Espagne : L'expulsion d'une Marocaine annulée pour violation du droit à la défense    Revue de presse de ce lundi 6 avril 2026    La Bourse de Casablanca débute sur une note positive    Fatourati QR : le CMI accélère la révolution du paiement digital au Maroc    Maroc : Colorado accélère sur la peinture écologique et s'impose dans les projets HQE    Chine : des indicateurs solides pour le secteur des logiciels en ce début 2026    Akhannouch au Caire pour accélérer le partenariat stratégique Maroc-Egypte    L'Iran dit se préparer à imposer des conditions pour la circulation à Ormuz    UNAF : La sélection du Maroc U17 remporte le tournoi    Yassine Gessime y Samir El Mourabet: Los dos Leones de Alsacia    Ceuta y Melilla: El partido separatista rifeño defiende la «soberanía de España»    The Rif Separatist Party defends Spain's «sovereignty» over Ceuta and Melilla    Maroc : averses, vents et chaleur marquent la météo de lundi    Yassine Gessime et Samir El Mourabet : Les deux Lions d'Alsace    Marathon des Sables: Mohamed El Morabity et Maryline Nakache remportent la 1e étape    UNAF U17: Le Maroc sacré champion    Grand Prix Hassan II: A 19 ans, l'Espagnol Rafael Jódar la 40e édition    Réforme des retraites: le gouvernement accepte la demande de report des syndicats    Ceuta et Melilla : Le parti séparatiste rifain défend la «souveraineté de l'Espagne»    Liban: la Finul prévient que les tirs près de ses positions "pourraient entraîner des ripostes"    Le Chef du Gouvernement en visite au Caire pour renforcer le partenariat Maroc–Egypte    Larache: caravane médicale organisée par la MGPAP    Khénifra : un forum pour guider les élèves vers des choix post-bac    Akhannouch : «Le gouvernement a achevé le programme de réhabilitation de 1.400 centres de santé»    CasablancaRun: Près de 8.000 participants à la 5è édition    Maroc – Egypte : Relance de la commission mixte sur fond de tensions persistantes    inwiDAYS 2026. L'IA comme nouveau moteur de l'innovation    Marathon des Sables opens with intense 35.1 km stage as El Morabity brothers lead    Décès de l'ancien ambassadeur marocain Aziz Mekouar    Déchets industriels : une manne de milliards dans le viseur des douanes    Strasbourg : Samir El Mourabet claque un but exceptionnel et confirme    Casablanca : Le consulat des Etats-Unis déménage à Casa Finance City    Tindouf : Les minorités tribales protestent, la majorité proche de l'Algérie observe le silence    Le temps qu'il fera ce dimanche 5 avril 2026    Guterres appelle à intensifier la lutte contre les mines antipersonnel    Le Roi Mohammed VI félicite le président sénégalais à l'occasion de la fête d'indépendance de son pays    RNI: «La Voie de l'Avenir» en mode féminin    Agadir : Un professeur de l'Université Ibn Zohr condamné pour vente de masters    La 21e édition du festival international des nomades s'ouvre à M'Hamid El Ghizlane    Radisson Pursuit : une course immersive au Maroc pour une cause solidaire    Iran. Deux nouvelles exécutions d'opposants aux mollahs    Epic Fury. Les Américains ont récupéré les deux membres d'équipage de l'avion abattu    Marrakech : le théâtre universitaire fait sa rentrée des consciences    Art.ibat : la Cité internationale des arts ouvre ses portes aux artistes marocains    Orchestre symphonique du Maroc : un concert pour l'éternité    Mode au Bénin : 5 créateurs qui redéfinissent le luxe    Maroc : Bob Maghrib revient sur scène tambour battant    Musique : Sylent Nqo en duo inédit avec Mann Friday    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Faire réussir et éduquer, mission impossible ?
Publié dans L'observateur du Maroc le 21 - 01 - 2013


Par : Abdejlil Lahjomri
Dans une école de formation d'enseignants, un professeur de sciences de l'éducation avait intitulé son séminaire : « Grandeurs et Misères de la profession enseignante ». Les apprentis professeurs allaient très vite se rendre compte qu'il allait y être question de beaucoup de misères, d'interrogations et de peu de grandeurs. Un peu plus avant dans sa formation le futur enseignant rencontrera Freud qui lui dira que trois métiers sont des missions impossibles : gouverner, éduquer, soigner.
Certains praticiens de l'éducation affirmeront que « faire réussir » est une mission possible, et apporteront pour cela des exemples édifiants.
Faire réussir ou éduquer est fort possible. Mais
« faire réussir et éduquer » : tous diront que c'est une utopie. Cette interrogation est un paradoxe puisqu'elle présuppose que l'école peut être à la fois le lieu qui prépare à la réussite professionnelle, à la promotion sociale et qui en même temps éduque, élabore un processus « d'adaptabilité » pour une participation éthique dans la vie de la cité. Ce paradoxe au cœur de la problématique de l'éducation, fonde toutes les réformes.
