L'offensive militaire américano-israélienne contre l'Iran, survenue en février-mars 2026, a agi comme un électrochoc planétaire. Au-delà de l'épisode guerrier, c'est la fragilité de l'architecture énergétique et sécuritaire mondiale qui a été mise à nu. Dans une analyse fouillée, Khaled Hamadé, président de l'Institut international d'études géopolitiques, décrypte ce tournant stratégique et explore ses implications. Au cœur de cette recomposition, le Maroc émerge, selon lui, comme un pôle de stabilité incontournable. La crise a provoqué un séisme économique en chaîne. La simple menace de fermeture du détroit d'Ormuz a fait flamber le prix du baril de Brent au-delà des 114 dollars, secoué les places boursières mondiales avec une chute de 12% pour le KOSPI sud-coréen, et fait bondir les prix du gaz européen de 50%. Khaled Hamadé souligne que cet événement dépasse le simple cadre conjoncturel pour signer l'érosion du modèle de sécurité garanti par les Etats-Unis. Pour les économies dépendantes des hydrocarbures, la leçon est claire : la dépendance à un corridor unique et à un seul protecteur est devenue un risque existentiel. La diversification des routes et des partenariats n'est plus une option, mais un impératif de survie économique. Dans ce contexte d'incertitude, le Maroc tire son épingle du jeu grâce à une combinaison d'atouts rares dans la région. Une stabilité politique consolidée par la continuité dynastique offre une vision de long terme rassurante pour les investisseurs. Des infrastructures logistiques de rang mondial dessinent désormais un arc portuaire stratégique complet, associant Tanger Med, le futur port en eau profonde de Nador West Med et le projet de Dakhla Atlantique. Cet ensemble constitue une solution de contournement crédible en cas de blocage de la route Asie-Europe via Suez. Une diplomatie multidimensionnelle permet par ailleurs au Royaume de dialoguer avec tous les centres de puissance, des Etats-Unis à l'Europe en passant par l'Afrique, la Chine et la Russie, faisant de lui un connecteur global plutôt qu'un allié exclusif. S'y ajoute un capital humain transnational important, avec une diaspora dont les transferts, qui ont atteint près de treize milliards de dollars en 2024, témoignent de liens solides et d'un ancrage économique profond. Face à un avenir incertain, l'analyse de l'IIEG esquisse trois futurs possibles pour les six à dix-huit prochains mois. Le premier scénario, celui d'un conflit contenu, maintiendrait des tensions intermittentes mais des flux préservés, avec un baril volatil entre 100 et 120 dollars. Le second, plus critique, verrait une escalade régionale entraînant un blocage prolongé d'Ormuz, propulsant le pétrole au-delà de 130 ou 150 dollars et provoquant un choc économique mondial. Le troisième scénario, celui d'une stabilisation précaire, instaurerait un cessez-le-feu fragile ramenant le baril entre 90 et 110 dollars, mais une méfiance persistante accélérerait les stratégies de diversification. Pour le Maroc et ses partenaires, l'heure est désormais à l'action. Khaled Hamadé propose une feuille de route progressive. Dans l'immédiat, il s'agit de sécuriser les flux via Tanger Med, d'auditer les dépendances et de renforcer les stocks stratégiques. À court terme, le développement de partenariats industriels autour des ports marocains et l'investissement dans des secteurs clés comme l'hydrogène vert, où le Maroc ambitionne de mobiliser 35 milliards de dollars, doivent être privilégiés. À plus long terme, l'enjeu consiste à consolider une intégration stratégique avec l'Afrique via des corridors atlantiques et des véhicules d'investissement conjoints. La crise de 2026 marque ainsi un point d'inflexion. La puissance brute cède le pas à la capacité d'organiser des continuités durables. Dans un monde où les grandes routes maritimes redeviennent des espaces de tension, la capacité à organiser des continuités logistiques alternatives devient un facteur déterminant de stabilité économique. À la croisée de la Méditerranée, de l'Atlantique et de l'Afrique, le Maroc tend à incarner, selon l'analyste, une véritable arche de résilience stratégique pour un monde en quête de nouveaux équilibres.