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Le virus de la discorde met à mal l'unité de l'UE
Publié dans Libération le 30 - 03 - 2020

Après la crise des migrants, la pandémie de nouveau coronavirus met à rude épreuve l'unité de l'Union européenne (UE), les pays du Sud dénonçant le danger de l'égoïsme de ceux du Nord pour l'avenir de l'Europe.
Confrontée à une crise sanitaire sans précédent qui mettra selon toute vraisemblance l'économie de l'UE à genoux, les 27 ne parviennent pas à s'entendre sur une riposte financière commune forte.
"Le climat qui semble régner entre les chefs d'Etat et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l'Union européenne", a mis en garde l'ex-président de la Commission européenne, Jacques Delors.
L'ancien ministre français de l'Economie, âgé de 94 ans, qui a dirigé l'exécutif européen entre 1985 et 1995, est sorti de son silence pour lancer un avertissement: "Le microbe est de retour".
Comme pendant la crise des dettes souveraines de la zone euro, commencée en 2010 dans le sillage de la crise financière de 2008, une ancienne fracture réapparait entre les pays du Nord, tels l'Allemagne et les Pays-Bas, aux finances publiques saines, et ceux du Sud, comme l'Italie, l'Espagne et même la France, accusés de laxisme budgétaire.
Le Premier ministre italien Giuseppe Conte, dont le pays est le plus touché au monde en nombre de morts (9.134), a appelé l'UE "à ne pas commettre d'erreurs tragiques". Sinon, "l'édifice européen tout entier risque de perdre sa raison d'être", a-t-il dit dans le quotidien italien il Sole 24 Ore de samedi.
Une inquiétude partagée par le président français Emmanuel Macron: "Nous ne surmonterons pas cette crise sans une solidarité européenne forte, au niveau sanitaire et budgétaire", a-t-il averti dans un entretien à des journaux italiens vendredi soir.
"Est-ce que l'UE, la zone euro se résument à une institution monétaire et un ensemble de règles, très assouplies, qui permettent à chaque Etat d'agir de son côté? Ou agit-on ensemble pour financer nos dépenses, nos besoins dans cette crise vitale?", questionne Emmanuel Macron.
L'Italie, l'Espagne et la France, ainsi que six autres pays de la zone euro, ont appelé cette semaine à un instrument de dette commun pour lever des fonds sur le marché au profit de tous les Etats membres.
La mutualisation des dettes des pays européens est depuis longtemps réclamée par les pays particulièrement endettés du Sud de l'Europe, comme l'Italie, mais elle est rejetée par les pays du Nord.
Pour des pays aux finances exsangues, il est plus difficile d'emprunter sur les marchés, les investisseurs, inquiets de leur solvabilité, exigeant des taux d'intérêt plus élevés pour leur prêter de l'argent.
Mais la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte ne veulent pour l'instant pas en entendre parler.
Ces deux dirigeants devront rendre des comptes sur les engagements pris pendant la crise devant leur Parlement et craignent qu'une telle solidarité avec le Sud ne profite aux partis populistes qui ont le vent en poupe dans leur pays.
Ils prêchent pour un recours au fonds de sauvetage de la zone euro (Mécanisme européen de Stabilité ou MES) qui pourrait octroyer une ligne de crédit aux Etats en difficulté.
Mais l'Italie, le pays le plus endetté de la zone euro (130% du PIB) derrière la Grèce, s'y oppose, car les prêts du MES sont habituellement soumis à des conditions strictes. En outre, elle craint que cela n'envoie un signal négatif aux marchés, donnant l'impression qu'elle est sous assistance.
Cependant, de plus en plus de voix s'élèvent aussi en Allemagne et aux Pays-Bas pour davantage de solidarité.
L'ex-ministre allemand des Affaires étrangères et de l'Economie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, s'est inquiété de voir "l'Europe se désagréger", dans un entretien au Bild, journal le plus lu d'Allemagne.
"Si nous ne sommes pas maintenant prêts à partager notre richesse alors je ne sais pas ce qui va advenir de cette Europe", a-t-il ajouté.
Et le président de la banque centrale néerlandaise, Klaas Knot, a lancé à l'attention de Mark Rutte: "La maison brûle. Tous les efforts doivent maintenant être portés sur l'extinction du feu".


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