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Vers un deuxième acte de l'affaire Tiazi
Publié dans Libération le 22 - 01 - 2020

Hicham Tiazi est la preuve vivante qu'une carrière de plus de dix ans ne pèse pas bien lourd face à la polémique et l'acharnement des réseaux sociaux. Difficile de résumer autrement l'injustice subie par cet arbitre international de 44 ans. Une histoire marquée par l'incompréhension et l'incrédulité de l'intéressé mais aussi par la communication minimaliste des instances dirigeantes.
Tiazi, comme depuis des années, passait son samedi après-midi sur la pelouse d'un terrain du championnat marocain. C'était il y a un mois, quasiment jour pour jour. En ce 21 décembre, le Youssoufia de Berrechid rendait visite à l'Olympique de Khouribga. Une rencontre entachée de quelques erreurs arbitrales, à forte incidence sur le score final (4-1), en l'occurrence quatre penalties dont trois pour les locaux. Jusqu'ici, rien de nouveau sous le ciel de la Botola Pro.
Ce n'est une surprise pour personne, les erreurs d'appréciation et les difficultés dans la lecture du jeu des arbitres nationaux ne datent pas d'aujourd'hui. Elles sont légion et si les instances devaient radier à vie tous les arbitres auteurs de prestations médiocres, accrues d'une ou plusieurs erreurs majeures, le championnat marocain serait rapidement confronté à une pénurie d'hommes en noir. Et pourtant, aussi cruel et étonnant que cela puisse paraître, Hicham Tiazi a été radié à vie, à six mois de sa retraite, dans des conditions rocambolesques.
Rocambolesques, d'une part, car, d'après des sources concordantes, son superviseur lui aurait attribué un 7 sur 10 pour l'ensemble de son œuvre, ce qui est incohérent au regard de la sanction qui allait lui être infligée. Et d'autre part, parce que la sanction fut prononcée par la FRMF sans forcément prendre le recul nécessaire pour une décision d'une telle ampleur. Elle aurait été prise à vif et justifiée ainsi :«Hicham Tiazi, 44 ans, a été exclu à vie suite à de grossières erreurs d'arbitrage ayant affecté l'issue de la rencontre ».
Alors comment a été prise cette décision qui, toujours selon le communiqué, ne serait ni plus ni moins « qu'une application du règlement des sanctions et des mesures disciplinaires des arbitres et de l'article 6.2 du statut de l'arbitre et de l'arbitrage de la FRMF, sur la base du rapport de l'assesseur des arbitres soumis à la Direction nationale des arbitres » ? Un article qui à lui seul met en lumière la précarité de la fonction d'arbitre au Maroc. Le voici dans le texte : « Il peut être mis fin aux services d'un arbitre quel que soit son rang si les circonstances administratives et disciplinaires l'exigent sans aucune réclamation de sa part ni de droits financiers ou autres, ni de réparation de préjudices quelconques après épuisement des voies de recours internes autorisées par les règlements de la FRMF, CAF et FIFA ».
Edifiant ? Trop même.
En tout cas, pour revenir à notre question de départ, le débriefing du match aurait été réalisé par visioconférence. Le procédé peut a minima étonner, surtout quand il s'agit d'un cas aussi épineux.
D'ailleurs, l'intéressé a été pris de court comme il l'a lui-même rappelé à plusieurs médias nationaux, tout en exprimant une profonde incompréhension. « J'ai appris ma suspension à vie via le portail de la FRMF et les médias. », se désole-t-il. Et d'ajouter : « Je n'ai pas été convoqué par l'instance et je n'ai reçu aucun document expliquant les raisons de cette décision ». C'est justement la raison qui l'a poussé à faire appel. Mais quelle qu'en soit l'issue, le mal est déjà fait.
Il ne faut pas se leurrer. On se demande combien d'arbitres ont été suspendus à vie dans le monde et surtout pourquoi. Sur le continent africain, le précédent qui revient instantanément est celui des lourdes sanctions infligées, en 2018, par le jury décisionnaire de la CAF à 11 arbitres pour des faits de corruption. Autrement dit, quand la FRMF a radié à vie Tiazi, elle a créé un terreau fertile propice aux amalgames et aux raccourcis. L'homme s'en offusque d'autant plus que les conséquences vont au-delà de sa propre personne : « Ma famille et moi traversons une terrible épreuve. Malheureusement, on a enterré une carrière de 30 ans sans pour autant en révéler les raisons. C'est triste ».
En tout cas, une chose est sûre, Hicham Tiazi, qui se dit innocent, entend à tout prix éclairer les zones d'ombre qui entourent cette affaire notamment pourquoi une décision aussi cruciale a été prise sans qu'il puisse se défendre. Il demande légitimement à la FRMF de jouer carte sur table et d'apporter les preuves et les documents qui auraient motivé cette décision dont il dit : « Je suis prêt à assumer ma sanction si l'on prouve que j'ai failli à ma mission ». Le dénouement de cette affaire est prévu le 26 janvier courant. Hicham Tiazi est appelé à comparaître devant la Commission de discipline de la FRMF.


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