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Spécial 40ème jour du décès d'Abderrahmane El Youssoufi : La culture, une source d'intérêt majeure pour El Youssoufi
Publié dans Libération le 08 - 07 - 2020

Abderrahmane El Youssoufi aux côtés de François Hollande et Mehdi Qotbi au MMVI.
Plus qu'un bagage de connaissances, un luxe ou un divertissement, Si Abderrahmane El Youssoufi a toujours considéré la culture comme étant l'essence même de notre vie, la condition de l'unité de l'homme. Il estimait qu'outre sa valeur intrinsèque, la culture pouvait apporter de précieux avantages sur le plan socioéconomique, améliorer notre qualité de vie et augmenter la sensation de bien-être. Il s'agissait, selon lui, d'un moyen de promotion du dialogue et de lutte contre l'ignorance et l'obscurantisme.
Il faut dire que le défunt a, tout au long de sa carrière politique, appelé à ériger la question culturelle à la tête des préoccupations et fait notamment partie de ceux qui ont été derrière la création du Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain (MMVI). «Ce musée est le fruit des résultats sur lesquels nous avons travaillé au moment de la formation du gouvernement que je présidais», avait-il déclaré en marge de sa visite à l'exposition rétrospective d'Alberto Giacometti, une visite symbolique qui incitait à inculquer aux Marocains, dès leur jeune âge, l'amour des arts et de la culture. «Notre attention a porté en premier lieu sur l'aide aux ingénieurs et ministres afin que tout un chacun, selon sa position, puisse jouer son rôle dans la valorisation de la chose culturelle», avait-il précisé, réaffirmant «le besoin du Maroc pour la culture». «Nous essayons d'agir ensemble pour que les Marocains visitent les musées et se cultivent eux et leurs familles», avait-il expliqué, appelant les intellectuels et hommes de médias «à jouer leur rôle dans l'encouragement des potentialités des différentes catégories sociales afin de faire de la culture la première source d'intérêt».
En effet, la visite d'Abderrahmane El Youssoufi au MMVI mettait en avant la centralité de la culture dans la vie, encourageait le Marocain à se rendre dans ces hauts lieux de l'art et de la beauté, et rappelait que les musées sont là pour tous les Marocains, tous âges et tendances confondus. «Cette visite reflète l'éducation en culture et en arts qu'El Youssoufi a reçue», avait déclaré M'Barek Bouderka, ancien membre de l'Instance équité et réconciliation, et compagnon de route d'El Youssoufi. «Elle constitue un enseignement pour le citoyen marocain, et un message aux responsables de l'éducation en général pour que l'amour des arts soit inculqué aux citoyens dès leur jeune âge», avait-il fait savoir. «Le défunt était de tous les vernissages au Musée Mohammed VI d'art contemporain de Rabat. Il ne ratait aucune exposition», témoigne, pour sa part, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, dans une déclaration à nos confrères de «Le360». «Mohamed Kacimi fait partie des artistes peintres avec lesquels le défunt avait noué une belle amitié. A son domicile était accrochée l'une des plus belles œuvres de Kacimi», confie Mehdi Qotbi. Et d'ajouter : «En 2001, pour la rétrospective consacrée à Mohamed Kacimi, Abderrahmane El Youssoufi, alors Premier ministre, était de la partie. C'est à cette époque que l'artiste lui a offert cette toile qui a été soigneusement préservée et mise en valeur chez lui».
Celui qui a dirigé le gouvernement de l'Alternance avait également un faible pour la littérature et nouait une excellente relation avec Mohamed Choukri. «Il était d'ailleurs derrière la réédition de son best-seller "Le pain nu"», souligne le journaliste tangérois Said Koubrit au micro de «Le360», avant de préciser qu'il aimait aussi encourager et soutenir les artistes de la jeune génération comme Ahmed Jarid, Azghai et Chafik Zougari, entre autres, et les surprenait agréablement en assistant aux vernissages de leurs expositions.
A Tanger, la ville natale de Si Abderrahmane, le galeriste Chokri Bentaouit se souvient des discussions passionnantes avec cet homme à qui il voue un grand respect. «C'était un homme très ouvert, serviable et humble. Il appréciait les artistes et était reconnaissant pour tout le travail qu'ils accomplissaient pour une vie culturelle épanouie au Maroc», souligne-t-il.
De son côté, le comédien Mohamed Choubi explique dans une déclaration à Libé qu'en plus d'être un homme sensible, «Si Abderrahmane El Youssoufi était un grand homme de culture, un homme d'une élégance intellectuelle et morale exemplaire». «Au temps du gouvernement d'alternance, il avait nommé Mohamed El Achaari à la tête du ministère de la Culture, un homme qu'il connaissait bien et connaissait ses compétences, et ils avaient, tous les deux, réussi à mettre en place un nouveau modèle de soutien à la création culturelle et artistique, à travers un fonds de soutien à l'édition et au livre, à la production théâtrale, à la musique et aux arts chorégraphiques, aux arts plastiques et visuels, ainsi qu'à l'organisation de manifestations culturelles et artistiques», a souligné Choubi. Et d'ajouter: «Il faut dire qu'en plus d'être profondément nationaliste et peut-être l'un des derniers nationalistes d'une telle envergure, Si Abderrahmane est un homme qui a beaucoup donné à la culture, aux artistes et aux intellectuels dans notre pays». «Il était aussi un féru de théâtre et de cinéma. Je me souviens très bien quand il venait régulièrement voir les productions théâtrales de Touria Jabrane», a-t-il précisé. Conscient de la place importante qu'occupent les arts et la culture dans le développement social et économique, El Youssoufi a toujours mis en avant l'importance de l'investissement du gouvernement dans les arts et la culture en plaidant pour l'instauration d'un soutien financier aux artistes et aux organismes culturels et a également déployé de grands efforts afin de stimuler la contribution financière du secteur privé dans le soutien à la culture.
Force est de constater qu'Abderrahmane El Youssoufi était bel et bien un personnage qui aimait les cultures, les hommes, l'échange, le partage et l'ouverture aux autres. Il n'envisageait pas le monde autrement que pacifié et estimait que le destin de l'humanité repose sur la capacité des peuples à porter les uns sur les autres un regard instruit et à faire dialoguer leurs différences et leurs cultures. L'engagement culturel est, selon lui, une passion. Passion d'apprendre et de transmettre. Passion de donner et de découvrir. Passion de soi, de son histoire, de son patrimoine, de ses racines et passion de l'autre, que l'on rencontre dans sa beauté et sa vérité.


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