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Diego Maradona Icône du football et de tous les excès
Publié dans Libération le 26 - 11 - 2020


Pour s'en réjouir ou s'en offusquer, le "Pibe de oro"a toujours suscité des réactions extrêmes L'un des plus grands footballeurs de l'histoire, Diego Maradona, mort mercredi à 60 ans, était un artiste à l'inspiration intarissable balle au pied, un génie du sport resté un demi-dieu en Argentine malgré ses excès en tout genre. Avec l'Albiceleste, il fut champion du monde en 1986 à la tête d'une équipe qu'il porta à bout de bras jusqu'au sacre dans le stade Aztèque de Mexico. Personne n'a oublié le but illégal, sa fameuse "main de Dieu", qu'il marqua en quarts de finale contre l'Angleterre. Pour s'en réjouir ou s'en offusquer, car "el diez" (le dix, son numéro de maillot), qui sombra dans la drogue et dans l'alcool une fois ses crampons raccrochés, a toujours suscité des réactions extrêmes tout au long de ses 17 ans en équipe nationale et au-delà. Ange ou démon? La polémique n'a jamais cessé. Un documentaire de 2019 sur sa vie s'intitulait ainsi: "Rebelle. Héros. Arnaqueur. Dieu". Le réalisateur, le Britannique Asif Kapadia, y racontait l'enfance du "Pibe de oro" (le gamin en or) des quartiers pauvres de Buenos Aires, sa ville natale, où il tomba petit dans le chaudron de la Bombonera, le stade de Boca Juniors, le club adoré des milieux populaires. Il revenait aussi sur ses années tumultueuses à Naples, son second club européen - après un court passage (1982-84) à Barcelone gâché par une grave blessure. En Italie du Sud, il redonna la fierté à une ville dominée depuis toujours par les grands du Nord, en remportant deux fois le "scudetto" (1987-1990). Sur le terrain, Maradona était un phénomène, un dribbleur insaisissable qui mystifiait toutes les défenses du haut de ses 165 cm grâce à son incroyable habileté (les images de ses époustouflantes séries de jongles à l'échauffement sont restées célèbres sur internet). Il était à la fois buteur (34 en 91 sélections), passeur et créateur de tous les instants, un peu comme son lointain héritier Lionel Messi. "Il nous laisse mais il ne s'en va pas, parce que Diego est éternel", a réagi le Barcelonais. L'un des buts qui résume le mieux son talent est celui qu'il marqua contre les Anglais, dans le même match que celui de la "main de Dieu": il passa en revue toute la défense en partant du milieu du terrain pour donner à l'Argentine une victoire hautement symbolique, quatre ans après la Guerre des Malouines. Jusqu'à l'émergence de son compatriote Messi, son seul rival pour le titre de meilleur joueur de tous les temps était Pelé. "J'espère qu'un jour nous pourrons jouer ensemble au ciel", a écrit sur Instagram le Brésilien, qui appartenait à la génération précédente (80 ans). Parmi les milliers de clichés qui ont illustré sa gloire, on retient celui de la finale de 1986. Dans le mythique stade Aztèque de Mexico, au sommet de son art, il n'est qu'un immense sourire brandissant le trophée mondial. Il en est d'autres moins glorieux, comme celui du 26 avril 1991 qui le montre hirsute, bouffi, mal rasé, l'œil éteint, sortant de son domicile à Buenos Aires entouré de deux policiers venus l'arrêter pour détention et consommation de cocaïne. C'était le début de la déchéance, des déclarations tapageuses, des outrances de tous ordres, entrecoupées des retours médiatiques au premier plan soigneusement orchestrés par un entourage sans scrupules. Les cures de désintoxication allaient désormais alterner avec les rechutes. Après avoir goûté à la drogue dans les quartiers chauds de Barcelone, son accoutumance ne faiblit pas pendant ses années de gloire à Naples (1984-1991). En Italie, il paya cher une célébrité qu'il ne sut jamais gérer. Sali par les scandales, sous le coup d'une suspension de deux ans pour un contrôle antidopage positif au Mondial-1994 dont il fut exclu, il quitta officiellement le monde du football, à 37 ans, le jour de son anniversaire. Loin des stades, la déchéance s'accéléra. En 2000, il fut hospitalisé à Punta del Este, célèbre station balnéaire d'Uruguay, pour une crise cardiaque liée à la drogue. Remis, il partit à Cuba en cure de désintoxication. Quatre ans d'allers et retours entre l'Argentine et sa seconde patrie n'allaient pas réussir à le guérir durablement de sa dépendance à la cocaïne. En 2004, l'année de son divorce avec Claudia Villafañe, mère de deux des huit enfants qu'il a finalement reconnus -ses filles Dalma et Giannina-, il frôla la mort après un accident cardiovasculaire. L'année suivante, il subit à Bogota une opération chirurgicale destinée à réduire la capacité d'absorption de son estomac pour lutter contre l'obésité. Il perdit en effet près de 50 kilos et l'Argentine voulut à nouveau y croire. Fin 2005, charmeur et en forme, il battit des records d'audience avec son émission télévisée "La nuit du 10" où il invita notamment Pelé. Mais il se mit bientôt à boire et à fumer, et grossit de nouveau. Une crise hépatique le ramena à l'hôpital en 2007. Une fois encore, il s'en sortit et reprit du service dans le football, sur le banc. Nommé sélectionneur de l'équipe d'Argentine en 2008, il fut écarté deux ans plus tard pour mauvais résultats. Par la suite, il entraîna deux clubs émiratis avant de s'engager en tant que président du club bélarusse du Dinamo Brest (D1) en 2018. La même année, il devint entraîneur des Dorados de Sinaloa (D2 mexicaine) avant d'en claquer la porte avec fracas huit mois plus tard à cause d'un pénalty non sifflé pour son club. Maradona dans toute sa splendeur.

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