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Salim Jay : Daniel Fauchon et Sylvie Yvert : Deux façons de voir Marrakech
Publié dans Le Soir Echos le 17 - 05 - 2010

Les acteurs de la place Jemaa el Fna et de la médina de Marrakech ont trouvé en Daniel Fauchon le photographe humaniste dont les images nous changent de la représentation folklorisante à laquelle peu résistent. Elles ne me font pas oublier celles de Daoud Aoulad Syad dans Territoires de l'instant  (éditions de L'Oeil et la Croisée des chemins, 1999) qui, elles, me fascinent autant que les poèmes d'Ahmed Bouanani les accompagnant. 
Jemaa el Fna  Figures au présent  (Ibis Press, 2010)   montre les gens et les lieux au plus près de leur vibration intime. Daniel Fauchon s'intéresse à la circulation des âmes. En noir et blanc. Il capte la pudeur et en restitue l'éclat. 
Ce photographe qui vit entre Cesson et Marrakech   regarde et donne à voir «le rassemblement des hommes», c'est-à-dire la communauté des vivants. Des êtres reliés les uns aux autres et qui respirent entre la mémoire du passé, les flux du présent et les surprises que réserve l'avenir.
L'invitation au bonheur est promise par les oranges que considère avec patience celui qui les pressera. Quant au singe, Fauchon le dit «égal à lui-même». En dirait-il autant de chacun d'entre nous ?
Les charlatans, le photographe leur concède volontiers  «une mémoire ésotérique».
La musique est là : «En silence, j'écoute le chant du marteau, de la bigorne et du métal. Coup après coup, la feuille s'arrondit, prend du volume, devient objet». Les éclaboussures de lumière que Fauchon capture l'inspirent. Ses images sont remerciement. Ses mots veulent dire sa dette. On le suit beaucoup moins volontiers lorsqu'il évoque les «aficionados de la boite de cirage». Fauchon écrit : “entre deux coups de brosse à chaussures, (ils) rêvent de football“. Ne rêvent-ils pas plutôt d'une activité plus épanouissante et plus rémunératrice ? En tous les cas, les photographies les montrent tristes et graves.  
Les images de Daniel Fauchon sont souvent frontales. On n'oublie pas celles montrant le « maître du feu», le forgeron, le boucher, le rôtisseur et des musiciens qui nous donnent une leçon  de présence. 
Réalisés dans le strict respect du droit à l'image des personnes représentées, ces portraits possèdent toutes, un accent de vérité. Mieux, le lecteur-spectateur se voit changé en  protagoniste de cette fable existentielle puisque ces figures de Jemaa  el Fna sont chacune un fragment d'un miroir. Ailleurs, au Beldi Country Club, la Galerie (marrakchie) 127 organise du 15 mai au 15 juin l'exposition des photographies de Sylvie Yvert. Une réinterprétation drastique des silhouettes et des paysages, à Marrakech et dans  ses alentours. 
Aux antipodes de la photographie humaniste, ces images évoquent tantôt des tableaux tachistes, tantôt des aquarelles rêveuses. Il y a un « truc», que Sylvie Yvert rechigne à révéler entièrement, une étrange affaire de reflet.  
J'ai admiré les images de Sylvie Yvert rue de Grenelle, à Paris, mais, j'envie les Marrakchis qui les verront de retour chez elles.
L'artiste explique : «Après avoir longtemps tourné autour du reflet, mon  œil s'est un jour arrêté sur un support doué d'une dimension, d'une forme et d'un revêtement teinté spécifiques ; il s'agissait d'un support d'environ 20 cm situé à plusieurs mètres. Je me suis approchée, presque en état d'hypnose, et j'ai pris le premier cliché de cette série au plus près». 
«Cette vision indirecte révèle un monde disjoint, un peu déconstruit. Et s'il donnait à voir l'essentiel ? Les couleurs, plus profondes, les formes, arrondies, allongées, éclatées, le trouble induit par ces kaléidoscopes : tout concourt à faire du photographe un alchimiste qui serait passé de l'autre côté»   
Les personnages photographiés semblent, eux aussi, passés «de l'autre côté». Les ânes eux-mêmes sont comme énormisés, quoique floutés, mais justice leur est mystérieusement rendue. Ce qui m'a le plus ému, c'est d'avoir à imaginer les traits de deux femmes  dont le procédé photographique saisit en même temps qu'il les dessaisit,  penchées et s'activant.   Il n'y a à voir que des aplats anonymes. Pourtant, les couleurs chantent. Regarder exige d'inventer. Les arbres eux-mêmes stupéfient. Il ne manque à cette collection d'énigmes qu'une fable signée Ahmed Bouanani ou Jules Supervielle.


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