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Bras de fer israélo-américain
Publié dans L'observateur du Maroc le 26 - 03 - 2010

Le Proche-Orient danse sur un volcan. Et chacun sent que les différents protagonistes de la crise israélo-palestinienne sont à un tournant. Les Etats-Unis d’abord. Pour nombre d’observateurs, la crise déclenchée la semaine passée entre Washington et Tel-Aviv lors de la visite en Israël de Joe Biden, le vice-président américain, est la plus grave depuis 1975 lorsque les Américains voulaient obtenir le retrait de l’Etat hébreu du Sinaï pour permettre la signature d’un traité de paix avec l’Egypte.
Cette fois, c’est l’annonce de la construction de 1.600 nouveaux logements à Jérusalem-Est qui a suscité la colère des Américains. Le 13 mars, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, a téléphoné durant 43 minutes à Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien, pour lui reprocher «de causer un grave dommage» aux relations bilatérales entre leurs deux pays au moment où les Etats-Unis multiplient leurs efforts pour ressusciter le dialogue entre Palestiniens et Israéliens. Barack Obama est excédé par l’attitude israélienne. Il a décidé de jouer de ce faux-pas pour contraindre l’Etat hébreu à mettre fin à la colonisation et à dialoguer avec les Palestiniens. Il n’entend pas céder. S’il réussit, il reprendra la main sur le dossier israélo-palestinien où jusqu’à ce jour, ses promesses de campagne n’ont pas été couronnées de succès.
Israël, ensuite. Manifestement «Bibi» ne semble guère se soucier de la colère américaine. Il a entamé un bras de fer avec Obama et le week-end dernier, il annonçait à ses ministres qu’Israël «continuerait à construire des logements à Jérusalem». Une provocation. Benyamin Netanyahou fait un pari : celui de la faiblesse du président américain dont la cote de popularité est en baisse, qui a des difficultés à faire voter sa réforme de la santé, et qui ne pourra donc pas tordre le bras à Israël, son allié stratégique au Proche-Orient. Pour bien faire comprendre à la Maison Blanche que le gouvernement israélien n’est pas sans atouts, Netanyahou a appelé à la rescousse ses amis de l’AIPAC (le comité des affaires publiques américano-israéliennes), un puissant et riche lobby juif de droite américain. Celui-ci a publié un communiqué critiquant vertement la politique de l’administration Obama. Reste les Palestiniens. Certes l’attitude américaine renforce Mahmoud Abbas qui a pu, soutenu par la communauté internationale, annoncer qu’il suspendait les négociations indirectes avec Israël. Mais ces derniers jours, l’appel à une troisième Intifada lancé par le Hamas trouve un écho favorable parmi les jeunes Palestiniens excédés par la poursuite de la colonisation. Au point que des membres du Fatah ont appelé eux aussi à la révolte.
La situation est donc critique. Pour en sortir, reste à savoir si Israël peut se permettre de défier impunément Washington pendant longtemps. Les Israéliens ont besoin de l’aide militaire américaine. Au printemps dernier, Tsahal a remis à Washington une liste de matériels qu’elle voulait acheter : pièces de rechanges pour ses avions, équipements électroniques, bombes anti-bunkers… Ceux-ci n’ont pas encore été livrés. Fin février, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, est allé à Washington pour s’en inquiéter. Il ne semble pas avoir eu satisfaction. Les Américains disposent donc d’un évident moyen de pression sur Israël. Ont-ils envie de s’en servir longtemps ?


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