« La souveraineté alimentaire est une ambition qui ne saurait être portée de manière isolée », a affirmé Sidi Tiémoko Touré lors de la conférence haut niveau organisée en marge du SIAM 2026 appelant à une approche fondée sur « la coopération, la solidarité et la complémentarité entre les nations ». Prenant la parole devant un parterre de ministres, d'experts et de professionnels du secteur agricole, le responsable ivoirien a salué le rôle du SIAM, devenu « une référence mondiale incontournable » et « un cadre privilégié de concertation » pour les politiques agricoles. Une dépendance aux importations Le ministre n'a pas éludé les fragilités structurelles de son pays. « La réalité des chiffres est sans ambiguïté », a-t-il reconnu, en détaillant un déficit important en production animale. Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire ne couvre que 49 % de ses besoins en viande, environ 13 % en lait et produits laitiers et à peine 12 % pour les produits halieutiques. Un déséquilibre qui pèse sur la balance commerciale et limite la création de valeur locale. « Ce déficit représente autant d'opportunités manquées en matière d'emplois, de richesse et de développement », a-t-il insisté. Face à ce constat, le gouvernement ivoirien a fixé un cap clair : atteindre 75 % de couverture des besoins en protéines animales et halieutiques d'ici 2030. Cette ambition s'inscrit dans le cadre de la politique nationale de développement de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture (PONADEPA II), récemment adoptée. « Nos objectifs sont exigeants, mais à la mesure de notre potentiel et de l'urgence », a souligné le ministre, évoquant également la création d'emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, ainsi que le renforcement de la compétitivité des filières. Au-delà du cas ivoirien, Sidi Tiémoko Touré a replacé les enjeux dans une perspective mondiale. « Notre monde se trouve à un tournant décisif », a-t-il déclaré, évoquant la pression croissante liée à la démographie, à l'urbanisation et à l'évolution des modes de consommation. La demande en protéines animales progresse rapidement, alors même que les systèmes de production sont fragilisés par les effets du changement climatique, la raréfaction des ressources, la volatilité des intrants ou encore les risques sanitaires. « Ces défis sont universels et appellent des réponses coordonnées à l'échelle internationale », a-t-il insisté. Renforcer le partenariat avec le Maroc Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire se dit ouverte à une intensification des coopérations, en particulier avec le Maroc. Le ministre a salué « la coopération fructueuse » entre les deux pays et appelé à la renforcer, notamment dans le domaine de la génétique animale. « L'expertise marocaine, combinée à la diversité génétique ivoirienne, peut constituer un modèle de coopération Sud-Sud au bénéfice du continent », a-t-il estimé. Il a également plaidé pour un développement des échanges Sud-Sud, une meilleure mobilisation des financements agricoles et une intégration accrue des innovations technologiques, qu'elles soient numériques, génétiques ou nutritionnelles.