen musulman. Y a-t-il là une contradiction ? «Nullement, répond un responsable marocain. La liberté religieuse ne signifie pas la liberté de choisir sa foi». Traduction : cette liberté se limite à l'exercice du culte. Chrétiens ou juifs sont libres de pratiquer leur religion dans les églises et les synagogues mises à leur disposition dans le Royaume. Mais ils ne sont pas autorisés à faire du prosélytisme pour essayer de convertir des Marocains musulmans. L'article 220 du Code pénal marocain est d'ailleurs clair à ce sujet, qui stipule : «Est puni d'un emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 100 à 500 dirhams, quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à ces fins des établissements d'enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats. En cas de condamnation, la fermeture de l'établissement qui a servi à commettre le délit peut être ordonnée, soit définitivement, soit pour une durée qui ne peut excéder trois ans». Les chrétiens résidant dans le royaume qui tentent de convertir des citoyens marocains de confession musulmane se mettent donc hors la loi. Ils sont expulsés manu militari. Pourquoi ces expulsions se sont-elles multipliées au cours des deux dernières années ? Assiste-t-on à une montée d'intolérance religieuse dans le pays , où le Roi est considéré comme Amir Al Mouminine («Commandeur des croyants») ? «Non, répond le responsable marocain, on doit plutôt parler de recrudescence du prosélytisme chrétien, pratiqué de manière agressive par des groupes évangélistes». En clair : les expulsions sont une forme d'autodéfense contre des groupes d'activistes qui cherchent à diffuser la foi chrétienne par tous les moyens, y compris en exploitant la vulnérabilité des personnes.
© Avec accord express de New African mai-juin 2010.


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