Les contestations des avocats franchissent un nouveau palier. Opposée au projet de loi encadrant la profession, l'Association des barreaux du Maroc (ABAM) a décidé de prolonger le mouvement de grève et de renforcer ses formes de mobilisation, à la veille de l'examen du texte par le Conseil de gouvernement. Réunie en session extraordinaire, mardi 6 janvier 2026, l'ABAM a acté la reconduction de la grève pour les jeudi et vendredi 8 et 9 janvier, après un premier arrêt de travail observé le 6 janvier dans l'ensemble des juridictions du Royaume. Cette décision s'accompagne de la suspension temporaire des missions officielles des bâtonniers en exercice durant la même période, annonce un communiqué de l'ABAM. Selon l'Association, cette réunion avait pour objectif d'évaluer le déroulement de la mobilisation et de réagir à l'inscription du projet de loi relatif à la profession d'avocat à l'ordre du jour du Conseil de gouvernement prévu le 8 janvier. Une initiative gouvernementale perçue par la profession comme un passage en force, dans un contexte de désaccords persistants. Objet de désaccord L'ABAM s'est par ailleurs félicitée de « la forte adhésion des avocates et avocats au mot d'ordre de grève », soulignant « une mobilisation qualifiée de large, disciplinée et respectueuse des décisions des instances professionnelles ». Pour l'Association, ce mouvement constitue un message clair adressé aux pouvoirs publics sur le rejet catégorique du texte en l'état. Au cœur de la contestation, un projet de loi jugé attentatoire à l'indépendance de la profession. Les avocats dénoncent une élaboration qu'ils estiment dépourvue de réelle concertation, en rupture avec la méthodologie participative initialement annoncée. Ils reprochent également à la tutelle de vouloir accélérer l'adoption d'un texte qu'ils considèrent non consensuel, malgré les réserves exprimées par la profession. Le bras de fer s'est durci après le rejet unanime du projet par plusieurs barreaux, dont celui de Casablanca. Le 23 décembre 2025, l'ABAM avait officiellement refusé la version finale du projet de loi n°23-66 transmise par le secrétariat général du gouvernement, estimant qu'elle ne reflétait pas les compromis issus des discussions menées sous médiation parlementaire. L'Association avait alors exigé le retrait pur et simple du texte. Dans ses communiqués successifs, l'ABAM affirme que certaines dispositions du projet portent une atteinte grave aux principes fondamentaux de la profession. Elle rappelle que l'avocat ne saurait être assimilé à un simple auxiliaire administratif, mais qu'il exerce une mission essentielle à la protection des droits et des libertés, au cœur même de l'Etat de droit. La tutelle mise en cause Sur un ton ferme, l'Association impute la responsabilité du blocage au ministère de la Justice, critiquant « la conduite du dialogue et l'intervention d'acteurs jugés extérieurs au processus législatif ». Elle appelle à un strict respect des prérogatives institutionnelles et à une reprise du dialogue sur des bases claires et concertées. En parallèle de la prolongation de la grève, l'ABAM a annoncé l'organisation prochaine d'une marche nationale, dont les modalités seront précisées ultérieurement. L'association invite également les avocates et avocats à se préparer à des formes de mobilisation plus soutenues, en fonction de l'évolution du parcours législatif du projet. L'Association indique enfin rester en réunion permanente afin de suivre les développements liés à l'examen gouvernemental du texte, réaffirmant sa détermination à défendre les acquis de la profession et son indépendance face à toute réforme imposée sans consensus.