Réfléchir sur « faire réussir et éduquer », c'est réfléchir en fait sur pourquoi les réformes n'ont pas cessé d'échouer, pourquoi toutes les innovations didactiques qui feraient de cette équation une équation viable, sont restées vaines.
Si des formateurs nous disent que « faire réussir » est une mission possible, c'est parce que l'école : c'est des enseignants, des élèves, et une relation entre eux de transmission d'un savoir. Et cette transmission peut réussir, réussit sans aucun doute. Le maitre transmet à l'élève non seulement un savoir mais parvient à l'y faire réussir. Souvent il réussit aussi à lui « apprendre à apprendre », à apprendre à réussir. Certes, la tâche n'est pas facile, mais réussir à transmettre un socle de connaissances, un socle de compétences, est possible.
Mais « éduquer », leur parait une mission impossible, parce que comme le dit Michel Serres, l'éducateur est un « passeur de l'entre-deux, de l'entre « deux rives » : de la rive de l'enfance, à celle de l'âge adulte, de la rive du milieu familial, à celle de la responsabilité sociale. La réussite, si elle n'est pas impossible se révèlera précaire.
« Faire réussir et éduquer » serait une utopie parce que l'école doit faire acquérir des socles de compétences, mais aussi, et en même temps, avec la même efficacité piloter le passage d'une rive à l'autre.
Mais les rives sont mouvantes. Le changement est rapide, et le rythme du changement, vertigineux.
Il faudra alors que l'école s'adapte au « changement du rythme de changement lui-même », imaginer une éducation au changement. Comme le propose l'une des multiples réformes, elle ne doit plus seulement
« dispenser des connaissances, les savoirs – faire », mais les « savoirs – être » qui donnent à chacun les moyens de faire face aux situations nouvelles. Mais cela, dans l'état actuel des choses, l'école ne sait pas encore faire. Elle doit en plus « soutenir les plus faibles, tout en encourageant les meilleurs à se dépasser ». Elle devrait contribuer à la fois « à l'élévation du niveau général de la population et au recrutement social élargi des élites ». La recherche de l'équilibre entre les plus faibles et les plus « méritants », l'éducation au changement, l'acquisition d'un socle de compétences, « l'adaptabilité » des « savoirs – être » sont toutes tâches si elles sont hâtivement engagées font de l'école « un opérateur produisant de l'échec ».
L'organisation des parcours scolaires, l'orientation, l'évaluation, la prise en compte des choix propres des élèves, l'équation « éducation – formation – emploi », le redoublement, ou non l'organisation du soutien à ceux qui ne montrent pas d'aisance dans la maîtrise des socles de compétences, autant de solutions à imaginer, de didactiques à innover, pour que le fameux « contrat individuel de réussite scolaire » ne soit pas une illusion, mais offre plus d'ascension sociale, que d'exclusion.
Le défi selon un penseur serait de réussir la promotion de tous, avec, en même temps l'inévitable sélection des élites. Cela aucune réforme ne semble pour l'instant l'avoir réussi. Parce qu'aucun système éducatif ne dispose en lui-même d'un « mécanisme d'adaptation » qui l'aiderait à piloter sa dynamique interne face au changement social, économique, technologique, scientifique imposé par la modernité. Aux lendemains de l'indépendance, l'instance éducative, en optant légitimement pour une unification du système éducatif, sa marocanisation, sa généralisation, et en instaurant un « bilinguisme de fait » est parvenue à
« faire réussir» toute une génération qui a pris en main les destinées du pays. Un enfant né dans un village de l'Atlas pouvait devenir un professeur de médecine réputé. « Faire réussir, paraissait une mission possible ». Qu'est ce qui a fait qu'il le peut de moins en moins ? C'est parce qu'au moment où la société s'épanouissait dans un désir de modernité, l'instance éducative décidait d'un aménagement linguistique hâtif et qu'aucun mécanisme dans le système éducatif ne s'est mu pour l'alerter sur le danger qui le guettait. Cet aménagement linguistique finit par accoucher d'une situation qui en fait n'a pas permis au système éducatif de répondre à l'interrogation lancinante : quelle langue d'enseignement, quel enseignement de langues ? L'action de l'éducateur s'inscrira donc inévitablement dans une dynamique périlleuse de la diversité et de l'unité. Il aura à penser d'abord son action dans ce chemin chaotique de la diversité interne vers plus de stabilité. Et aussi de contribuer à plus de cohésion et d'harmonisation des diverses composantes d'une identité qui se veut et est déjà plurielle. Tant que cet aménagement linguistique n'invente pas une pédagogie des langues, et reste ainsi en suspens, « faire réussir et éduquer », serait une mission impossible. Les apprentis-enseignants confièrent dans un moment de fatigue à leur maître leur découragement. Il leur rappela la phrase de Samuel BECKET : « Vous n'avez cessé d'essayer ? Vous n'avez cessé d'échouer ? Aucune importance. Réessayez, échouez encore, échouez mieux ».


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.