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Sujet vs citoyen
Publié dans Le Soir Echos le 26 - 12 - 2011

Le Marocain, qui est sujet du roi, est asservi ; le Cubain ou le Nord-Coréen, qui sont citoyens de leur République, sont libres. Cette opposition sujet-citoyen, abstraite et érudite ailleurs, concerne les Marocains au premier chef. Toute une polémique gonfle depuis des années, à propos de ce prétendu archaïsme marocain.
Citoyen glorieux, sujet honteux, cet antagonisme schématique est récent. S'il touche à peine les Japonais ou les Britanniques, autres authentiques «sujets» sans culpabilité ni mauvaise conscience, et beaucoup les Marocains, c'est qu'il provient d'un débat français projeté dans beaucoup de pays arabes : le mythe révolutionnaire – le sujet des Bourbons devenu citoyen de la République – et son passé colonial : le citoyen européen de plein droit et le sujet colonial, soumis au code de l'indigénat. De ces deux histoires, il en ressort l'image colportée par le discours public : le sujet est historiquement «avant» le citoyen, et il lui est juridiquement et politiquement inférieur. Image singulièrement pauvre et inapte à rendre sa complexité au concept de sujet.
Sujet de la communauté, citoyen du territoire
Dans le lexique politique, arabe comme européen, le sujet est lié à la communauté : la ra‘iya du sultan, les ouailles du pape, sont le troupeau des fidèles que soigne le pasteur-souverain, et qu'il guide vers le salut. Cette vision «pastorale» s'enracine moins dans des structures tribales, nomades et soucieuses des parentés, que dans la culture monothéiste, indifférente aux espaces bornés, aux territoires d'empire, attentive avant tout au salut de la communauté des croyants.
Cette démarcation entre le citoyen de la cité et le sujet communautaire traverse l'histoire de l'islam.
L'opposition classique dans la pensée politique occidentale entre Athènes et Jérusalem, la raison philosophique et la révélation monothéiste, trouvent ici une de ses applications : le citoyen grec était lié à un territoire, la cité, comme le citoyen moderne le sera à la patrie. Le croyant juif est lié à une foi, et la diaspora dit assez combien ce lien fait peu de cas du territoire. Cette démarcation entre le citoyen de la cité et le sujet communautaire traverse l'histoire de l'islam. Lorsqu'au XIX° siècle, on se mit à parler de «watan», beaucoup y virent la fragmentation de la «ummah», communauté sans bornes ni frontières internes, dont le lien essentiel était fourni par la relation entre le croyant et le calife. Et en effet, l'histoire politique moderne du Moyen-Orient est en partie l'histoire d'une conversion : le sujet de la «ummah» devenant citoyen du «watan».
Concilier les deux principes
Cette conversion n'est pas une libération unilatérale, sans restes ni placards : passer d'une vision communautaire de la politique, fondée sur un lien personnalisé d'appartenance, à une vision territoriale, bornée par des frontières, consolidée par l'identité culturelle des patriotes, a un prix. Les sujets des Habsbourg ou des Ottomans sont devenus citoyens hongrois, turcs, arméniens ou israéliens, suite à une série de massacres, pogroms, nettoyages ethniques et génocides, dont le récit lassant fait l'essentiel de nos manuels d'histoire, et en partie aussi notre actualité médiatique.
Cette conversion du doublon sujet-communauté impériale à citoyen-patrie nationale, le Maroc ne l'a pas accomplie. Ou plutôt, il a superposé sur la relation des sujets au sultan une structure d'Etat-nation embryonnaire. Et le Marocain devint citoyen de la patrie tout en restant sujet du trône.
La difficulté est de faire coexister ces deux principes politiques. Elle n'est pas insurmontable, car ils ne se déploient pas sur le même plan. Sujet religieux et citoyen fiscal, sujet identitaire et citoyen électoral… les distinctions sont en réalité instinctives et enracinées, nécessitant à peine un aménagement théorique. Il a déjà été accompli par les Britanniques, dont l'histoire peut aider le Marocain à concilier ces deux identités, plutôt qu'à les opposer vainement. Et des Britanniques encore, on peut retenir cette leçon : c'est leur statut de sujets qui leur évitant les errements totalitaires de l'histoire continentale et préserva leurs libertés.
Paraphrasons le Marquis de Sade, grand défenseur des Républiques féroces et citoyennes : Marocains, encore un effort – citoyen – si vous voulez être des sujets…


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