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Pas facile d'être serveuse | Le Soir-echos
Publié dans Le Soir Echos le 01 - 11 - 2012

Dans beaucoup de cafés de Casablanca, des jeunes filles servent les clients avec un sourire forcé. Elles prennent leur pourboire en remerciant, ou alors sans dire un mot. Un métier pénible souvent pratiqué par des femmes en situation difficile.
Pour les femmes en situation difficile,
les cafés sont souvent l'unique recours.
Le métier de serveuse est une chose bien étrange, entre ses règles, ses exigences, ses rigueurs et ses difficultés. Un métier que toutes les femmes ne peuvent pas faire. Une mission que certaines accomplissent, parfois, mieux que les hommes. La gent féminine a conquis les cafés, dans presque tous les quartiers de Casablanca au grand bonheur de certains clients. Une femme au comptoir ou entre les tables d'un café populaire n'étonne plus. L'évolution de la société marocaine admet beaucoup aujourd'hui. « Dans les quartiers populaires, les patrons recrutent les filles lorsque les recettes sont faibles. C'est le moyen auquel ils ont recours pour attirer les clients » remarque Abdellah, un serveur au Diamant Bleu qui semble indifférent au phénomène.La nudité des épaules et des gorges, un buste généreux, un beau sourire constituent les atouts les plus importants chez une serveuse. Souriantes ou moins souriantes, attirantes ou non, leur présence dans les cafés gêne certains mais plaît à la grande majorité. Le client mâle est attiré, séduit, fidélisé et l'objectif du patron des lieux est atteint.
Est-ce ici que je dois être ?
Travaillant dans l'un des nombreux cafés du centre-ville, Nabila, 22 ans affiche une mélancolie évidente. Elle a été recrutée il y a presque un an. Le corps est ferme, la chevelure abondante mais le visage est fatigué. Malgré cet épuisement, son allure a quelque chose d'attrayant. Les habitués du café la connaissent bien. Elle passe le plus clair de son temps sur place. Le patron lui donne un salaire maigre pour assurer sa subsistance. Les pourboires sont son seul secours dans la vie. Mais qu'importe ! Tout est supportable quand on a un loyer à payer, des factures qui attendent et un enfant à nourrir. Assise devant un café crème, le menton dans les mains, Nabila regarde très loin, au-delà de la vitrine. C'est l'arrivée d'un client qui la tire de ses rêveries. Son regard semble dire : « Est-ce ici que je dois être ? ». Elle se lève en se traînant et a visiblement du mal à cacher sa gêne. « Je travaille ici parce que je n'ai pas le choix. Si je trouve mieux, je ne resterai pas ici une seule seconde. », confie-t-elle d'un air tranchant. Puis, elle change de ton et dit d'une voix faible qui trahit son embarras : « Ça va bientôt faire un an que je suis ici… Je ne sais pas ce que ressentent les autres filles qui travaillent comme moi... Mais je peux dire que pour une femme, faire ce métier c'est comme un suicide ».
L'enfer, c'est le regard des hommes
Dans une ville qui ne cesse de se déshumaniser, servir pour quelques sous, ne surprend plus personne. Un geste de désespoir, pour les jeunes filles comme Nabila. Un métier comme un autre, pour d'autres femmes, moins sensibles, moins honnêtes… En acceptant de faire ce travail, les serveuses se résignent à tout. Les horaires de travail ne les gênent pas. Ce qui les dérange surtout, ce sont les yeux braqués sur elles. À longueur de journée, elles se sentent enveloppées des regards masculins. Elles le savent, bien entendu. « Bien sûr qu'il y a des clients qui viennent ici pour me voir marcher. Le patron me dit toujours que je dois supporter tout cela. Je cherche un autre emploi. Mais jusqu'à présent, je n'ai encore rien trouvé... Ce qui me dérange c'est qu'on me suive tout le temps du regard. » avoue Karima, une nouvelle serveuse. Les serveuses dans les cafés ne se ressemblent pas. « C'est le seul travail que je sais faire. Je n'ai pas de diplôme. Mais je sais m'adapter. » explique Soumia d'un air excessivement prudent. Elle a été embauché depuis quelques temps. Elle est de ces serveuses qui se sont vite habituées et qui croient pouvoir déceler les intentions des clients juste en regardant leurs yeux. Le regard complice du patron du café soutient son idée. Elle se tait et va vers une autre table. Pour ces femmes en situation difficile, les cafés sont souvent l'unique recours, cela dit, il faut se garder de les juger car ce serait une grave erreur.
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